Fanfiction World of Warcraft

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Les Fils de Quel'Thalas

Par Synwyn
Les autres histoires de l'auteur

Introduction : Fille de l'Alliance

Chapitre 2 : Larmes de sang

Chapitre 3 : Haute-Couronne

Chapitre 4 : Une symphonie de feu et de glace

Epilogue : La Porte des Ténèbres

Il y à quelques mois, royaumes de l'est.

Le cavalier se tenait seul sur la route.

Le soleil se retirait peu à peu du ciel des Plaguelands de l'est. Le crépuscule était ici une sale heure, en particulier pour se balader sur l'ancienne voie royale, qui traversait tout le royaume de Lordaeron et reliait l'ancienne capitale à Stratholme. Le froid envahissait peu à peu la lande à mesure que se retirait la faible lumière de l'après-midi, faisant se lever la brume et cachant ainsi à la vue du voyageur le paysage, composé de collines basses et de forêts de conifères mutées par la pourriture.

Maintenant seulement utilisée par des groupes de morts-vivants errants et quelques rares voyageurs, cette route était dans un état lamentable et ne traversait plus que des villages ruinés depuis des années. Toujours mieux que de tomber sur les chiens pestiférés, chauves-souris géantes et autres vers cannibales qui rodaient dans les bois du coin.

Le Fléau était le maître de cette contrée: les quelques vivants qui y restaient, osant défier sa puissance où la fuyant, n'étaient plus que trolls de Zul'Aman expansionnistes, aventuriers vagabonds où agents de l'Aube d'Argent et de la Croisade Écarlate. L'air était vicié et pollué d'un brouillard orangeâtre, et la terre noircie par la peste.

Alors qu'il fixait d'un regard blasé la silhouette la nécropole de Naxxramas qui flottait dans le ciel au nord-ouest, un frisson remonta dans le dos du cavalier. C'était le repaire de Kel'Thuzad, le commandant des forces du Fléau stationnées sur le continent. Le mal qui gangrenait Lordaeron lui faisait face, et il sortit une flasque d'alcool des replis de sa robe écarlate. Il en bût une longue gorgée, afin de calmer sa respiration. Elle s'était emballée à cette simple vue.

C'est de la folie.

Et pourtant, le cavalier avait choisi ce sort de son plein gré. C'était sa décision, et personne ne pouvait la contester. Pas même la personne pour laquelle il se trouvait ici. Lui. En soupirant, le cavalier mit une tape sur la croupe de son fidèle cheval au pelage noir et il repartit dans sa morne quête. Seul.

_______________


Le cheval s'arrêta en hennissant lorsque son maître tira sur les rênes d'un coup sec. La route se séparait en deux voies : l'une partait vers le nord, dans la direction d'une vieille tour de garde en ruine visible à l'horizon, tandis que la route principale semblait obliquer plein ouest, droit vers Naxxramas. Réjouissante perspective.

Sautant de sa monture, la silhouette au tabard blanc et rouge de la Croisade s'approcha de l'intersection et de ce qui restait du poteau indicateur annonçant les différentes destinations où menaient les routes. Ce qui en restait, car il gisait en plusieurs morceaux, le bois rongé par la pourriture et l'humidité. S'accroupissant pour les observer, le cavalier prit avec une grimace les flèches sur lesquels était gravés le nom de Quel'Thalas et de Stratholme. En orientant une vers le nord, l'autre vers l'ouest, puis les échangeant, il finit par les jeter par dessus son épaule en jurant de colère.

- Je me suis déjà faite avoir avec Northdale. Pas question de retomber sur un autre charnier à ciel ouvert. Ma réserve de fragments d'âmes est limitée ... Pas comme leurs effectifs.

La voix était celle d'une femme, humaine. Retirant le chapeau de feutre rouge qui lui couvrait la tête, elle arrangea sa queue de cheval en soupirant à nouveau. Sans maquillage ni soins particuliers, son visage n'incarnait pas l'idéal féminin de sa race : sa peau émaciée et ses cheveux gris semblaient lui donner un age assez avancé. Mais les choses étaient plus compliquées, car malgré ses quelques rides et ses tempes blanches, Synwyn Stellen était une femme qui entrait à peine dans la trentaine. Et sa santé physique semblait le prouver - sous sa robe de mage se cachait un corps physiquement entretenu et svelte (et doté, même si ce n'était guère subtil à signaler, d'un tour de poitrine assez honnête), qui reflétait les exercices physiques auxquels elle se prêtait tout les jours depuis qu'elle avait pris la voie des arcanes. Toujours utile de savoir planter une dague dans une tronche et / où s'enfuir à toutes jambes.

Néanmoins, malgré le monocle qui couvrait son oeil droit d'une lentille vert fluorescent, un observateur attentif pouvait deviner la source du mal qui rongeait la jeune femme. Témoin des effets de la corruption qui était en elle, la pupille de son oeil gauche luisait d'une sombre couleur rouge, conséquence de sa pratique de la magie des démons.

Chapeau à la main, la démoniste se dirigea vers sa monture et ouvrit le vieux sac à dos qu'elle avait accrochée à sa selle. Elle y prit une carte approximative de la région car, aussi surprenant que cela puisse être, la topographie du coin avait beaucoup changée avec l'arrivée du Fléau. Des lacs avaient été vidés de leur eau, des crevasses étaient apparues soudainement sur une plaine, des forêts de pins avaient étés remplacées par des bois de champignons géants - impossible de se fier à 100% aux cartes tracées du temps du roi Terenas. Si bien que Synwyn était obligée de se baser sur des cartes tracées quelques mois plus tôt par des agents du SI:7, envoyés à la recherche du Flétrisseur, un énigmatique tueur au service des Réprouvés.

Okay ... J'ai bien dépassé Northdale hier ... La ruine la-bas, ça doit donc être la tour de Northpass ... Quel'thalas : au nord. C'est donc la bonne route. Mais d'abord ...

La jeune femme roula la carte et la rangea dans son sac d'un air songeur. Si près du but. La frontière entre le Lordaeron et les terres des hauts elfes n'était plus qu'à quelques heures à vol d'oiseau. Hors de question d'échouer maintenant, après des semaines de voyage harassantes depuis la forêt d'Elwynn : il fallait faire preuve de prudence. Synwyn défit les attaches de son monocle d'ingénierie et le mit dans le creux de son chapeau, qu'elle déposa à ses pieds. Respirant un grand coup, les yeux fermés, elle commença à incanter d'une voix calme en Eredun. Alors qu'elle répétait les gestes rituels et murmurait les paroles du sortilège, un halo de lumière pourpre apparu à ses pieds et s'éleva lentement, tandis ses cheveux et sa robe commencèrent à flotter autour d'elle, comme si le vent s'était levé. Deux minces traînées de lumières violettes et vertes sorties de nul part se mirent à virevolter autour de Synwyn, brillants toutes deux d'une lueur malsaine. Elles finirent par se rencontrer lorsqu'elle acheva l'invocation, l'oeil droit fermé et en serrant ses deux mains l'une contre l'autre. Elle les rouvrit ensuite, lentement, tandis qu'un oeil verdâtre, composé de pur énergie du Néant, s'y matérialisait peu à peu. Flottant de quelques centimètres dans les airs et la toisant de sa pupille reptilienne, il semblait animé d'une vie propre et commença à voguer déci-delà autour de la démoniste, comme s'il la reniflait et jaugeait sa puissance.

Malgré ce semblant d'indépendance, la jeune femme fit un vague geste de la main et l'oeil de Killrogg s'éleva soudainement, avant de filer à grand vitesse vers le nord. Créé par les ogres-mages de la Horde au cours de la Deuxième Guerre, ce sortilège permettait à son utilisateur de matérialiser un oeil d'énergie capable de flotter dans les airs et de se déplacer, sans être repéré, à une vitesse phénoménale. Il était contrôlé par la pensée, et retransmettait tout ce qu'il voyait à l'esprit de son invocateur : idéal pour un travail d'éclaireur, il fut nommé ainsi en hommage à Killrogg Deadeye, le chef orc borgne et sanguinaire du clan Bleeding Hollow.

Le souffle toujours coupé par l'enivrante sensation de voler qui s'offrait à elle à chaque fois qu'elle contrôlait l'oeil, la démoniste ne put que constater avec dépit que le reste du chemin n'allait pas être une partie de plaisir. La route était toujours en ruine, et aucun signe de vie ne se faisait voir pour lui apporter l'indice d'une quelconque présence elfique ou humaine dans la zone. Elle allait devoir se débrouiller seule pour rejoindre le Quel'Thalas. Attristée par cette idée mais déjà résignée, la jeune femme était sur le point de révoquer son serviteur magique lorsqu'elle aperçut quelque chose qui attira immédiatement son attention. Des mouvements dans un bosquet. Des humanoïdes. Elle y envoya son serviteur magique.

Synwyn fut déçu de découvrir de quoi il en retournait vraiment. Mais c'était malgré tout intéressant à voir : le Fléau était en train de préparer un petit-avant poste dans un bosquet de champignons accolé à la route, à quelques kilomètres au nord de la croisée des chemins. Faisant descendre l'oeil au niveau du sol et ne cherchant pas le moins du monde à le cacher - seul un adepte expérimenté des arcanes pouvait discerner l'invocation, la démoniste pris donc son temps pour observer et jauger la situation. Constitué de quelques chariots à viandes et d'une petite troupe d'infanterie, l'avant-poste ne semblait avoir été établi que très récemment. Dans la matinée, peut-être ?

Zombies. Quelques squelettes, dont des archers ... Une goule paumée, et des acolytes. Ah, celui-ci est ... Okay, génial, c'est un ingénieur Thuzadin. Un de ces enfoirés capables d'établir une liaison terrestre avec une nécropole. Ils doivent sans doute chercher à établir une nouvelle base ... Comme si il y avait pas assez de terre à eux dans la région.

Synwyn avait déjà combattu ce genre de cadres du Culte des Damnés. Le Fléau, après plusieurs années d'inactivité, avait tenté de relancer un assaut total sur toutes les nations libres d'Azeroth quelques mois auparavant. Mais les efforts désespérés des soldats de la coalition Aube d'Argent / Croisade Écarlate et des Réprouvés avaient réussis à l'empêcher de prendre le contrôle total de la partie nord du continent, et la coopération inespérée entre l'Alliance et la Horde avait réussie à repousser à l'intérieur de ses frontières les armées de mort-vivants. Mais pas à les détruire, hélas - si le Roi Liche ne s'était pas préparé à une coordination poussée entre ses nombreux adversaires, il n'avait été toutefois que temporairement repoussé. Jusqu'à la prochaine fois.

Bien fait pour ton cul, Prince Arthas. Bon, pas d'abominations, pas de squelettes de choc ... Ni d'éthérés ...

Rompant le lien psychique avec l'oeil d'un simple claquement de doigts, la démoniste s'accroupit à terre et repassa son monocle de vision augmentée. Modèle gnome trituré par ses propres soins, la lentille transformait son champ de vision en y apportant divers informations utiles, par exemple en colorant les radiations émises par les veines de Thorium qui parcouraient le sous-sol de la région, afin de les rendre plus visible. D'un air songeur, elle resta sans rien dire pendant quelques minutes avant de sortir de sa bourse une pièce d'or frappée des initiales V.W - pour Varian Wrynn, le précèdent roi de Stormwind. Elle la jeta en l'air et la rattrapa du dos de la main, puis la retourna pour l'observer avec appréhension. Pile.

Et merde.

La prochaine fois, j'éviterais d'utiliser ça pour me décider.

_______________


- Au nom du Roi Liche, dépêchez-vous de pointer ce chariot vers la route !

Dans sa robe noire, le visage caché par sa capuche et un bandeau aux motifs cabalistiques pourpre, le contre-maître du Culte donnait ses ordres aux morts-vivants qui l'accompagnaient lui et ses frères. Quelque fois, l'homme, un ancien magistrat de Lordaeron, enviait les goules et zombies auquel il donnait des ordres : les faire mourir en son service était un des plus grands honneurs que le Roi Liche pouvait offrir à ses serviteurs humains.

- Quel'Lithien doit être pris le plus rapidement possible. Dar'khan à besoin de renforts, et...

Alors qu'il surplombait les armes de sièges d'un rocher, l'homme fut interrompu dans ses ordres par un puissant cri de guerre à l'intonation humaine et dont l'écho roula longuement sur la plaine. Que se passait-il ? Des Croisés ? Le cri venait du sud, mais le Thuzadin ne parvenait pas à déterminer d'où précisément. Seul un petit bosquet d'arbres pourris et mutés faisait face à leur position dans cette direction, et aucune signe de vie ne s'y faisait voir. Méfiant mais prudent, l'homme fronça ses sourcils rasés et engloba le campement d'un geste du bras.

- A moi, mes frères! Protégez-les chariots ! Ils sont vitaux pour la prise du col !

A son ordre, tout les morts-vivants du campement - une petite quinzaine, en comptant un zombie tellement décharné qu'il faisait presque du surplace - s'animèrent et commencèrent à traîner leurs pieds pourris vers les chariots, l'attention tournée vers la rangée d'arbre que leur indiquait le contre-maître. Ses frères encapuchonnés se déplacèrent vers lui avec plus de vivacité, et ils formèrent un cercle tandis que l'un d'entre eux commençait à s'entailler la paume de la main. Le maître Kel'Thuzad devait être tenu au courant de tout ce qui se passait ici, c'était ses propres ordres. Ce groupe ne représentait qu'une avant-garde, réduite par soucis de discrétion, car la nécropole pour laquelle ils devaient préparer le terrain n'arriverait que le lendemain. Le fait d'être tout de même repéré avait été toutefois envisagé, et il fallait agir vite.

Tous psalmodiaient déjà les paroles du sortilège lorsque la concentration d'un des acolytes lui fit défaut. Malgré sa fidélité à la cause et ses efforts pour ne pas rompre l'incantation, il avait l'impression que quelque chose lui tirait sur la jambe. Rouvrant les yeux, mais continuant toujours à remuer les bras en rythme avec les autres acolytes, il inclina la tête pour voir ce qui le gênait et pouvoir le dégager au plus vite avant de briser définitivement le sortilège. Ce qu'il vit toutefois le surpris au plus haut point.

Un petit être étrange - sans nul doute d'origine démoniaque, à ses cornes et au feu vert et maléfique qu'il semblait irradier. Il était très petit, noir, et ses petits yeux jaunes luisaient d'une lueur maligne, alors qu'il tendait un de ses petits bras pour lui tirer sur le bas de la robe. Il tenait quelque chose dans son autre bras, enroulé dans du papier de mauvaise qualité et d'où dépassait une ficelle. Un diablotin, sans nul doute, mais que faisait-il ici ?

