Fanfiction World of Warcraft

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Les Horadrims

Par Groumpf

Notes de l'auteur

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapite 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

En grand passionné de Warcraft, j'ai joué à WoW à l'époque où mes études me laissaient suffisamment de temps pour le faire =)

J'ai rejoint la guilde de mon ami Nicolas (vous avez déjà du en entendre parler, c'est celui qui fait des jeux pour calculatrice Casio), guilde qui ne réunissait que des personnes qu'au moins un membre connaissait IRL.

L'ambiance y était donc très bonne, et on me proposa un jour, sachant que j'aimais ça, la tâche de rédiger l'histoire de la guilde et de ses personnages. C'est cette histoire que je souhaite envoyer aujourd'hui, afin de connaître l'avis d'autres joueurs sur mon texte.

Celui-ci est organisé en deux temps : le présent (présent de narration : ne correspond pas à la période de l'histoire durant laquelle se déroule le jeu) et le passé. Celui-ci est relatif à chaque personnage (contrairement au présent qui est commun à tous). Les deux temps seront représentés par des textes écrits normalement ou en italique.

Bien que l'histoire soit basée sur le lore de Warcraft, certains noms ont été empruntés à d'autres jeux de Blizzard (notamment le nom de la guilde : Les Horadrims). De plus, les noms des personnages de cette histoire on été tirés de différentes sources, certains d'entre eux étaient nos anciens pseudonymes sur WoW mais cela fait maintenant pas mal de temps que nous avons arrêté.
Nicolas inspira profondément... mais aucune fragrance ne parvint à ses narines desséchées. Il se tenait seul, surplombant de son monticule rocheux le petit vallon qui s'étendait à ses pieds. Sa main décharnée serrait la redoutable lame maléfique dont il se servait pour mener à terme ses noirs rituels.

Il inspira de nouveau... et une faible odeur lui parvint... il sourit. Même la mort ne pouvait occulter la puanteur de la Légion. Même la mort ne pouvait dissimuler l'odeur de corruption que dégageaient les infâmes suppôts de Sargeras, car cette corruption se ressentait jusque dans les énergies arcaniques qui transitaient dans la région, énergies que tout jeteur de sorts était apte à déceler.

Il s'accroupit et commença à tracer de longs sillons dans le sol avec sa dague, tout en proférant à voix basse des incantations dans un langage sombre et ancien que lui seul pouvait comprendre. Alors qu'il achevait un mot, sa dague se nimba d'un halo noir qui se transmit au pentacle qu'il venait de tracer. Le mort-vivant se releva et contempla son oeuvre : le pentacle semblait parfait. Il pouvait entamer sans risque son invocation. Il ouvrit une bourse qui pendait à sa ceinture moisie, et en sortit cinq bougies qu'il disposa à des endroits bien précis sur la rune qu'il avait tracée. Il les alluma ensuite d'une rapide incantation et d'un geste désinvolte de la main, se releva, et vint se placer au centre du motif. Il sortit alors un coeur, encore frais grâce à quelque noir maléfice, et le plaça dans sa main gauche. De l'autre, il rangea sa dague et saisit un petit cristal de couleur pourpre. Tout était prêt ! Il commença à énoncer la formule, tandis que les ongles de sa main s'enfonçaient avec avidité dans le coeur palpitant. Du sang coula, passant entre ses phalanges blanchies et tombant petit à petit sur le cristal, puis sur le sol. Une goutte tomba dans l'un des sillons... aussitôt les contours du pentacle se mirent à luire, adoptant une teinte violette, proche de celle du cristal. Nicolas sentit l'air devenir lourd et vit une distorsion dans l'air devant lui. Cette distorsion s'affina pour finalement dessiner les traits d'un démon ailé au corps de femme... une Succube. Celle-ci, une fois matérialisée, tenta en vain de s'affranchir de la volonté de Nicolas, mais ne parvint pas à passer ses barrières mentales. Celui-ci était passé maître en l'art de soumettre les démons à sa volonté, et la rune qu'il avait tracée pour se protéger ne présentait pas la moindre imperfection. Il concentra toute sa force mentale contre la Succube, brisant les frêles protections que celle-ci avait eu le temps d'ériger, et prit possession de son esprit. Elle était vaincue... Satisfait, il sortit du cercle et rangea dans sa bourse le cristal qui était devenu terne : il aurait de nouveau l'occasion d'y enfermer une âme.