Avant qu'il ne puisse réagir, le démon mineur posa ce qu'il tenait à terre, et, en gloussant, y mit le feu avec une flammèche qui venait d'apparaître dans le creux de sa main. Les crépitements que fit la ficelle en s'allumant attira l'attention des autres cultistes, qui regardèrent à la fois leur frère et le diablotin d'un air surpris.

« Ksh ksh ksh ! Ciao les gars ! » dit le diablotin de sa voix aiguë et moqueuse, avant de leur faire un bras d'honneur collectif. Il lança ensuite un sort mineur, et alors qu'il changeait de phase pour profiter tranquillement du spectacle, la bombe spéciale made-in-Stellen (avec de vrais pépites de Thorium pour l'effet claymore) explosa dans un grand volée de métal chauffé à blanc, déchiquetant en lambeaux l'assemblée nécromantique et arrosant toute la zone.

L'onde de choc fut suffisante pour renverser la plupart des squelettes, plus fragile, tandis que les fragmentations firent leur travail en réduisant la meute de zombies en pulpe sanglante. Trop lents, ils n'avaient guère eu le temps de s'éparpiller. La goule, épargnée en partie par l'explosion et seulement blessée, regardait le carnage d'un oeil incompréhensif et affamé, ne sachant trop quoi faire maintenant que le lien psychique avec ses maîtres était rompu. Elle pensait par elle-même, même si la peste avait déjà fait son effet et qu'elle avait perdue toute humanité. Son instinct bestial lui intima de se retourner, pour voir une silhouette humaine habillée de rouge écarlate et de blanc clair lui pointer vers la tête, le bras droit tendu, un revolver gobelin doté de quelques options maisons. Made-in-Stellen.

La balle en thorium s'enfonça sans la moindre résistance dans le front de la goule, ce qui lui fit exploser l'arrière du crane en projetant en l'air une gerbe de morceaux jaunâtres de cervelle contaminée et d'os pourris. Battant une dernière fois l'air de ses griffes en direction de la démoniste, le mort-vivant finit enfin par s'écrouler à terre pour accueillir le repos éternel. A tête reposée, les morts-vivants faisaient presque pitiés à Synwyn. Contrôlés par le Roi Liche, ils n'étaient nullement responsable de ce qui leur arrivait et ils avaient tous étés des humains normaux, comme elle, citoyens du royaume, avant de mourir pestiférés. Mais son esprit était actuellement à mille lieux de ce genre de considérations.

Les dents de la jeune femme tremblaient presque d'excitation. Après avoir rangée son pistolet dans son holster de hanche, elle arrangea la mèche de cheveux qui lui retombait sur le front et entreprit de se diriger à grand pas vers l'épicentre de la déflagration.

Pour Tarren, pour Lordaeron, pour l'Alliance. Connards. Synwyn venait d'arriver au milieu du campement en ruine. Les caisses de matériel étaient criblées de shrapnels et inutilisables. Tout les cultistes étaient morts. Il ne manquait plus qu'a mettre en l'air les armes de sièges, ce qu'elle s'attela à faire en y lançant une grenade incendiaire. Bientôt tous les chariots furent en train de brûler, mieux qu'elle ne l'avait espérée, et elle hésitait désormais à s'allumer un de ses derniers cigares dans le brasier. Mais elle renonça à l'idée, un peu trop théâtrale à son goût, même si l'envie ne lui manquait pas : elle avait laissée le reste du matériel avec son cheval, plus au sud.

Synwyn jeta un coup d'oeil satisfait aux alentour. Elle était essoufflée - elle s'en était tirée parfaitement, grâce à son plan, mais c'était tout de même des risques inutiles qu'elle avait prise. Mais bon, au moins, la route vers Quel'Thalas était apparemment libre et sûre, et elle venait sans doute de faire chier indirectement Kel'Thuzad en personne. Victoire totale, donc.

J'aurais mieux fait d'aller m'exiler direct à Theramore plutôt que de passer ici après cette histoire à Stormwind, enfin ... QU'EST-CE QUE ?

Elle était en train de regarder combien de temps il lui restait avant la nuit, sur sa montre gousset, lorsque la lumière du crépuscule - déjà suffisamment faible à son goût - fut totalement occultée pendant un cours instant. Le coeur de la démoniste partit dans une danse effrénée lorsqu'elle comprit ce qui venait de se passer, répandant en elle peur et sueurs froides. Bon sang, le truc qui avait provoqué ça en passant devant le soleil devait être ...

Elle leva la tête et n'eut même pas à fouiller le ciel pour la repérer. Un gigantesque hurlement, celui d'un roi saurien affamé venant enfin de trouver sa proie, retentit comme le tonnerre et lui fit mal aux oreilles. Synwyn comprit instantanément pourquoi le soleil avait effectivement été caché lorsqu'elle était passé devant. Une immense Wyrm des glaces, squelette de dragon réveillé par la plus puissante magie de Ner'zhul, venait de la survoler et commençait déjà à faire demi-tour d'un coup d'aile dans le ciel, lorsqu'elle rugit à nouveau avec une puissance effroyable. Elle venait pour la curée.

Ohputaincarigoleplusqu'estcequecetrucfoutiçijevaiscreverohputainohputainonnon

Il n'y avait pas de temps à perdre. Restant sur place - trop tard pour tenter de fuir, elle était déjà repérée et n'avait pas le temps d'invoquer une monture - et les bras tremblants, elle pris entre ses doigts un des cristaux de sa réserve spéciale. Aux reflets violets, ils étaient rangés dans une sacoche spécialement dédiée, cousue à sa hanche droite : là où pendait naturellement sa main. Les fragments d'âmes étaient nécessaires pour les plus puissants sorts de la démonologie, et celui-ci n'allait pas faire exception. Elle commença à murmurer les paroles du sortilège, et devait faire tout les efforts du monde pour ne pas les bafouiller. Hélas, alors qu'elle avait enfin réussie à totalement occulter le danger pour se concentrer sur sa tache, la jeune femme ne put s'empêcher de crier de surprise et de frayeur lorsqu'elle sentit une poigne forte et glacée lui agripper son mollet gauche. Merde !


Un des zombies, apparemment plus résistant que ses copains, avait simplement eut les jambes pulvérisées par l'explosion, et avait donc rampé lentement vers elle à l'aide de ses bras depuis qu'elle était la. Il la regardait maintenant de ses yeux morts et inexpressifs, et gémit doucement avant d'approcher ses mâchoires pour lui arracher un morceau de jambe. Jurant entre ses dents, Synwyn mit toutes ses forces dans un unique coup de pied qu'elle lui décocha au dessus du nez. Dans un craquement absolument ignoble de ligaments déchirés et de chair morte, la tête se détacha tout simplement du cou de la créature pour aller rouler dans un trou à quelques mètres de la.


N'ayant guère le temps de crier victoire, la démoniste reporta à nouveau toute son attention sur son sort. Mais avant qu'elle ne puisse fermer les yeux pour mieux incanter, elle se crut être dans un cauchemar : la Wyrm était presque sur elle, sa gigantesque gueule squelettique où restaient encore accrochés quelques lambeaux de chairs exaltant une odeur pestilentielle grande ouverte. La silhouette massive emplissait totalement son champ de vision, ses griffes recouvertes de crasses et de sang séché tendues vers elle. C'était la Mort, et elle était venue la chercher.


Sainte Lumière.


La démoniste ferma les yeux. Elle ne voulait pas en voir plus. Dans un rugissement qui semblait provenir des plus sombres profondeurs de l'Enfer, le dragon mort-vivant la happa, refermant ses mâchoires sur elle.

_______________


Plaguelands de l'est, même endroit. Deux heures plus tard.

Les chariots à viandes finissaient de se consumer. Ils gisaient toujours au milieu du bosquet de champignons qui bordait la route. Rien n'avait bougé ici depuis le départ de la Wyrm des glaces. Frustrée de ne pas avoir trouvée plus de de nourriture et ayant remplie sa tache, elle était rentrée dormir d'un sommeil sans rêve dans la citadelle de Naxxramas. Son unique proie n'avait pas fait long feu, à peine une simple bouchée. Cela faisait longtemps que tout les oiseaux du coins avaient péris, et aucun corbeau n'était venu commencer à dévorer les cadavres maintenant froids qui se trouvaient ici. Toutefois ... un étrange bruit cristallin raisonna dans le bosquet.

Elle était dans le noir. Son esprit refusait de fonctionner depuis qu'elle était ici. Combien de temps ? Nul ne pouvait le savoir, car dans cette étrange dimension le temps ne semblait pas s'écouler de la même manière, les sens ne percevaient rien. Toutefois, elle entendit un bruit. Un sifflement, qui résonnait dans ses oreilles. Elle aurait bien aimée que le sifflement parte et qu'il la laisse seule dans le noir. On ne risquait rien ici, et il y avait des choses dehors. Mais à son tour, une grande lumière blanche venait d'apparaître. Elle lui brûlait les yeux. Elle était effrayée. La chose venait la chercher et la tirer hors d'ici. Elle était sur elle, et l'emportait.

Dans le bosquet, le cadavre inanimé ouvrit soudain les yeux. La nuit était finalement tombée, et l'air était très frais. Étonnamment, le brouillard ne s'était pas levé, et les étoiles scintillaient doucement dans le ciel, belles et clairs, comme elles l'avaient toujours fait. D'abord un peu incompréhensive, les yeux vides, Synwyn se remémora toutefois où elle était et qui elle était maintenant que son esprit lui revenait. Le sortilège était fini, et la Pierre d'âme venait de se briser. Brusquement, elle essaya de se relever sur ses mains. Elle perdit l'équilibre et retomba au sol, alors qu'une quinte de toux incontrôlable la prenait. Enfin, après une demi-minute de difficultés respiratoires, elle vomit sur l'herbe. Cela lui fit beaucoup de bien, et elle se laissa tomber sur le dos (en évitant la flaque) pour essayer de se reprendre.

Les contre-coups de sa mort physique et du placement de son âme dans un cristal créé à cette effet n'était guère une expérience agréable à vivre, sans compter qu'à la fois son corps et son esprit revivaient l'effroi sans nom qu'elle avait ressentie lorsque le dragon avait refermé ses immenses mâchoires sur elle. Quelques dixièmes de seconde de moins, et elle n'aurait pas eu le temps de terminer son incantation. C'était la première fois qu'elle utilisait ce sortilège, et la démoniste se promit d'y faire appel le moins possible : la mort n'était pas une expérience très agréable, surtout quand elle était comme ici saupoudrée de magie démoniaque.

Sa respiration se calmait au fur et à mesure que le métabolisme de son nouveau corps se lançait et s'équilibrait. Nouveau, car ce qu'il restait de son ancienne forme physique était désormais éparpillée un peu partout entre ici et l'estomac du dragon - ce qui finalement revenait au même, car n'ayant pas d'estomac, la Wyrm avait tout régurgitée sur place avant de s'envoler. Heureusement que la pierre d'âme avait été capable de régénérer son corps à partir de rien avant d'y décharger son contenu, car sinon la jeune femme serait sans doute actuellement dans le même état qu'un cadavre mort depuis plusieurs années : le cerveau à l'air et les tripes exposées.

Synwyn n'avait jamais eu aussi peur de sa vie. C'était également, pour ainsi dire, la première fois qu'elle mourrait - manifestement la journée des premières fois. Même la nuit tombée, l'odeur infecte des champignons et la compagnie de cadavres brûlés ne pouvait lui ôter la satisfaction de pouvoir à nouveau respirer de l'air. Elle avait toutefois très froid, et elle voulut se frotter les mains sur ses manches pour essayer de se réchauffer. Synwyn constata alors que, apparemment, un détail était passé à la trappe dans son retour à la vie : si son corps avait effectivement été recréé à la perfection, il n'en était pas vraiment la même chose pour ses vêtements, qui étaient encore dans l'état auxquels ils étaient quelques minutes plus tôt : éparpillés, percés de trous gros comme des épées et ne recouvrant finalement plus grand chose.

D'abord légèrement honteuse, elle imaginait la tête qu'il ferait s'il la voyait maintenant. Il rougirait sans doute comme un adolescent, avant de bredouiller quelques excuses en regardant ses pieds et enfin de prendre le large avec célérité. Le tableau était grotesque mais réaliste,et elle éclata de rire, pour la première fois depuis des semaines. Ce n'était guère une bonne nouvelle de se balader à moitié nue dans le coin, mais ça ne comptait guère à ses yeux sur le moment : ce déguisement de la Croisade Écarlate lui avait bien servie, il avait fait son temps. Et puis, habillée comme ça, j'aurais sans doute un succès fou si je voulais faire un peu d'auto-stop.

Elle était en train d'essayer de calmer son fou rire lorsqu'une main gantée d'acier se referma brusquement sur sa gorge, lui coupant immédiatement le souffle. Elle n'eut même pas le temps d'essayer de comprendre ce qui lui arrivait avant que la poigne ne la souleva avec force, jusqu'à ce que qu'elle quitte terre et que ses pieds ne puissent plus toucher le sol. Elle n'arrivait plus du tout à respirer, et essayait de se débattre avec panique en assénant de coups de poings et de pieds à ce qui la soulevait par derrière. Peine perdue, car son agresseur portait une solide armure de plaques et ne bronchait absolument pas sous les coups, se contentant de continuer à la maintenir en l'air d'une seule main. Inutile d'essayer de lui échapper et de gaspiller le peu d'oxygène qui lui restait : Synwyn arrêta ses gestes inutiles et ferma les yeux pour tenter de murmurer un sortilège de Trait d'ombre. Mais malgré toute sa volonté, elle ne put tout simplement pas y arriver : elle ne sentait en elle plus aucune énergie psychique, pas la moindre goutte de mana. Comme si on l'en avait vidée, et qu'on continuer à lui la voler au fur et à mesure qu'elle tentait de rassembler ses esprits pour gagner en puissance.

- Inutile. Tu va m'expliquer ce qu'il c'est passé ici, petit arcaniste.

A sa plus grande surprise, la voix était loin d'être celle d'un troll Amani, comme elle l'avait d'abord pensée, ni celle d'un orc ou même d'un humain. C'était une voix féminine, chaude et sensuelle, qui avait parlée en Commun avec un léger accent thalassien. Toujours étranglée, elle sentit la prise sur sa gorge se déplacer alors que la personne qui la portait voulait la regarder de face. Le spectacle était effectivement très éloigné du troll des forêts qu'elle avait imaginée : son agresseur était en fait une quel'dorei, entièrement revêtue d'une lourde armure de plaques ors et noirs, rehaussée de décorations rouges et blanches représentant la Justice et sa balance. Sa tête était nue, au visage trop beau et trop parfait pour être celui d'une humaine. Elle portait de longs cheveux blonds or qui lui descendaient jusqu'aux épaules, et elle fixait la démoniste de son intense regard vert clair, dont la lueur ne semblait qu'augmenter au fur et à mesure que l'elfe lui vampirisait sa mana. L'expression de son visage était calme, professionnelle, et un petit sourire ironique s'étalait sur ses lèvres pulpeuses. Comme tout ceux de sa race, ses oreilles s'élançaient bien droites en l'air à travers sa chevelure, et elle portait accrochée dans son dos une gigantesque épée à deux mains - une "pale de gyrocoptère", comme les appelait en plaisantant Synwyn. Une traînée bleue de pure mana se formait dans le vide, emplissant son champ de vision et se condensant progressivement en une boule de matière instable instable, flottant quelque centimètres au dessus de la main libre de l'elfe.

Mais elle actuellement était à cent lieux de la plaisanterie : au fur et à mesure que son esprit s'embrumait et s'étiolait par cause de manque d'oxygène, ses pensées se faisaient de plus en plus confuses et éparses. Elle ne comprenait pas pourquoi cette haute elfe l'attaquait ainsi, et d'une manière aussi barbare. Elle étouffait. Plus la moindre molécule d'oxygène. Elle n'arrivait plus à penser. Son instinct lui dit que sa vie lui échappait. Alors que son corps se raidissait, ses dernières paroles se formèrent sur ses lèvres, sans qu'elle ne puisse les prononcer :

Sy ... l ... du ...



Un léger bruissement de feuilles se fit entendre, reflet du paisible vent de la soirée. Une plaisante chaleur baignait l'atmosphère, accompagnée de senteurs familières. Un feu de bois, de l'encens, et ... des arcanes ? La magie profane avait ses odeurs particulières, pour qui savait la goûter. Rouille pour la démonologie, poussière pour la nécromancie, air pur et frais pour la cryomancie ...

Enfin, c'était comme ça que Synwyn les sentait. Ici, l'air en était imprégné d'une légère odeur de fleur, omniprésente et agréable.

Elle sentait qu'elle avait la tête posée sur un confortable coussin. Tout son corps lui renvoyait la sensation d'un tissu doux et chaud. Du satin ? Elle n'était guère douée pour reconnaître les étoffes au toucher. Des bruits familiers de discussions et de marchandages résonnaient au loin, étouffés par la distance. Ils lui rappelaient ceux d'une grande ville. Elle n'avait pas envie de se lever, et se roula en boule sous la couverture du lit. Elle n'avait pas pris le temps de se reposer depuis un bail. Avec un peu de chance, le petit déjeuner n'allait pas tarder à arriver, et ...
Minute.

Bon de dieu, où était-elle ?

Synwyn Stellen ouvrit brusquement les yeux et se redressa d'un bond. Elle était vêtue d'une robe de nuit très élégante, bleu cyan et décorée argent, mais trop grande pour elle. Assise dans un grand lit circulaire aux draps mauves, elle observa la pièce ou elle se trouvait. Il s'agissait sans nul doute d'une chambre à coucher, très luxueuse : un petit feu crépitait calmement dans l'âtre, et elle était décorée de meubles raffinés et de pierre blanche. D'une propreté à toute épreuve, de nombreux bibelots et autres oeuvres d'arts décoraient des commodes en bois de qualité. Une imposante bibliothèque trônait sur tout un pan de mur.

Les rideaux avaient été tirés, ne laissant plus entrer qu'un mince filet de lumière. Ils semblaient donner sur un balcon : cette pièce était située en hauteur. La démoniste finit enfin par remarquer qu'une corbeille de fruits trônait sur la table de nuit, juste à sa droite, et après quelques hésitations (qu'un gargouillement de ventre coupa court), elle y prit une banane à l'air appétissante - de Tel'Abim, sans doute - et la dévora dès qu'elle l'eut épluchée.

Manifestement, elle était encore en vie. Elle ne savait pas encore si ce qu'elle avait vécu dans les Plaguelands avait été un rêve, ou si cette pièce agréable en était un lui-même. Prenant une pomme et commençant à la mâchonner, Synwyn essaya de déterminer où elle se trouvait. Pas de trace de zombies ni de l'atmosphère empestée de Lordaeron, pas d'hommes de l'Aube qui auraient pu la recueillir. Dalaran ? Le lustre bleu qui flottait - oui, flottait, dans le vide - au plafond indiquait que c'était une possibilité, mais elle en doutait fortement. Trop luxueux, vu la situation du Kirin Tor. Alors, il ne restait qu'une possibilité ... Et elle était plutôt plaisante.

Bienvenue à Quel'Thalas, ma grande.

Elle avait sans doute raison. Les bibelots en forme de flèches et de spires, le feu qui brûlait et ne s'éteignait jamais. Le balais qui s'agitait tout seul dans un coin ... Tout criait "haut elfe" dans ce décor et cette ambiance. Mais leur capitale, Silvermoon , n'avait-elle pas été détruite ? Il restait néanmoins la possibilité d'être ailleurs dans le royaume. Quel'danas, peut-être ? Où bien ...

Le bruit d'une serrure que l'on déverrouillait retentit dans la chambre, et la jeune femme se tourna vers le fond de la pièce. Les doubles battants de bois de la porte s'écartèrent, et elle crut, sans exagération, que son coeur s'arrêta momentanément de battre. Trois silhouettes se tenaient dans l'encadrure de bois. Elles entrèrent en marchant vivement, puis s'arrêtèrent face à Synwyn. En soupirant de soulagement, la plus proche lui sourit tranquillement, et s'assit sur le rebord du lit, de manière à être face à elle. Après quelques secondes de silence, la personne prit la parole :

- Jennalla m'a tout racontée. Ce que vous avez fait était vraiment stupide. Je suis ...

Le coup de poing vola à la figure de l'elfe et le coupa net dans ses présentations, s'écrasant avec force sur sa joue droite. Désolé m'sieur l'agent, je nettoyais mon arme et le coup est parti tout seul. La main tremblante, le regard ébahi, Synwyn ne croyait pas ce qu'elle venait de faire. La pomme à moitié finie était tombée sur le lit lorsqu'elle l'avait lâchée, tachant le tissu mauve.

En un éclair, les deux femmes elfes qui étaient entrées dans la pièce en escortant leur maître avaient dégainées leurs armes et étaient en positions. Guerrières expérimentées, elles avaient chacune la possibilité d'abattre l'humaine sans qu'elle ne puisse faire le moindre geste. La première, dont la capuche de camouflage ne cachait pas le visage aux cheveux courts, blancs comme neige, tenait vers le front de Synwyn un fusil de précision flanqué d'une baïonnette, et était vêtue d'une armure de cuir verte. La seconde, qu'elle reconnut comme l'elfe en armure noir et or qui l'avait attaquée dans les Plaguelands, tenait sa gigantesque épée juste derrière le cou de la démoniste, à une seule main, prête à la décapiter simplement en relâchant simplement la prise.

Synwyn ne bougea pas, le bras droit tremblant mais toujours levé en une position agressive. Elle regardait droit dans les yeux l'elfe à qui elle venait d'envoyer un punch, qui se tenait la joue en la regardant d'un air surpris et incompréhensif. C'était un homme, et présentait les mêmes attributs physiques que ses deux gardes du corps : nez fin, grandes oreilles élancées qui s'élevaient droites, sourcils très longs et cheveux blonds, jusqu'aux épaules. Il portait des robes rouges et blanches d'arcaniste. Mais ce qui fascinait Synwyn était ses yeux : ils brillaient de la même lueur vert clair que ceux de ses gardes du corps. Ce n'étaient pas des hauts elfes. Erreur.

Elle jura mentalement, maudissant sa bêtise, tandis que les larmes lui montaient aux yeux. En se mordant les lèvres, elle abaissa son bras et se jeta sur Syldur, l'elfe de sang, pour se serrer contre lui.

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Syldur Bloodtears avait conservé son air surpris et un peu ahuri. Ne sachant trop que faire, il finit par faire un signe de main à ses deux gardes du corps : Severnaya Dead Aim, la ranger, et Jennalla Summerwell, le chevalier de sang. Tous trois étaient effectivement des sin'dorei, alias elfes de sang en thalassien, leur langue natale. Les deux femmes abaissèrent leurs armes et se regardèrent en haussant les épaules, tandis que Syldur, gêné, finit par passer ses mains sur les épaules de l'humaine qui était accrochée à son cou. Sa vieille camarade, conformément à l'image qu'il avait conservé d'elle, ne pleurait pas - mais à ses tremblements, on se doutait qu'elle étai immensément soulagée.

La sotte. Elle avait finie par faire ce qu'il redoutait depuis qu'il avait retrouvé sa patrie : elle était partie explorer au petit bonheur la chance le continent pour essayer de le retrouver, au mépris de sa propre sécurité et des guerres qui agitaient les royaumes de l'est. Nombreuses étaient les factions, races et armées tirant à vue sur les membres de l'Alliance : il pouvait en citer des dizaines, comme le Fléau, les nains Dark Iron , les Trolls, certains membres de la Horde... La Horde. L'elfe de sang eut une grimace involontaire en y pensant. Il allait devoir lui dire. En attendant, même si elle avait risquée sa vie, c'était pour lui, et il était content de la revoir. Il finit par lui tapoter les cheveux d'un air paternel en souriant, alors qu'elle ne semblait ne pas vouloir le lâcher.

Apparemment, elle n'avait pas changée. Une volonté de fer, mais elle avait l'air épuisée par ses aventures. Sa peau naturellement pâle avait reprise quelques couleurs suite aux nombreux jours qu'elle avait passée à voyager et à son repos à Silvermoon. D'après le récit de l'expédition à Lordaeron de Summerwell, la démoniste était encore en plein possession de ses capacités de combat.

- Bon. Je pense que chacun doit des explications à l'autre, hum ?

Retirant sa tête de l'épaule de Syldur, la jeune femme se recoiffa, légèrement honteuse de sa réaction. Elle venait de parler en thalassien,avec une pointe d'accent humain, mais dans un langage de qualité. Elle avait toujours eu un coté hyperactive, mais c'était également une bête de sciences, studieuse et curieuse : contrôler les arcanes de la démonologie et de l'ingénierie gnome n'était déjà pas une mince affaire en soi, mais elle maîtrisait également plusieurs langues et pouvait se targuer d'avoir une culture à toute épreuve. Mais la connaissance avait toutefois un prix : son teint pale s'était retrouvé accentué par ses heures d'études passées dans des bibliothèques mal éclairées, et elle était parfois légèrement déconnectée de la réalité. Sa constitution était heureusement solide, et elle l'entretenait régulièrement pour ne pas terminer en rat de bibliothèque.

Syldur sourit en voyant l'air surpris de ses deux gardes du corps (qui ne s'attendaient visiblement pas à ce que la jeune femme parle leur langue) puis répondit en continuant de les regarder :

- Et bien, pour commencer, je crois bien que ma garde du corps à fait un excès de zèle en vous ... tuant.

La ranger jeta un regard sévère au chevalier de sang, le regard qu'on jette à quelqu'un pour savoir comment et pourquoi il à merdé. Summerwel prit alors son souffle, regardant droit devant elle avec une rigueur toute militaire, et intervint :

- J'ai déjà interrogé des Écarlates, monsieur, et ils sont coriaces. Alors, pour la faire parler, je ...

- Et vous avez obéi à mes instructions concernant la Croisade, coupa le mage en haussant la main. Ne vous en faite pas. Enfin, aussi, ce déguisement ... Quelle idée ? ajouta-t-il pour lui-même. Bref. Rassurez-vous, Synwyn, vous êtes en parfaite santé, et vous portez des vêtements propres. Vous avez été ramenée ici par Jennalla Summerwell, la chef de la sécurité de Quel'Drassil, et voici Severnaya Deadshot, mon ranger-capitaine, dit-il en englobant d'un geste les deux femmes. Les deux me sont indispensables pour m'aider à gérer ce que sont aujourd'hui les Fils de Quel'Thalas.

- C'est Dead Aim, patron ... ajouta à voix basse la ranger, levant les yeux au ciel.

En se mordant la lèvre, le mage se retourna pour lui dire qu'il était désolé : la bourde lui arrivait assez souvent. Mais un grognement de ventre fort bruyant retentit soudain dans toute la chambre, et, en se retournant, surpris, il vit que Synwyn était recroquevillée sur elle-même, les bras serrés sur son ventre et le visage rouge de honte.

- Mais ... peut-être que vous souhaiteriez en discuter après un bon repas ?

- Avec plaisir, répondit l'humaine en se cachant la tête entre ses bras.

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Le soleil était sur le point de disparaître, déjà presque englouti par l'horizon. Un dragon-faucon solitaire survola paresseusement les tours de Silvermoon. La vue était magnifique depuis la spire des Fils de Quel'Thalas : on pouvait y voir la capitale des elfes s'étaler jusqu'à l'océan vers l'est, et admirer les hautes flèches du château de Sunfury au nord. Elles projetaient leurs ombres sur les rues de la cité, illuminées par des braseros qui s'allumaient d'eux même au fur et à mesure que l'obscurité prenait sa place dans la ville. Un fort parfum de magie planait dans l'air, et vue d'en haut, la ville semblait respirer la paix.

- Contrairement à ce que l'Alliance croyait, le bataillon du prince Kael ne représentait qu'une mince partie des survivants de Quel'Thalas, dit Syldur en s'appuyant sur la rambarde du balcon. A son retour de Dalaran, nombre des nôtres étaient encore en état de choc après les destructions aveugles d'Arthas et la perte du Puit Solaire. Reprenant le commandement de nos derniers soldats, qui avait été jusque-la maintenu par Theron, le second de dame Sylvanas, il rallia alors les survivants et renomma notre peuple les « Enfants du Sang », Sin'dorei, en hommage aux victimes. Prenant avec lui mages, soldats et ingénieurs volontaires, il partit en Lordaeron rejoindre la résistance de l'Alliance en laissant derrière lui civils, blessés et une garde réduite pour s'assurer de la protection du pays. Il n'en restait plus grand chose, hélas : nos forêts et villes avaient brûlées, les morts se comptaient par milliers, et le sol fut durablement corrompu par la trace de l'armée d'Arthas.

Le mage elfe s'arrêta brièvement de parler, le regard perdu. Observant les premières étoiles apparaître dans le ciel nocturne, il reprit après quelques secondes :

- Nous deux étions sur Kalimdor pendant ces évènements. Les forces gardant le royaume restèrent pendant plusieurs mois, entre survie et extinction, traqués par le Fléau et les trolls, notre armée et nos villes en ruines. L'espoir leur vint toutefois, sous la forme d'un envoyé du prince Kael : le grand magistère Rommath. Apportant avec lui puissance, suivants et informations : Kael'Thas avait fait son chemin jusqu'en Outland, et demandait à son peuple d'être prêt pour son retour. Il viendrait les chercher, pour les emmener vers leur destinée, dans un nouveau paradis où nous régnerions alors en maîtres. Renforcé spirituellement et mentalement, mon peuple entreprit la lente reconquête de Quel'Thalas et, bientôt, les spires de Silvermoon s'élevèrent à nouveaux, hautes et fières. En ce moment même, nos soldats continuent leurs efforts pour nettoyer Eversong des derniers Amani et morts-vivants. Voilà toute l'histoire, Synwyn. Mais ne vous y trompez pas - il y à quelque chose de pourri dans ce royaume.

La jeune femme se tenait adossée à la rambarde, respirant l'air pur de la citée. Elle était vêtue d'une robe de soirée que Dead Aim lui avait donnée, trop longue pour elle malgré les retouches qu'y avait fait un tailleur. Elle acquiesça à Syldur, qui se tenait à ses cotés, les sourcils froncés en regardant vers l'ouest. La ville était traversée en son milieu par une sombre route de ruine et de désolation, son sol pourri et noirci par le passage de l'armée des morts cinq an plus tôt. Au delà de cette frontière, Silvermoon se tenait encore en ruines, hantée par les ombres de ses anciens habitants.

- Si vous voulez un conseil, ne vous y aventurez pas. La garde fait de son mieux pour la pacifier, mais ...

- Et qu'en est-il de votre retour ? Des Fils ? lui demanda impatiemment Synwyn, passant du coq à l'âne.

L'elfe de sang soupira, amusé. Il savait que la question brûlait les lèvres de sa camarade depuis son réveil :

- Une longue histoire. Lors de mon retour, j'ai été accueilli par une ranger de Silvermoon, qui était apparemment au courant de ma venue. Ce ranger, mon amie, il s'agit de Severnaya, que vous avez déjà rencontrée. J'ai été subjugué par la beauté de ma patrie renaissante, que je croyais morte et éteinte. Mais les promesses de Rommath et de ses acolytes résonnaient étrangement à mes oreilles. J'ai participé à la destruction du Portail, rappelez-vous, et j'ai vu à quel point les énergies corrompues de Draenor avaient transformées en désert aride les marais environnants. Je ne crois pas en un paradis extra-terrestre, perdu quelque part flottant dans le Néant. De fil en aiguille, renouant d'anciens contacts, des sympathisants se joignant à ma cause, les Fils renaquirent de leur cendre. Nous sommes nombreux maintenant, suffisamment pour accomplir notre objectif : protéger et sauvegarder l'éternelle Quel'Thalas.

- J'oserais-même dire que vous vous avez su bien vous entourer, fit Synwyn en observant sa robe avec une pointe de jalousie. Son ancienne propriétaire devait avoir une sacrée allure en la portant.

- Oui, les Fils vont maintenant pouvoir accomplir ce pourquoi je les ai créés, répondit le mage en acquiesçant, loupant complètement le sarcasme.

- Silvermoon reconstruite ... Un peuple réputé mourant mais apparemment en parfaite santé ... Et même une paladinette aux oreilles longues. Vous me réservez d'autres surprises ?

- Et pas des moindres. Vous n'êtes pas la bienvenue à Quel'Thalas, ma chère, dit-il l'air grave.

La démoniste était déjà prête à lui envoyer un nouveau coup de poing sur la tête, le bras levé et un air furieux sur le visage. Mais Syldur l'interrompît en haussant la main pour lui faire signe qu'il n'avait pas terminé :

- En effet, Synwyn. Malgré votre nom, vous êtes humaine. Ne croyez pas que moi où mes suivants aient la moindre chose contre vous et vos semblables, bien au contraire. Mais les elfes ne sont plus membres de l'Alliance, qui les à trahis. Je suppose que vous avez été trop absorbée par vos recherches pour être au courant ...

La jeune femme arrêta son geste, un air à la fois curieux et sceptique sur le visage. En soupirant, elle croisa les bras pour lui faire signe de continuer :

- L'Alliance à envoyée un ambassadeur à notre capitale il y à quelques semaines : "Pour rétablir des relations amicales et prospères avec le fier peuple de Quel'Thalas". Du vent, Synwyn, du vent. Figurez-vous que cet ambassadeur n'était qu'un espion, doublé d'un saboteur, et qu'à l'heure où je vous parle, nos soldats s'échinent à repousser les troupes kaldoreis qui ont débarquées récemment sur nos côtes grâce à ses actions. Leurs efforts seraient bien mieux utilisés contre les troupes de Dar'khan et les Amani, hélas ... L'Alliance et les humains ne sont plus les bienvenus à Quel'Thalas, Synwyn.

Il soupira encore une autre fois, secouant la tête de dépit. La jeune femme le regardait, les yeux ronds et n'en croyant pas ses oreilles. Syldur Windstrider, le jeune haut elfe un peu naïf mais courageux, le mage talentueux mais réservé, fidèle agent de l'Alliance, avait-il changé à ce point en rejoignant son peuple ? Elle l'avait connue suffisamment pour savoir que quelque chose avait profondément changée, en lui. Il avait l'air ... vieilli. Cynique. Se doutant de quelque chose, elle reprit la parole. Il fallait qu'elle en sache plus.

- Écoutez, j'ai entendu parler de Garithos et de ce qui c'est passé, des relations avec les kaldoreis, mais nous ne somme pas tous comme ...

- Ne vous y trompez pas. Je suis toujours un fervent admirateur de dame Proudmoore, et je suis parfaitement conscient de l'estime que nous porte encore une partie de votre peuple. Mais je suis fatigué, Synwyn. Fatigué de ces elfes de la nuit arrogants et revanchards, fatigué d'être traité comme un paria à cause de ma soif. Le rêve est terminé, dit-il en fermant les yeux. L'Alliance ne veut plus des hauts elfes, et les elfes de sang ne veulent pas de l'Alliance.

- Je ...

- Dame Sylvanas Windrunner nous apporte tout son soutien et celui de son peuple. Des tractations sont en cours à Orgrimmar et à Thunder Bluff.

Synwyn palissait, au fur et à mesure qu'elle voyait où son camarade voulait en venir. Elle serra les poings, sentant à nouveau les larmes lui monter aux yeux. Essayant de les repousser, elle murmura d'une voix cassée :

- Taisez-vous ...

- Les Réprouvés luttent à notre coté contre le Fléau, continua l'elfe de sang en la regardant dans les yeux. Les sin'dorei vont s'allier à la Horde, Synwyn. Voilà la vérité.

Tout était dit. Pour la deuxième fois de la journée, l'humaine laissa deux larmes dévaler sur ses joues, résignée. Se retournant pour que Syldur ne puisse pas le voir, elle resta ainsi quelques minutes, les épaules tremblantes. Lorsqu'elle se fut calmée, la voix légèrement enrouée, elle rompit le silence :

- Je suis désolé ...

- Vous n'avez pas à vous excuser pour les fautes de votre peuple et de l'Alliance.

- Alors comme ça, c'est terminé, hein ... soupira-t-elle. Vraiment.

- Vraiment. J'en ai pleuré, mon amie. Des larmes de sang ...

- Des larmes de sang ... acquiesça-t-elle.

Ils ne dirent rien d'autre pendant vingt minutes. Syldur savait que la nouvelle ferait un choc à la démoniste, et il la laissa digérer la nouvelle et l'accepter tranquillement, à son rythme. Elle comprendrait, car malgré sa fidélité à la vieille Alliance, elle savait que la Horde n'était pas qu'un ramassis d'humanoïdes sauvages et primitifs, comme le croyait la plupart des gens. Pour sa part, l'humaine s'était adossée à la rambarde et regardait à nouveau les étoiles, comme elle le faisait lorsqu'elle écoutait le mage lui raconter l'histoire des hauts elfes depuis la chute de Silvermoon.

- Et les autres, alors ? Clemanas, Svetlana, Anariël ? Tout le monde ? finit-elle par demander, alors qu'elle semblait venir de se rappeler leur existence.

- Seul Clemanas m'a rejoint ... Les autres ne ...

Syldur ne termina pas sa phrase. Il détourna le regard en murmurant, les sourcils froncés et le poing serré. Il cachait quelque chose, et soudain la lumière se fit dans l'esprit de Synwyn.

- Il y à ... un piège, n'est-ce pas ? Vos yeux ne sont pas passés verts par hasard. Qu'est-ce que vous me cachez, Syldur ?

La jeune femme sembla renifler l'air, puis s'approcha de l'elfe de sang, parlant de plus en plus doucement au fur et à mesure qu'elle s'avançait, les bras croisés dans le dos. Lentement, elle se mit sur la pointe de ses pieds pour se rapprocher des oreilles du mage. Ce dernier avait toujours le regard détourné, les bras sur la balustrade.

- Une odeur de vieux fer plane dans l'air, et cette couleur ne m'est pas inconnue. C'est ... la ... corruption ... acheva-t-elle en murmurant dans son oreille d'un ton inquisiteur.

- Taisez-vous ! cria l'elfe, en frappant la balustrade avec force.

La violence de la réaction surprit fortement l'humaine, qui s'attendait pourtant à la réaction. Elle avait reculée, les mains levées, sans même s'en rendre compte. Ses réflexes entraînés par le combat, elle n'était pas du genre à réagir ainsi pour un rien, et elle avait sans doute inconsciemment sentie un danger venir de Syldur, pourtant habituellement placide. Lorsqu'elle s'en rendit compte, elle secoua la tête en regardant ses pieds, penaude. Alors, c'était vraiment terminé. Syldur Windstrider, l'haut elfe, était bien mort, sacrifié sur l'autel de la guerre froide entre la Horde et l'Alliance. Syldur Bloodtears avait définitivement pris sa place, pour le meilleur et pour le pire.

Ce dernier s'était visiblement rendu compte de son éclat. Pendant un instant, son visage redevint celui du jeune haut elfe, idéaliste et pacifiste, et il finit par se passer les mains sur le visage en soupirant. Il avait visiblement honte de sa réaction, et il se retourna comme pour se cacher. Tandis qu'un sourire amusé s'étendait sans qu'elle ne s'en rende compte sur ses lèvres - il n'avait peut-être pas tant changé, finalement - Synwyn releva la tête et déposa sa main sur l'épaule du mage. Elle essaya de prendre un ton détaché pour essayer de lui remonter le moral :

- Alors c'était donc ça, cette ... odeur ... Enfin. Je suppose que je n'ai rien à vous dire, dit-elle

Se levant de son mieux sur ses pieds, elle lui murmura à nouveau dans l'oreille, en lui posant l'autre main sur le bras :

- Tu t'attendais à quoi, à ce que je te fasse un sermon idiot sur le sujet ? Allez, tu me connais mieux que ça, Syldur ... Tu crois que mes yeux à moi sont devenus comme ça à force de regarder le soleil, peut-être ? ricana-t-elle en lui donnant un minuscule coup de front dans l'épaule.

Le passage brutal du vouvoiement au tutoiement ainsi que le contact physique eurent l'effet escompté. En soupirant légèrement, les yeux levés au ciel, le mage elfe de sang sembla se détendre. Synwyn ne tutoyait pas grand-monde. Il finit par se retourner, son air désabusé toutefois revenu sur son visage :

- La Lumière nous protège des démonistes perspicaces et un peu trop curieuses ... Oui, Synwyn. Vous avez raison...

- Comme d'habitude ?

- Vous, humains, vous ne pouvez pas ressentir notre addiction à la mana ... continua-t-il, sans relever le sarcasme. Autrefois, haut elfe, j'avais honte de cette soif mystique... Aujourd'hui je l'ai acceptée, je l'ai apprivoisée. Elle est devenue une arme que je tourne contre les ennemis de Quel'Thalas, en embrassant ma nouvelle nature d'elfe de sang.

- Et les jolis yeux vert pomme ?

- Cause à effet, je suppose ... Jennalla m'a signalée que vous connaissez déjà les effets de la ponction de mana.

- C'était donc ça ... Et vous passez votre temps à tendre des embuscades aux jeunes démonistes innocentes se rendant à Quel'Thalas, pour sucer leur mana ?

- Et bien, les Fils continuent à essayer de trouver des sources alternative. Je...

Syldur s'interrompit en voyant les rideaux du balcon être repoussés, et regarda par dessus l'épaule de Synwyn. Ses deux officiers féminins s'avancèrent, et il les accueillit d'un signe de tête, attendant qu'elles lui expliquent la raison de leur venue. Severnaya, le fusil à l'épaule, indiqua au mage sa collègue Jennela en prenant une longue bouffée du cigare qu'elle portait à ses lèvres . Cette dernière lui fit un bref salut militaire et prit la parole :

- Le bateau est prêt, monsieur. Nous pouvons partir pour Quel'Drassil dès que vous le souhaitez.

Le mage acquiesça, tandis que Synwyn regardaient tour à tour les trois elfes qui maintenant l'entouraient, les sourcils froncés :

- Quel'Drassil, hein ? La « Haute-Couronne » ? Encore une surprise ?

- Et pas des moindres, répondit Syldur en s'avançant. Venez, je vous expliquerais le reste sur le trajet.

Synwyn acquiesça, et elle profita du fait que l'elfe de sang l'ait dépassé pour s'étirer en baillant légèrement. Après avoir écartée une mèche de cheveux gris de son front, elle s'avança à son tour pour le suivre. Mais lorsqu'elle passa à coté de la ranger, qui était en train de l'observer les bras croisés, l'humaine fronça ses sourcils et lui dit d'une voix blasée :

- Hey. C'est mes cigares ... Undermine, première qualité.

- C'est moi qui ai récupérée votre cheval et votre matériel dans les Plaguelands.

- Et bien, je ....

- Vous portez une de mes robes. Je gagne.

- Ok, ok ... s'avoua-t-elle vaincue en soupirant. Coriace.



Le pont du destroyer était peu agité, ce qui permettait à Synwyn de se concentrer sur sa tâche nocturne. Assise sur un tas de cordage, les manches retroussées, elle était en train de finir de fixer un petit dispositif cylindrique à un fusil de précision qu'elle tenait sur ses genoux. Une boule lumineuse flottait au dessus de sa tête et l'éclairait comme en plein jour, simple tour de passe-passe arcanique. Le voyage sur les mers thalassiennes se passait bien, le capitaine du navire et son équipage étant des experts. D'après Syldur, le voyage serait court - l'île de Quel'drassil n'était qu'à une bonne heure et demie de voile de la côte.

Pourtant la fille d'un mercenaire et d'une paysanne, Synwyn n'avait jamais été sujette au mal de mer, même lors de son baptême de l'eau, la fort désagréable traversée de l'océan par l'expédition de l'Alliance. Menée par Jaina Proudmoore, la flotte composée surtout de navires tirassiens avait réussie à éviter le piège du Maelström et à atteindre Kalimdor en bon état, posant les fondations de ce qui allait devenir la ville de Theramore dès son débarquement sur le continent. En se remémorant ces souvenirs, Synwyn releva ses lunettes d'ingénieur sur son front et chercha sur le pont le commanditaire du travail qu'elle venait d'achever. Cette personne n'était autre que la ranger-capitaine Dead Aim, une elfe qui apparemment préférait les armes à feux aux arcs. Bizarre, se dit la démoniste.

Elle n'eut pas à chercher bien longtemps, car il s'avéra que l'elfe de sang se trouvait à seulement quelques mètres d'elle, adossée à une caisse en bois, apparemment en train d'écrire ou de dessiner quelque chose sur un petit carnet. Ses yeux verts brillaient dans le noir : en plus de ses cheveux blancs argentés, il lui donnaient un air légèrement inquiétant. Dans la concentration de son travail, Synwyn ne l'avait même pas remarquée. Elle la héla alors en la pointant de son tournevis :

- C'est fini ! Avec ça, si vous anticipez correctement, vous aurez une précision de plusieurs centaines de mètres.

La ranger (Synwyn crût se souvenir que son prénom était Severnaya) releva la tête en souriant, et lui fit signe qu'elle était prête à recevoir l'arme. Rangeant son tournevis dans une sacoche à matériel qui pendait à sa hanche, la démoniste se releva en s'aidant du fusil et le lança à l'elfe de sang, qui la rattrapa à une seule main, sans sourciller. S'approchant de Severnaya en arrangeant sa robe, la jeune femme continuait à parler, d'un ton pédagogue :

- Biznicks 247x128. La meilleur, jusqu'à ce que je trouve mieux.
- Le fusil est toujours bien équilibré, apprécia la ranger en soupesant l'arme d'une main experte.
- Évidemment. J'ai vu que vous aviez un socle à baïonnette, alors j'y ai fait attention. Vous n'avez pas vue Syldur ?

Dead Aim se contenta de lui répondre en claquant des doigts vers l'arrière du navire, et en rabaissant le regard sur son ouvrage. Il s'agissait bien d'un carnet, comme Synwyn l'avait pensée, et plusieurs croquis dessinés au crayon à papier y étaient visibles. Curieuse, sans trop s'en apercevoir, l'humaine pencha la tête pour observer de plus près - geste que, malgré sa tête baissée, l'elfe de sang remarqua. En plaçant la pointe de son crayon à l'horizontale, de manière à ne pas abîmer le croquis, Severnaya pointa alors le dessin du visage fin d'une elfe, balafré sur l'oeil droit.

- Ça, c'est Atia Silverswell, une haute elfe un peu bizarre, qui à été retrouvée amnésique par une trollesse. Elle est très gentille. Les autres, c'est du dessin varié - le chef, Jennalla, la ville, y'à même vous. J'aime pas la flotte, et ça m'aide à me concentrer, m'voyez, ajouta la ranger en se relevant et en rangeant le carnet dans son sac à dos. Venez, j'vous y amène.

Le trajet ne fut guère long - les deux femmes se trouvaient après tout sur le pont d'un destroyer thalassien, un bateau qui n'était guère réputé pour sa taille immense. Il ne leur fallut qu'une petite minute de marche pour trouver effectivement Syldur, sur la proue du navire, les bras croisés dans le dos et le regard tourné vers la lune. En les entendant marcher sur le plancher de bois, il se retourna et les gratifia toutes deux d'un sourire aimable. Le mage semblait de bonne humeur.

- Nous devrions arriver à Quel'drassil d'ici peu, leur dit-il.
- Elle voulait vous voir, répondit Severnaya en montrant du pouce la démoniste. J'vous laisse, je vais voir si je peux trouver quelque chose à grignoter sur ce rafiot.

La ranger les laissa donc tout les deux seuls, en partant les mains dans les poches. Le mage se permit un franc sourire, connaissant son capitaine. Celle-ci avait le mal de mer et ne partait donc pas chercher de la nourriture, ce n'était qu'un prétexte pour les quitter. Malgré son coté rude, la ranger était assez maternelle avec lui, et elle voulait sans doute les laisser tranquilles. Ignorante de ce fait, Synwyn se rapprocha du mage et s'accouda à la rambarde, à ses cotés, observant elle aussi le ciel. Il faisait bon, et la mer reflétait agréablement la lumière lunaire. Ils restèrent ainsi quelques minutes, appréciant la douceur du vent et l'agréable calme de leur solitude. En se redressant, la jeune femme finit toutefois par rompre le silence.

- Syldur ... Comment tu as fait, pour revenir ici ? Je veux dire ... Traverser le Fléau, tout ça. Pas besoin de te préciser que j'en ai bavée, personnellement.
- Hum. Je savais que ce genre de question devait vous brûler les lèvres.
- On à tous crus que tu étais mort, normal que je me pose la question.
- Et pourtant, c'est vous même qui m'avez aidé à préparer mon départ, avec vos informations sur l'Aube d'Argent et l'état actuel du Lordaeron.

Synwyn haussa les épaules. On devinait à sa voix que le mage hésitait un peu à parler du sujet, comme si il était bien conscient de l'inquiétude qu'il avait causé chez tout ses amis et camarades, en les laissant ainsi plusieurs mois dans le noir total sur sa santé et sa localisation.

- Comme vous vous en doutez, je n'ai pas cherché à traverser les rangs du Fléau à moi tout seul, reprit-il en soupirant. Après être parti depuis Khaz Modan, ma traversée des terres d'Arathi et d'Hillsbrad fût relativement tranquille, bien que j'y ai eut la désagréable surprise de devoir combattre à plusieurs reprise des hommes de main du Syndicat.
- Les salopards d'Alterac ?
- Tout à fait, acquiesça-t-il. Je suis alors passé par les Hinterlands, en espérant que les nains Wildhammers feraient preuve d'hospitalité et m'apporteraient une aide, même minime, pour le reste de mon périple. C'est avec grand plaisir qu'ils me donnèrent des informations sur la région et les manières de s'y déplacer discrètement.
- Tsaaa, les Wildhammers, gémit Synwyn en se cognant la tête de la main droite. J'aurais dut y penser ...
- Je ne sais pas si ils auraient été aussi cordiaux avec une humaine qu'avec un haut elfe. Je suivis donc leurs conseils et fut même escorté sur une partie du trajet. Tout allait bientôt se terminer jusqu'à ce que, hélas, je me fasse repérer par des soldats humains avant que je n'arrive à Quel'Thalas.
- Hélas ? Des Croisés ?
- Tout à fait. Et pas des moindres - d'anciens soldats de Garithos.

Un peu perdue, Synwyn haussa les épaules et fit signe au mage de lui expliquer. Les seuls informations qu'elle avait pu glaner sur le sujet étaient plus que vagues : un général de Lordaeron appelé Garithos s'était apparemment attribué le titre de Grand Maréchal pour défendre son pays après la mort de Terenas. Intention louable. Le reste était encore plus mince : il y aurait eu des ennuis avec ses troupes non-humaines, jusqu'à ce qu'il décrète l'exclusion des hauts elfes restants de l'Alliance. Son bataillon avait ensuite été éparpillé après sa mort dans les rangs de la Croisade Écarlate naissante.

- Ce « Grand Maréchal » n'avait rien de moins qu'ordonné l'extermination totale de mon peuple, pour haute trahison envers l'Alliance. Je ne vais pas entrer dans les détails, ils sont flous pour moi-même : la seule chose que je sais, c'est que notre Prince Kael eut apparemment à recourir à l'aide de tactiques détournées pour réussir une mission impossible. Bref, ces soldats m'ont faits quelques difficultés. Cela brise beaucoup d'illusions, d'être traqué par ses anciens frères d'armes ... A vrai dire, je ne dois ma vie qu'à une bande de résistants hauts elfes qui avaient élus domiciles dans le nord des Plaguelands. Parmi eux se trouvait Jennalla, si vous vous souvenez d'elle.
- Celle qui m'a tuée, donc.
- Tout à fait. Grâce à leur aide, j'ai pu arriver sain et sauf en Quel'Thalas, où j'ai presque immédiatement entrepris de recréer les Fils. Je ...
- Je connais la suite, à partir de la, l'interrompît-elle en levant le doigt. Dead Aim, trouver des suivants, défendre Quel'Thalas, tout ça. Mais je me pose encore plusieurs questions, à commencer par ... ces fameux Cristaux Ardents. Ce sont donc vraiment des démons enfermés en conserve pour servir de piles électriques ?
- Tout à fait. A vrai dire, le principe est le même que celui de nos anciens cristaux de mana : une source de mana stable et matérielle. La vraie différence entre un quel'dorei et un sin'dorei, Synwyn, c'est que ce dernier à appris à calmer sa soif magique en se servant à la source. Nous appelons ça la « ponction de mana ». Tout les elfes de Quel'Thalas savent désormais étancher leur soif, grâce aux enseignements de Rommath.
- L'envoyé d'Outland de Kael, donc ?
- Vous n'oubliez donc rien ... C'est exact. Ce magistère nous à apporté bien des cadeaux du prince. En particulier, les Chevaliers de Sang. Rommath aurait ramené avec lui le secret de la maîtrise de la Lumière, pour l'insuffler à nos meilleurs soldats et ainsi créer un véritable ordre de paladins, ne servant plus la Lumière mais au contraire l'asservissant ... Il n'y a guère plus d'elfes ici qui ont encore la foi en ses principes, soupira-t-il.
- Des paladins en bouteille ... Summerwell en est donc une ?
- Oui, même si elle est un peu particulière. Elle à elle-même quittée l'Ordre pour nous rejoindre, en nous ramenant quelques informations - l'origine de leur puissance serait tirée d'une entité magique maintenue en captivité, sans toutefois pouvoir nous en dire plus. Elle n'a jamais vraiment aimée ses camarades, alors, monter en rang dans leur hiérarchie ... Mais je ne désespère pas d'en apprendre plus sur le sujet, un jour.

La démoniste soupira à son tour. Malgré sa manipulation des énergies démoniaques du Néant (elle allait un jour devenir folle et y perdre définitivement son âme, elle le savait), Synwyn respectait encore les principes de la Lumière. Elle en avait même été prêtresse, pendant sa jeunesse, avant qu'elle ne se tourne vers des énergies plus corrompues mais plus destructrices. Il fallait la puissance pour frapper les ennemis de l'Alliance et se venger, et cette puissance était désormais sienne. A un prix immense, certes ...

Synwyn avait encore tant d'autres questions à poser qu'elle ne savait pas par lesquels continuer. Elle était toujours en train d'hésiter lorsqu'elle entendit un cri de la vigie du navire. Se retournant, elle vit que le destroyer n'était plus qu'à quelques minutes de voile d'une île forestière, petite mais belle. Elle sentit sa respiration s'accélérer en distinguant des quais et des défenses militaires : son ami Syldur n'avait effectivement pas menti en disant vouloir défendre Quel'Thalas, et s'en était enfin donné les moyens. Elle avait toujours connue les Fils comme une organisation presque secrète, aux membres peu nombreux, et à l'action limitée, une sorte de secte repoussée par tous. Ce qu'elle avait sous les yeux était totalement différent, une vrai base militaire, une île fortifiée qui leur servait de quartier-général.

Au fur et à mesure que le bateau entamait ses mesures d'accostage, la démoniste continuait à détailler de son mieux tout ce qu'elle pouvait voir de là où elle se trouvait. L'île avait apparemment une forme vaguement circulaire, et était recouverte d'une épaisse forêt d'arbres comme on pouvait en trouver sur le continent. Un mur d'enceinte, régulièrement éclairé, faisait face aux installations portuaires, percé d'une porte défensive. La jeune femme en était presque à ronronner d'approbation quand elle reconnut l'origine des lumières bleu flottant dans les airs qu'elle voyait depuis quelques minutes : des tours de Fureur Céleste flanquaient l'île en de nombreux points stratégiques. Le must de la défense, conçues par les mages elfes pour la protection du royaume. Leur vue était relativement rare depuis plusieurs années, car elles requéraient une puissance magique brut très importante pour les maintenir en état de fonctionnement, contrairement à un bon vieux canon nain.

Même une fois la manoeuvre d'accostage finie, la démoniste était toujours dans le même état, à observer tout les petits détails sans voir le tableau d'ensemble, si bien qu'elle ne se souvint même pas de sa descente sur les quais. Elle ne voyait pas les gens, n'entendait pas les paroles qui lui étaient adressées, son esprit étant entièrement occupé à analyser et à absorber tout ce qu'elle voyait. Synwyn n'était à vrai dire jamais venue à Quel'Thalas, malgré ses barouds un peu partout dans le monde, et ce n'était pas son bref passage à Silvermoon qui avait apaisé sa curiosité. De nombreux elfes de sang étaient occupés sur les quais, qu'ils fussent marins, soldats ou humble civils occupés à décharger un navire de provisions. Soudain, la jeune femme sût pourquoi elle était si impressionnée par le lieu : cela lui rappelait Theramore, sa nouvelle maison après la destruction de Tarren. Les bâtiments neufs, protégés et bien arrangés. Un lieu propre, défendu, auto-suffisant, où on pouvait enfin se sentir en sécurité. Encore une fois, elle fût surprise par la clairvoyance de Syldur en choisissant de s'installer ici. Ce n'est qu'avec cette pensée pour le mage que, justement, elle remarqua que celui-ci lui parlait depuis plusieurs minutes.

- ... et nos forces sont au point. Jennalla est l'officier en charge de l'île, tandis que Severnaya dirige nos forces militaires - même si je songe à réduire ses responsabilités pour la dégager un peu de la masse d'obligations que cela entraîne, acheva Syldur en pensant que sa comparse suivait ses paroles depuis le début.
- Et, euh ... Vous avez construits tout ça en seulement quelque mois ? lui demanda innocemment la démoniste, en espérant que Syldur n'avait pas déjà parlé du sujet.
- Étonnant, n'est-ce pas ? Figurez-vous que les résistants thalassiens m'ayant sauvés dans les Plaguelands connaissait l'emplacement d'une planque de matériels et de ressources de l'Alliance. J'avoue que j'ai été surpris d'y trouver des artefacts de grande puissance ... des modèles réduits.
- Des ... des modèles ? Genres maisons pour gosses ? répondit Synwyn, ayant vaguement l'impression qu'on se fichait d'elle.
- Tout à fait. Remarquables : il suffit de dire le mot de pouvoir nécessaire pour les activer, et ces modèles se mettent alors à grandir très rapidement en un bâtiment à taille réel, solide et tout à fait utilisable. Une seule caisse de ces petites merveilles nous à permis de construire en quelques jours la plupart des installations nécessaires, une fois les trolls locaux chassés.
- Im ... impressionant ...

La démoniste était sur le point d'évoquer la ressemblance avec la ville de Theramore - qui avait également été la résidence du mage elfe de sang pendant plusieurs années - lorsqu'elle se mit à se frotter les yeux en grommelant, pensant que la fatigue et la nuit lui jouaient des tours. Elle observait un orc massif, en uniforme de grunt, son épaisse crinière noire masquant à peine son visage buriné et tanné par les combats, qui discutait le plus bêtement du monde avec quelques Brise-Sorts et la ranger-capitaine des Fils, s'esclaffant parfois bruyamment. Observant avec plus d'attention les environs, Synwyn se rendit compte qu'il ne s'agissait pas d'un cas isolé : il y avait également quelques hauts elfes visibles sur le port, différents de leurs cousins par la couleur de leurs yeux. Mais la jeune femme se crispa alors, en apercevant plusieurs silhouettes à la forme torturée et aux visages saccagés. Ils avançaient d'une démarche mécanique, mais leur regard montraient la volonté et l'intelligence qui habitaient ces morts-vivants.

La jeune femme avait alors sans doute eu une autre réaction involontaire, tel un tressaillement de ses lèvres ou le fait de chercher sa dague, car Syldur posa une main rassurante sur son épaule.

- N'ayez crainte, Synwyn. Je sais que vous êtes loin de porter les Réprouvés dans votre coeur, mais il faudra vous faire à l'idée. Voyez la chose d'un oeil neutre : ce sont les anciens habitants de Lordaeron, et nous somme les anciens citoyens de Quel'Thalas. Massacrés par le Fléau, maudits, rejetés par l'Alliance dont nous étions les fidèles, quoi de plus naturel pour nous que de nous serrer les coudes ? Ils nous apportent toute l'aide militaire qu'ils peuvent, dans la lutte contre le Fléau qui dispose encore du contrôle d'une bonne moitié de notre territoire. Quant à notre grunt, Uzlag Thunderfist, c'est un émissaire volontaire d'Orgrimmar. Il attendait d'ailleurs notre bateau pour repartir sur le continent ...Vous voyez, Synwyn. Nous ne sommes pas seuls dans notre quête.

Au fond de son coeur, la démoniste savait que Syldur avait raison. Elle était plutôt tolérante, malgré les horreurs qu'elle avait vécue, mais néanmoins ... voir ces réprouvés la choquaient. En regardant son ami elfe de sang, qui continuait à lui décrire les lieux d'un ton enthousiaste, Synwyn sentit son coeur s'assombrir. Elle n'était pas arrivée qu'elle se sentait déjà étrangère, seule au milieu de tout ces représentants de la Horde. Elle avait notée les regards étranges que lui avaient jetés quelques personnes sur le port, et la manière dont elles avaient ensuite détournées les yeux. Ce n'était pas uniquement pour sa fascination pour les elfes que la jeune femme avait accomplie son périple ... C'était aussi pour Syldur. Et elle le voyait maintenant s'éloigner d'elle, au fur et à mesure qu'ils refaisaient connaissances, comme si le mage avait oublié le passé pour se consacrer uniquement à l'avenir.

Non, vraiment - Synwyn avait un mauvais pressentiment. Quelque chose allait mal tourner.

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Mesdames, je vous en prie, levez vos verre à cette occasion !

Synwyn se trouvait assise à une luxueuse table de dîner, un verre de vin fin thalassien à la main. La visite de l'île avait brisée en elle encore d'autres illusions : malgré son effective ressemblance avec Theramore, le bastion des Fils de Quel'Thalas ne pouvait pas tenir la comparaison sur un point - la taille. Excitée par la nuit et la mer, l'humaine s'était légèrement emballée : l'île semblait impressionnante, mais l'intérieur de l'enceinte ne comportait finalement que quelques bâtiments militaires et habitations en dehors de l'imposante citadelle. On lui avait aussi expliquée que le nombre d'habitants de l'île fluctuait entre la centaine d'âmes et le double, selon les expéditions en cours sur le continent. Les effectifs étaient composés de combattants (qu'ils soient mages de guerre, rangers ou fantassins) et des civils nécessaires à leur entretien. C'était peu, très peu.

Après la visite de l'île, ils étaient ensuite partis se réfugier à la citadelle, alors que la pluie commençait à tomber. Synwyn était maintenant en compagnie du mage de sang et de ses deux officiers féminins, assise à table et trinquant à la santé du Quel'Thalas. La salle était vraiment luxueuse, décorée dans le même goût que la chambre qu'elle avait brièvement occupée à Silvermoon : lustres en cristal, bibelots à la forme de spire ... L'humaine se sentait presque écrasée devant les lieux, habituée aux modestes tavernes de Stormwind ou aux frugales conditions d'une armée en campagne. Elle était toutefois rassurée de voir qu'elle n'était apparemment pas la seule à se sentir déplacée - Severnaya Dead Aim, l'officier en charge des forces militaires, semblait également gênée d'être ici, son uniforme couleurs camouflage jurant avec les lieux.

Synwyn répondit à l'appel au toast en portant le verre à ses lèvres, comme toute la table, et en y buvant une gorgée. C'était triste à dire, mais sa lange s'était habituée à la bière naine, et le vin lui paraissait un peu fade. Tout le monde reposa son verre, et il y eut alors un petit silence gêné, chacun cherchant apparemment quelque chose à dire. La démoniste observait la salle, à la recherche d'un commentaire à faire, puis renonça presque immédiatement. Non, décidément, ça n'allait pas : elle soupira intérieurement, car le sentiment d'être étrangère ici persistait en elle. Elle avait des milliers de choses à dire, mais c'était à Syldur, et à lui uniquement. Le silence continua, s'étala, même, et le mage elfe semblait sur le point de le rompre lorsqu'un long rugissement bestial se fit entendre, roulant comme le tonnerre même au travers des vitres de la salle.

Pendant une seconde il n'y eut aucune réaction, puis la première à bouger fut Severnaya : elle se leva en grognant, pour se diriger vers la fenêtre. La pluie se calmait, mais gênait toujours la visibilité - impossible de voir quoi que ce soit dans le ciel de là où elle était. Mais soudain, alors qu'elle n'était qu'à mi-chemin, la fenêtre vola en éclats, projetant des morceaux de verre coupant dans la pièce. Quelque chose de rapide, de puant, d'énorme, venait de passer devant la vitre et l'avait brisée en l'accrochant d'un coup d'aile. La chose cria alors à nouveau, un rugissement qui semblait tout droit sortir des entrailles de l'enfer, et la démoniste fut forcée de se protéger les oreilles tant le bruit était fort.

A nouveau, il n'y eut pas de réaction pendant quelques secondes. Le vent et la pluie s'engouffraient dans la pièce, en faisant claquer les teintures. Syldur et Jennalla avaient réagis comme la démoniste, en se plaquant les mains sur les oreilles. Lorsqu'ils les retirèrent, ce furent pour entendre un juron sonore retentir, alors que Severnaya se relevait du sol. Elle y avait été projetée par l'impact.

- Préparez-vous. Je crois qu'on à de la visite, dit-elle d'une voix où perçait la fureur.
Cette fois, tout le monde fut prompt à réagir. Synwyn s'était levée pour courir jusqu'à la chambre qui lui avait été attribuée, afin de prendre sa poche à fragments d'âmes. Elle n'avait rien prit d'autre, car le temps pressait - elle avait alors rejoint au pas de course les escaliers de la citadelle, pour se trouver maintenant sur le fronton de l'édifice, à fouiller le ciel du regard. Elle était terriblement inquiète, car elle avait déjà sa petite idée sur ce qu'elle allait y voir. La pluie était désormais très fine, presque éteinte.

Le premier à la repérer fut un des Brise-Sorts de la garnison. L'elfe de sang, vêtu d'une armure de plaques rouge et or, pointa quelque chose dans le ciel, au sud du port de la ville. C'était bien ça. Une masse épaisse d'os et de chairs qui flottait dans les airs en claquant des ailes. Une wyrm des glaces, qui amorçait un demi-tour maintenant qu'elle avait survolée l'île et frôlée la citadelle. Le dragon mort-vivant rugît alors à nouveau, et la démoniste sentit son coeur rater un battement. Non ! C'était elle, la jeune femme en était sûre. La wyrm qui l'avait déjà tuée. En hoquetant, apeurée par l'horreur du souvenir, la démoniste fit un pas en arrière. Elle buta alors contre quelqu'un, qui la saisit avec force par les épaules.

- Non, non, non. Ici, tout le monde s'bat et personne ne s'barre, l'humaine, lui chuchota-t-on à l'oreille d'un air de défi. Le premier qui se débine, j'm'en occupe personnellement.

Synwyn sentit la poigne de fer se relâcher, et le commandant Dead Aim s'avança alors d'un pas pour se mettre à ses cotés. La démoniste vit que la ranger avait désormais ses mains occupées à recharger un fusil de gros calibre, une cartouche dans la bouche et un sourire carnassier étalé sur le visage. Elle avait vraiment l'air effrayante ainsi, presque en transe, ses cheveux blancs trempés par la pluie et ses yeux luisants d'une lueur macabre. L'elfe de sang aussi devait être passée par ses quartiers, pour chercher la grosse artillerie qu'elle avait entre les mains. Elle est soit très forte, soit complètement tarée en conclut Synwyn, avec une légère préférence pour la seconde option

- C'était bien mon intention, capitaine, lâcha la démoniste en grognant.
- Non seulement c'est un dragon, mais en plus c'est un mort-vivant. Elle va regretter d'avoir recroisée ma route, cette pute, marmonna Severnaya pour elle-même, concentrée sur sa tâche.
- Ne vous inquiétez pas, Synwyn. Nous ne sommes pas sans défenses ... intervint Syldur, légèrement essoufflé.

Le mage elfe de sang venait de rejoindre les deux femmes, son épée et son bâton de mage aux mains. Il n'avait apparemment pas la course facile, vu le retard qu'il avait sur elles - ce qui semblait naturel pour un mage plus préoccupé par ses études que par la course d'endurance. Bien que ses sourcils soient froncés, il gardait une expression étrangement calme sur le visage.

- Vu son angle d'approche, elle ne devrait pas tarder à ...

Alors que Syldur allait finir sa phrase, une volée de boules d'énergie arcanique furent soudainement tirées avec fracas par les tours de défenses de l'île. Elles s'écrasèrent sur la face squelettique du dragon, qui était sur le point de lancer une seconde passe sur la citadelle. Se débattant, le corps parcouru d'éclairs, la wyrm hurla sa rage et sa douleur, perdant peu à peu de l'altitude pour finir par s'écraser avec fracas au sol, projetant en l'air des gerbes de boue et renversant quelques arbres sur son passage.

- Vous voyez, Synwyn, nos tours sont un peu longues à se charger, mais sont plutôt efficaces, commenta Syldur avec un flegme tout britannique où pointait quand même une sobre joie.

Les réactions des autres furent bien plus violentes : un cri de joie parcourut l'ensemble de l'île, alors que tout les soldats des Fils de Quel'Thalas acclamaient le tir. Mais le cri mourut bien vite lorsque le dragon mort-vivant releva la gueule en grognant, apparemment encore en état de se battre malgré son crâne noirci et les quelques éclairs arcaniques qui lui parcouraient la carcasse. La wyrm lâcha un hurlement de défi en commençant à se relever de son « cratère d'impact ». Oh que non, elle n'était pas enterrée, elle en voulait encore. Et elle avait largement de quoi rendre les coups.

- Oh ... oh, non ... Préparez les balistes et prévenez les prêtres, on à ... On à un grand dragon dans la base ... finit par dire Jennala Summerwell, le visage livide.

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Les bras croisés, le seigneur de l'effroi Naztaroth observait la situation du haut des remparts de l'île. Ça avait été un jeu d'enfant pour lui, d'y sauter en un coup d'ailes et d'endormir les gardes à proximité. Il était un représentant typique de son espèce : de grandes cornes courbées et des sabots fourchus indiquaient clairement son ascendance démoniaque, tandis que ses longues griffes et ses canines proéminentes confirmaient qu'il était dangereux. Le tableau était complété par ses grandes ailes de cuir jaunâtre, qu'il avait actuellement replié dans son dos.

Naztaroth était une exception pour sa race, étant le dernier des Nathzerims à encore servir le Roi Liche - mais il le faisait de son plein gré, ayant fait sécession de la Légion après la défaite d'Hyjal. En croyant ses maîtres démoniaques défaits, il avait alors eut dans l'idée de se mettre au service de la nouvelle première puissance d'Azeroth : le Fléau mort-vivant. Son rôle ici, cette nuit, était de coordonner la destruction totale de cette base sin'dorei - l'île serait le point d'installation idéale pour une base destinée à soutenir un futur assaut sur le plateau du Puit Solaire.

C'était lui qui avait envoyé cette wyrm des glaces. Il ricana, car il savait qu'elle n'était pas seule. Invisible dans la nuit, une nécropole flottait également au dessus de la base, prête à débarquer une cargaison de troupes du Fléau pour la conquête définitive de l'île. D'ici, il avait l'impression de visualiser un plateau d'échecs, la multitude de pions rouges faisant face à sa reine violette, sa wyrm. Le plan était parfait, il ne restait plus qu'à attendre - échec et mat.

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Ô, grande et sainte Lumière, toi qui me montres la voie de la justice et de la bienfaisance, en ce soir donne moi ta force.

Le lieutenant Jennalla Summerwell prit une longue inspiration, les yeux fermés. Elle se sentit apaisée, alors que la Lumière répondait à sa prière en lui apportant chaleur et pouvoir. Lorsqu'elle rouvrit les paupières, ce fut pour se voir entourée d'un léger halo doré, sa vouge luisant et vibrant de la puissance de sa bénédiction. L'arme de prédilection de l'officier était d'ordinaire l'épée à une main, mais son instinct avait senti le besoin de quelque chose de plus lourd alors qu'elle était passée en courant dans ses quartiers. Et c'était heureux pour elle - contre une bête comme la wyrm, elle n'aurait droit qu'à une chance, et une seule. La vouge serait le mieux.

 Messire Bloodtears, je vais tenter de l'abattre en face à face. Je vais vous demander de bien vouloir me couvrir. Capitaine Dead Aim ? - je vous prie d'aider le seigneur à détourner son attention. Si j'y meurs, faites tirer toute notre artillerie sur ce monstre. On ne doit pas la laisser réagir, soupira le lieutenant.

Severnaya, qui se tenait à ses coté, acquiesça silencieusement, en mettant genou à terre et en armant son fusil. Syldur ferma les yeux d'un air grave, avant de poser sa main sur l'épaule de Jennalla. Il releva la tête, pour la fixer dans les yeux.

- Jennalla. Je vous soutiendrais de tout mes pouvoirs, je vous le promet.

Le chevalier de sang acquiesça à son tour, comme pour un adieu. Elle donnait aux autres l'impression d'être sereine et déterminée, mais la vérité était toute autre. Intérieurement, Jennalla était au bord des larmes - pourquoi elle, officier pourtant pas toujours acharné à la tâche, était-elle prête à se jeter ainsi contre une des pires horreurs du Fléau mort-vivant ? Son seul réconfort était que si elle devait mourir, ce serait pour la juste cause - les Fils devaient survivre et continuer, que ce soit avec où sans elle. Quelqu'un devait bien le faire, et elle était la plus apte à tenter. Voilà pourquoi elle devait y aller. Soudainement, un étrange bruit cristallin résonna à ses oreilles, brisant sa concentration - elle ouvrit les yeux pour voir qu'un halo blanc l'entourait de la tête aux pieds, avant de disparaître.

- Hey, Miss Forces de l'Ordre. J'suppose que là d'où vous venez, vous n'allez pas aimer ce que je viens de faire, mais croyez-moi, c'est pour votre bien.

La voix venait de Synwyn, l'amie humaine du patron. En se retournant, le paladin put voir que la démoniste tenait dans sa main un petit cristal violet, parfaitement circulaire, d'où pulsait une forte lueur blanche. Ce qui choqua Jennalla, c'était le sourire de la démoniste, tandis qu'elle jouait avec le cristal, le balançant en l'air avant de le rattraper sans le regarder.

- Vous inquiétez pas, j'en prendrais soin, de votre p'tite âme. Maintenant ... Je veux pas vous affoler, mais je crois que notre invitée s'excite ! dit la démoniste avec ironie, alors qu'un nouveau hurlement retentissait à travers toute l'île.

Car en effet, la wyrm avait finie de se dégager et s'était relevée de toute sa taille, les ailes grandes écartées, comme si elle attendait son adversaire. Elle frappa alors le sol avec ses pattes, ce qui fit trembler toute l'île, son regard fixé sur le petit groupe devant la citadelle. Jennalla ravala sa salive, et soupira en serrant sa vouge dans ses mains. Très bien. En avant la musique. Le paladin se mit alors à charger de toutes ses forces, entourée d'un halo de Lumière brillant. Et elle hurlait, un long cri de guerre à la fois destiné à se montrer à la wyrm et à se donner du courage. Le dragon la vit, et se recula légèrement, comme s'il prenait son souffle.

Oh non, elle est sur le point de cracher son souffle de glace ! Bien qu'elle courait de toute ses forces, le lieutenant n'avait parcouru que la moitié de la distance qui la séparait de la wyrm - elle portait son armure, ce qui la ralentissait et l'épuisait malgré sa détermination. Elle était de plus totalement à découvert : si le dragon crachait maintenant, elle allait finir en statue de glace. Mais alors que cette idée germait en elle, que le désespoir se frayait un chemin dans la concentration du paladin, un grand trait de feu la dépassa, trait de feu qui explosa dans les airs en un cri strident et suraigu. Elle en fut presque sonnée, car l'éclat incandescent produisait également la lumière d'un soleil. Lorsqu'elle put y voir à nouveau, elle se crut défaillir - un phénix composé de purs flammes avait jailli du soleil, en laissant des traînées ardentes derrière lui. L'oiseau mythique s'était jeté sur la wyrm, qui avait hurlée sa colère face à ce nouvel adversaire.

C'était la diversion parfaite ! Jennalla se doutait bien que messire Syldur avait effectivement dut y mettre tout ses pouvoirs. Mais à nouveau, elle sentit son coeur rater un battement, alors que la wyrm décapitait littéralement l'oiseau de feu en allongeant la gueule et en refermant ses mâchoires sur le cou du phénix. Une fois son adversaire promptement abattu, l'horreur mort-vivante tourna à nouveau son attention sur elle, prête à la déchiqueter d'un coup de gueule. Elle était proche, si proche du dragon qu'elle sentait son aura de glace, que sa puanteur l'envahissait : elle ne pouvait échouer maintenant ! Non ! Alors, un coup de feu résonna à ses oreilles, suivit d'une explosion et du hurlement de douleur la wyrm, qui avait relevée la gueule pour la secouer. Jennalla n'avait pas clairement compris, mais la balle qui l'avait rasée s'était apparemment logée dans l'oeil droit du dragon - elle s'en retrouvait temporairement aveuglée !

Alors, ce fut l'occasion parfaite. Elle était face au dragon, maintenant, le corps surchargé d'adrénaline, l'esprit tellement concentré qu'elle ne voyait plus rien d'autre que son objectif : le cou de la bête. Elle esquiva les serres du dragon, qui martelait le sol pour la tuer, et se réceptionna en se recroquevillant sur ses jambes. Elle lâcha alors à nouveau un cri de guerre, tandis qu'elle mettait toute sa force dans ses pieds, toute sa volonté et sa puissance dans la pointe de sa lame. Elle sauta, et abattit son arme à la jonction de deux vertèbres cervicales de la wyrm. Et, oui, oui ! Elle réussit à trancher, à décapiter la bête ! Alors que la magie nécromantique qui animait la carcasse du dragon se dissipait, elle ne ressentit aucune douleur en tombant à terre, l'esprit entièrement empli par la joie qu'elle ressentait. Elle nota sans le remarquer le choc du crâne de la bête qui chuta à ses côtés, et sombra dans les ténèbres de l'inconscience alors que le reste du squelette s'abattait sur elle.

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Le seigneur de l'effroi avait assisté à toute la scène, estomaqué. Comment de simples mortels, avec une tactique aussi vulgaire, pouvaient-ils avoir défait sa Reine, l'atout qui rendait son jeu gagnant ? Une simple charge en ligne droite, un pitoyable phénix, et encore plus rageant, un minable coup de fusil ? C'était donc cela, qui avait permit à cette pimbêche d'elfe misérable de se faufiler comme un rat et d'infliger un coup critique au seul point faible de sa wyrm des glaces ?

Naztaroth hurla sa rage, en fracassant un créneau d'un coup de poing. Ils allaient payer ! La nécropole allait se placer en position, et leur faire subir son courroux ! Assaut total, guerriers du Fléau ! La Mort est en marche, et elle ne s'arrêtera qu'après s'être abreuvée du sang des elfes !

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Le capitaine Dead Aim, pour sa part, croyait tout à fait en ce qu'elle venait de voir. Eh, les dragons avaient beau avoir des écailles durs comme le cristal, leur point faible était le même que celui de presque tout les êtres vivants - les yeux. En tant que ranger de profession, elle qui avait lutté contre les drakes du clan Dragonmaw pendant la guerre, elle le savait mieux que quiconque.

En relevant le poing, elle cria à la victoire, suivie immédiatement de toute la garnison de Quel'drassil. Et cette fois, c'était définitif ! Oh, évidemment, Summerwell allait être un peu difficile à extraire de la carcasse, mais ses jours n'étaient sans doute pas en danger. C'était passé près, mais la bête était tombée !

Severnaya se releva, le fusil levé à bout de bras, en se tournant vers ses troupes. Elle vit que Syldur était soutenu par son amie l'humaine, apparemment épuisé par le sort qu'il avait lancé - après tout, la seule autre personne que le ranger-capitaine avait jamais vu invoquer un phénix était Kael'Thas lui-même. Un grand sourire lui fendait le visage : assurément, le mage de sang appréciait également la victoire, malgré sa fatigue.

- Bon, je veux illico presto une bande de volontaires pour m'aider à sortir votre lieutenant de là. Et appelez un prêtre, elle risque d'en avoir besoin ! ordonna Severnaya à l'assemblée.

Nombreuses furent les mains à se lever parmi la garde de Quel'drassil. Mais avant que Severnaya ne puisse faire signe aux volontaires de la suivre, un étrange bourdonnement se mit soudain à résonner dans les airs, faisant jeter aux elfes des regards nerveux autour d'eux. Trois gigantesques cercles cabalistiques apparurent alors sur la plaine qui séparait la citadelle de l'entrée de la ville. Une explosion retentit, et des éclairs apparemment tirés par le même nuage noire frappèrent le sol à l'unisson, en plein centre des cercles.

Des cristaux verts à la forme rectangulaire étaient apparus dans les cratères laissés par les décharges électriques. Ils flottaient à quelques centimètres au dessus du sol, et se mirent à vibrer ensemble, entourés d'un halo de lumière bleu givre. Tout le monde les avaient remarqués, suspicieux, et avaient dégainés leurs armes. Dans d'autres éclairs de lumières blanches, alors, des silhouettes décharnées se matérialisèrent par dizaine à leurs cotés. Ce fut le début du chaos. Le toit de la caserne de l'île fut touché par une vague d'énergie blanche, tirée par le nuage noire, projetant des débris de pierre aux alentours. Un hurlement retentit, suivit d'une centaine de gémissements affamés, et les combats commencèrent, alors que les troupes du choc du Fléau apparaissaient et se jetaient sur les défenseurs de l'île.

- Shindu fallah na ! Le Fléau, défendez-vous ! hurla Severnaya, en rechargeant son fusil.

Elle aurait dut s'y attendre, les morts étaient très mobiles quand ils le voulaient. Les crissements du métal frappant le métal, de la chair mordue par la lame emplirent ses oreilles. Partout où elle regardait, les Fils de Quel'Thalas se battaient pour leur vie contre une horde de morts-vivants sortis de nul part. La nécropole - le fameux nuage noir qui survolait l'île - tira à nouveau sur la caserne, en provoquant une seconde avalanche de débris. Dès que son arme fut rechargée, la ranger entra dans l'action. Elle tira à bout portant dans la tête d'une goule, qui explosa en projetant des gerbes de fluides immondes. Elle envoya un coup de crosse dans le crâne d'un zombie à ses cotés, lui brisant ainsi le cou. Elle sentit quelque chose l'attaquer par derrière, et se retourna en jetant le fusil sur le squelette qui avait tenté de la saisir. Cela le fit reculer de quelques pas, et Severnaya en profita pour dégainer sa machette. Elle prit position, et la lança entre les deux yeux morts du macchabée, qui s'écroula le crâne fendu. Elle était sans armes désormais, et dans une situation plutôt risquée. Mais elle sentit quelqu'un se jeter à ses cotés, pour se placer dos à dos avec elle.

- Tiens, et ne la perd pas, celle-la ! lui cria Atia Silverswell, en jetant une épée à terre.

La ranger se permit à nouveau un sourire carnassier, le même que tout à l'heure. Elle cria, elle aussi : T'inquiètes pas, ma fille, j'y ferais gaffe ! Mais il n'était pas temps de discuter. Severnaya esquiva un coup de lame rouillée, puis fit avec une agilité surprenante une clé de cou au squelette en armure lourde qui l'avait attaquée. Il finit à terre, le cou broyé par une rapide torsion du bras. Alors, elle se jeta à terre avec une roulade pour ramasser l'épée.

_______________


Ce ne fut que le lien psychique entre l'âme de Synwyn et celle de son diablotin Quztik (qu'elle avait invoquée dès qu'elle avait vue les cercles d'invocation du Fléau se former) qui lui sauva la vie, car toute douleur et blessure que sa maîtresse subirait, le démon asservi la ressentirait également. Il fit donc l'effort de l'avertir mentalement d'un danger, ce qui permit à la jeune femme de discerner le léger chuintement de la bête et d'esquiver sa charge en se jetant sur le coté. Un coup de griffe destiné à empaler son crâne siffla à ses oreilles, mais grâce à Quztik Synwyn était sauve. Se réceptionnant au sol et se relevant avec une roulade, elle observa ce qui avait tenté de l'attaquer.

Elle avait bien failli être écrasée par les multiples pattes insectoïdes et décharnées de la chose, qui arrêta sa charge et se retourna avec célérité pour lui faire face. Un démon des cryptes. Les Nérubiens étaient une race fort étrange, bizarre combinaison d'araignée et d'homme. Celui-ci en particulier était un de leurs cousins mort-vivants, réveillé par Ner'zhul pour le servir dans l'après-vie.

Raté, mon gros. Le nérubien lui faisait maintenant face, tournant en un cercle autour de la jeune femme, son regard rivé sur le sien. Ses mandibules claquaient d'excitation, tandis que l'humaine la surveillait d'un air concentré, prête à réagir à tout instant. Soudain, un sourire éclaira son visage et elle abaissa sa garde, ce qui donna le signal de départ au mort-vivant qui la chargea à nouveau - ses multiples pattes pouvait porter la bête à une vitesse effarante, et Synwyn savait que ce ne serait qu'une affaire de secondes avant que le démon ne soit sur elle et la dévore vivante. Rassemblant mentalement toutes ses forces psychiques et ses connaissances en démonologie, elle ne prononça qu'un mot, un simple mot de pouvoir.

Le nérubien était déjà sur elle, son bras puissant levé pour l'empaler sur place, lorsque celui-ci fut proprement sectionné au niveau du coude. La bête recula vivement en lâchant un cri suraigu, où se mêlait des tonalités de surprises et de douleurs, car une immense hache à deux mains se formait peu à peu devant elle. Ce n'est qu'après quelques secondes que le Felguard et son arme ne furent totalement matérialisés sur ce plan d'existence. Il s'agissait d'un des derniers démons de la Légion que Synwyn avait invoquée et réduite en esclavage, un humanoïde de grande taille à la musculature saillante - il dominait largement sa maîtresse de plusieurs dizaines de centimètres. Sa peau était entièrement rouge sang, et son visage était caché, à l'exception de ses yeux cruels et observateurs, par un casque de gladiateur pointu. Sans cette protection et les trois cornes géantes qui lui sortaient du dos, il aurait très bien pu passer pour un humain ou un orc à la couleur étrange et à la musculature hyper-développée.

Le Felguard, jetant un regard méprisant à l'humaine qui l'avait invoquée puis tournant son attention vers le nérubien, joua quelques instants dans le vide de son immense immense hache à deux mains, qui semblait littéralement en train de boire le sang jaunâtre du démon des cryptes, le liquide purulent disparaissant peu à peu de sa surface. Puis il lâcha un cri de défi retentissant à sa proie, le dos courbé et la tête levée, avant de la charger furieusement. Cette dernière tenta de le frapper en un cri furieux, mais sa mort fut rapide, sa tête poilue se faisant sectionner dès le premier revers de hache. Son corps ne tarda pas à la rejoindre à terre, s'affaissant maintenant que ses pattes n'avaient plus la force de le soutenir.

En se frottant les mains, Synwyn se dit qu'une bonne chose était faite. Elle releva alors la tête, car elle venait d'entendre retentir un cri aquilin. Elle put voir dans les cieux de l'île une poignée de chevaucheurs de dragons-faucons dépasser la Nécropole du Fléau, tandis qu'un épais brouillard artificiel commençait à s'y former autour. L'humaine se permit un sourire, malgré la bataille furieuse que menaient les Fils contre les morts-vivants : avec ce brouillard, la Nécropole serait incapable de continuer à faire feu. La cavalerie était en retard pour la wyrm, mais venait largement de compenser cela en amputant les troupes terrestres de leur soutien aérien.

_______________


Syldur para le coup de griffe de la goule, se préparant à contre-attaquer et à la percer de sa lame. Mais avant qu'il ne puisse frapper, le mort-vivant fut alors proprement coupé en deux par une hallebarde luisant d'une couleur rouge sang. Le mage en reconnut le propriétaire - le comte Clemanas Summerdrake, un vétéran de l'époque où les Fils étaient encore hauts-elfes et servaient l'Alliance. Le chevalier de sang salua rapidement son vieil ami, avant de replonger en plein coeur de la mêlée.

Maintenant qu'il n'était plus directement attaqué, Syldur en profita pour jeter un coup d'oeil aux alentours - grâce aux efforts de ses soldats, la bataille tournait en leur avantage. Les troupes du Fléau, privées du soutien de leur Nécropole et sans arcaniste de valeur pour les soutenir, se faisaient tailler en pièces. Mais où était leur commandant ? Ce n'était pas dans les habitudes du Roi Liche d'envoyer ses troupes au combat sans les faire diriger par un puissant champion. En écoutant les tours de Fureur Céleste continuer à frapper le bâtiment volant du Fléau de leurs décharges alors que celui-ci ne pouvait même pas se défendre, l'elfe de sang détermina que la fin de la bataille était proche, à moins que les morts-vivants n'aient encore un atout à jouer.

Soudain, un sifflement aigu résonna aux oreilles du mage, et il fut projeté au sol alors qu'une météorite au halo verdâtre venait de s'écraser à ses cotés. Un Infernal ! Syldur tenta de se relever, alors que les roches tombées du ciel commençaient à flotter pour se matérialiser en un golem de combat, brûlant d'un feu démoniaque. Le démon hurla sa rage, tandis que son invocateur apparaissait à ses cotés. C'était un seigneur de l'effroi, le mage de sang le reconnut sans difficulté. Celui-ci avait les bras croisés, et observait le sin'dorei d'un air satisfait.

 Alors, petit mortel ? Que dis-tu de ma puissance ? Prépare toi à être châtié pour ton insolence !

Le Nathzerim éclata de rire, un rire profond et teinté d'une lueur de folie. Lorsqu'il s'arrêta, ce fut pour pointer du doigt l'elfe de sang, qui avait fini par se relever. Il était sur le point d'ordonner la mise à mort du mage, quand son Infernal se retourna contre lui pour lui envoyer un coup de poing sur le crâne avec une force phénoménale, coup qui le fit voler sur plusieurs mètres. Le seigneur démon grogna en tombant à terre, ne comprenant pas ce qui venait de se passer. Pourquoi venait-il de se faire frapper par sa propre invocation ?

Syldur avait assisté à la scène, pourtant prêt à mourir. Il était estomaqué, mais la lumière se fit dans son esprit lorsqu'il se retourna pour voir Synwyn à ses cotés, une goutte de sueur lui dévalant le front. La jeune femme avait les bras pointés vers l'Infernal, et tremblait de tout ses membres, alors qu'elle était entourée d'un halo d'énergie du Néant.

 Décidément, qu'est-ce que tu ferais sans moi ... lâcha-t-elle d'un ton mal assuré. Grouille-toi, achève-le !

Le mage lui fit un grand sourire, alors qu'il comprenait la situation. Mais ce n'était pas l'heure aux discussions - visiblement, la démoniste était épuisée, et le contrôle qu'elle exerçait sur l'Infernal serait bientôt fini. Il vit alors le gigantesque golem démoniaque se mettre à courir vers le seigneur de l'effroi, pour le ruer de coups à terre, en hurlant à chaque frappe. Syldur le suivit de toutes ses forces, son épée à la main - il avait lui aussi épuisé presque toutes ses ressources mentales lors de l'invocation du phénix, et il ne pouvait plus compter que sur sa fidèle lame.

Il arriva derrière l'Infernal juste au moment où celui-ci fut pulvérisé par un sort destructeur que lui avait lancé le seigneur de l'effroi. Le démon était toujours affalé par terre, portant les marques des terribles coups qui lui avaient été assénés. Son visage saignait, et il aperçut Syldur avec une lueur de meurtre dans le regard. Le mage le vit commencer à bouger les lèvres, pour lancer un dernier sort dont il serait la cible. Syldur le savait - si le démon finissait son incantation, il était mort. L'elfe de sang ferma alors les yeux, et en faisant appel à son héritage sin'dorei, aspira toute la mana qui imprégnait l'air de la zone. Cette vague soudaine d'énergie arcanique lui redonna des forces, tout en privant temporairement le démon de la puissance nécessaire à ses sorts - en hurlant, Syldur se jeta alors sur le seigneur de l'effroi, l'épée en avant.

Le hurlement de douleur du Nathzerim résonna dans tout Quel'drassil, annonçant la fin de la bataille. Le démon tenta une dernière fois de dégager la lame du mage, profondément enfoncée dans son coeur, avant d'exploser en une nuée de chauve-souris. Seul restait son plastron, fendu sur la poitrine, témoignant que Naztaroth avait vécu. Mais un étrange bruit cristallin résonna dans le silence qui avait suivi la mort du seigneur de l'effroi, suivit d'un petit ricanement fatigué :

 Décidément, ces pierres d'âmes sont vraiment fabuleuses. Celui-ci ne nous gênera plus, fit Synwyn en lançant à Syldur un petit cristal parfaitement cristallin, où pulsait une forte lueur blanche.

Syldur tomba à genou, de fatigue, en réceptionnant la pierre. Il regarda ses troupes tailler en pièce les derniers morts-vivants, tandis que la nécropole, ayant tentée de se replier, entamait sa longue chute dans l'océan, brisée par la puissance des tours défensives de l'île. C'était fini, tout était fini. Et quant à l'âme de ce seigneur de l'effroi .. Syldur se permit un sourire carnassier en observant tour à tour le cristal de stase de l'île et la pierre d'âme. Le démon ferait un parfait générateur d'énergie pour tout Quel'drassil, une fois que son âme aurait changée de réceptacle. Syldur éclata de rire.

Les Fils de Quel'Thalas venaient de remporter leur première victoire contre le Fléau, et il était heureux.
Synwyn se tenait debout, raide comme les soldats qui l'entouraient. Tous étaient tournés vers le cristal de stase qui se trouvait au centre de l'enceinte de la forteresse de Quel'drassil, servant de générateur arcanique pour une grande partie des installations qui s'y trouvaient. Le ciel était clair, sec, et il faisait chaud - rien à voir avec la pluie fine qui était tombée quelques jours plus tôt.

Le Fléau avait été balayé. Les os de la Wyrm, après avoir été bénis pour empêcher une éventuelle résurrection, avaient été broyés et donnés aux arcanistes de l'île en tant que composant. Les prêtres s'étaient également occupés des cadavres de squelettes, goules et zombies, avant de les brûler. Le toit de la caserne était en voie de réparation, et les pertes avaient été légères. Le moral des troupes s'en retrouvait monté à bloc.

Debout sur l'estrade qui faisait face au cristal, Syldur était réuni avec les autres mages de l'île. Tous étaient occupés à préparer un sort visiblement important, en traçant des runes au sol et en psalmodiant des incantations. Le mage tenait à la main un cristal violet parfaitement circulaire, où brillait une lueur verdâtre malsaine. Sywnyn eut un rictus, en pensant au seigneur de l'effroi qui s'y trouvait enfermé - c'était la plus belle prise qu'elle avait jamais faite, la preuve de sa puissance et de son pouvoir sur les démons.

En se tournant vers l'assemblée, Syldur avait une expression faciale grave et importante. Il portait une tenue d'apparat, et avait vraiment l'allure d'un chef. Les soldats de l'île murmuraient avec respect le fait qu'il ait terrassé un seigneur démon, et le mage de sang acquiesça mentalement en voyant ses officiers réunis en face de leurs troupes, au garde-à-vous. Il était temps de commencer le rituel. Le mage remonta les manches de sa tunique sur ses bras, et déposa la pierre d'âme aux cotés du cristal de stase. Puis, d'une voix forte, il commença à parler :

- Seigneur de l'effroi ! Indirectement, votre engeance démoniaque est source de tout les maux ayant frappés notre nation ! L'exil de nos ancêtres fut causé par la Légion, et aujourd'hui la destruction de Quel'Thalas est l'oeuvre du Fléau, un instrument que vous avez créés en tentant de balayer Azeroth ! Et maintenant, vous voilà notre prisonnier, prêt à subir notre vengeance. Il n'est que justice que vous nous serviez d'énergie, vous et les vôtres, tandis que nous nous efforçons de reconstruire ce que vous avez détruits !

Le mage se retourna vers le cristal, en distribuant ses consignes à ses frères pour accomplir le rituel de transfert d'âme et de puissance. Le discours avait été simple, direct, aussi bien destinés au Nathzerim qu'aux troupes de l'île. Synwyn sentit les soldats s'empêcher d'applaudir, pour ne pas briser la concentration des arcanistes. L'humaine en frissonna - non, décidément, l'idée d'utiliser un démon comme source de mana ne lui plaisait guère. Elle tirait ses énergies du Néant, une dimension certes corrompue et corruptrice, mais n'ayant pas d'esprit maléfique en elle-même. Le fait d'emprisonner vivant ce Nathzerim ici avait été un sujet de grave dispute entre Syldur et elle : qui sait ce que le démon serait capable de faire, même enfermé ? Quant à se nourrir de son énergie, était-ce la bonne chose à faire ? Mais rien à faire, le mage et ses frères et soeurs sin'dorei avaient décidés de cette sentence, et ne reculeraient pas. A vrai dire, ce qui la troublait le plus était qu'elle n'était même pas nécessaire pour le rituel de transfert d'âme - Syldur devait avoir parmi ses arcanistes quelques mages d'ombre, voir des démonistes. Des manipulateurs d'énergie maléfique.

Le malaise qu'elle ressentait depuis son arrivé ne c'était toujours pas tari, malgré le début d'amitié qui avait commencé à naitre entre elle, Severnaya et Jennalla, qui était toujours à l'hôpital.

_______________


En sueur, Synwyn sursauta. Elle était assise sur son lit, dans le noir. Elle n'entendait que sa respiration haletante, son coeur qui battait sourdement à ses oreilles. Elle serrait les draps, pour essayer d'oublier la vision qu'elle venait d'avoir.

La Porte. Elle l'avait vue en rêve, ses énergies maléfiques se relâchant et engloutissant peu à peu le sud du continent, jusqu'à le recouvrir entier, telle une marée démoniaque. C'était impossible ! Le portail qui reliait Azeroth et Draenor était sensée être coupée, et surveillé par les hommes de Nethergarde. Pourquoi, et surtout comment, la Légion envahirait-elle les royaumes de l'Est, si peu de temps après leur défaite à Hyjal ? Les démons avaient mis des milliers d'années à revenir après la Guerre des Anciens. C'était impossible !

A la hâte, Synwyn se releva et s'habilla, en réunissant ses possessions et surtout ses armes.

_______________


La démoniste était désormais dans la chambre de Syldur. Elle entendait la respiration du mage, calme et endormie. Il devait être fatigué après avoir opéré au rituel de transfert du cristal de stase dans la matinée, Synwyn le savait. Pour sa part, elle était entièrement habillée, son sac fait.

Elle hésitait à réveiller le mage. Pour lui dire quoi ? Qu'elle partait, alors qu'il avait été le seul but de sa vie ces derniers mois ? Parce qu'elle avait simplement eu une vision de la Légion rouvrant la Porte ? C'était ridicule, et elle le savait. Elle craignait particulièrement la réaction qu'aurait le mage. Depuis son arrivée à Quel'drassil, les choses ne s'étaient pas vraiment arrangées entre eux deux - ils n'avaient pas eu un temps de se parler seul à seul, et les rares dialogues qu'ils eurent n'avaient été que discussions techniques et dispute sur la punition du Nathzerim. Et si Syldur la laissait repartir sans la retenir ? Ça la blesserait probablement plus qu'il ne l'avait jamais fait.

Synwyn secoua la tête, et s'assit doucement aux cotés du mage, en prenant garde à ne pas le réveiller. Elle savait qu'elle était atroce de penser ça. Elle savait que Syldur ne réagirait pas ainsi, car ils étaient amis et camarades, se connaissant depuis plusieurs années. Mais sa paranoïa faisait qu'elle avait néanmoins peur de le réveiller. En lui caressant les cheveux de la main, Synwyn se pencha pour lui déposer un petit baiser sur le front. Elle sentait qu'elle faisait la plus grosse erreur de sa vie : serait-il la pour elle à son retour ? Reviendrait-elle jamais ? Ces questions étaient tout, pour elle. Mais elles en étaient néanmoins futiles : Stormwind et l'Alliance allaient avoir besoin d'elle et de toutes les forces disponibles pour tenir contre la Légion. Dans sa position de fragilité actuelle face au Fléau, Quel'Thalas ne résisterait pas à la menace de la Légion. Il fallait l'arrêter avant.

- Shorel'aran, Syldur, murmura-t-elle, tandis qu'elle sentait des larmes lui couler sur les joues.

Shorel'aran. Cette simple expression thalassienne, qui était communément traduite par « Adieu » en langue commune. En se relevant, Synwyn sécha ses larmes et sortit sans bruit de la chambre.



[Ouf, enfin fini ! Désolé, vraiment, pour avoir mis tout ce temps à finir quelque chose qui est sensé se dérouler avant les premiers évènements de Burning Crusade. Ça aura été un travail de longue haleine, entre mes cours, ma flemme légendaire et mon addiction à WoW en lui-même :p Merci à vous tous, les Fils de Quel'Thalas ne seraient rien sans vous]
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