Nicolas se tourna alors vers la Succube qu'il avait invoquée : elle était prête... la traque pouvait commencer...
Cinq ans plus tôt

La boule de feu frappa le zombi en pleine poitrine et le projeta à une dizaine de mètres. La créature tenta en vain de se relever, poussant un long cri inhumain tandis que les flammes consumaient ses chairs. La créature fit un pas en avant de s'effondrer. Nicolarius n'était cependant pas satisfait car chacune de ces horreurs était aussitôt remplacée par deux autres. De plus, l'utilisation du feu l'angoissait car cette utilisation allait à l'encontre des principes que ses maîtres du Kirin Tor lui avaient enseignés : ceux-ci préféraient l'eau et le froid car le feu était d'origine démoniaque. Nicolarius se rassura rapidement en songeant que ni l'eau ni le froid n'avaient pu les sauver de la fureur du Fléau. Et il fallait reconnaître que seul le feu permettait de consumer les corps de ses adversaires, ce qui les empêchait de renaître !

Il fut tiré de ses pensées par le hurlement strident d'une banshee qui fondait sur lui. Nicolarius interposa son bâton et bloqua les griffes avides du revenant à quelques centimètres de sa gorge. D'une brève incantation, il envoya une décharge d'énergie arcanique à la créature. Celle-ci fut frappée de plein fouet et voulut prendre la fuite. Le mage ne lui en laissa pas l'occasion : des liens magiques du blanc le plus pur jaillirent du sol et s'enroulèrent autour du fantôme qui poussa un long râle d'agonie tandis que les chaînes sacrées brûlaient son âme souillée. Le monstre fit de nouveau face au sorcier, mais celui-ci savait déjà ce que la banshee préparait et avait prit ses précautions avant la bataille. Comme prévu, devant l'imminence de sa destruction, elle tenta de prendre possession du corps de Nicolarius. S'engagea alors une lutte mentale entre le spectre et le mage, que celui-ci aurait perdue s'il n'y avait pas été préparé... ce qui n'était pas son cas. Peu désireux de gaspiller son énergie, il se contenta de bloquer les tentatives désespérées du revenant pour pénétrer son esprit, sans chercher à contre-attaquer, renforçant les points faibles de ses protections mentales et attendant patiemment que les chaînes sacrées aient fini de libérer l'âme damnée. Il n'eut pas longtemps à attendre et il sentit les assauts mentaux du spectre perdre en violence et en fréquence. Un de moins...

Nicolarius profita de ce répit pour regarder autour de lui : les défenseurs de Dalaran contenaient tant bien que mal les vagues de mort-vivants qui escaladaient les barricades érigées à la va-vite. Le mage contemplait ce spectacle avec incompréhension. La veille encore, les humains mettaient une importante pression contre le camp du Fléau qui se situait au sud de la Citadelle violette. D'incessants assauts étaient portés contre ce danger potentiel : des nuées de fiers chevaucheurs de griffons, des escadres de chevaliers en armure luisante, les meilleurs mages parmi ceux qui avaient survécu à la percée menée par Arthas et ses sbires pour récupérer le livre de Médivh... les meilleurs éléments présents à Dalaran avaient mené l'attaque. Le Fléau avait même été en grande difficulté, submergé sous le nombre d'assaillants. Et, nul ne sait pourquoi, la situation s'était soudain renversée alors qu'ils s'apprêtaient à porter le coup de grâce à leurs ennemis. La dernière troupe se soldats qui avait quitté la ville était très importante... trop pour que les troupes affaiblies et exsangues du Fléau aient pu la défaire ! Alors que s'était-il passé ? Tout ce que Nicolarius savait, c'est que si Arthas avait défendu sa position avec tant d'ardeur c'est parce qu'il préparait quelque chose... probablement un rituel ! Le seul survivant de la dernière vague d'humains était revenu vers ses frères avec des histoires et des blessures troublantes : il prétendait que le Chevalier de la Mort et ses troupes défendaient un imposant mort-vivant et que ce mort-vivant avait crée un portail d'où se déversaient des monstres ignobles parmi lesquelles de massives créatures qui semblaient exceller dans la traque et la mise à mort des jeteurs de sorts.

Puis, toujours d'après le rescapé, serait apparue une entité titanesque : un démon à la peau d'un noir bleuté avec une queue, un crâne massif flanqué de grandes oreilles pointues et des yeux d'un vert profond. Il était revêtu d'une armure noire ornée qui couvrait ses épaules, ses tibias, ses avant-bras et sa taille. Ce démon aurait balayé les Humains avec une désespérante facilité et aurait permis aux troupes d'Arthas de repousser l'assaut. Et aujourd'hui, ces mêmes troupes étaient aux portes de Dalaran ! Ou du moins ce qu'il en restait... car dans les heures qui avaient suivi la débâcle, la Citadelle violette avait été presque entièrement rasée par un sortilège d'origine inconnue mais d'une puissance inimaginable. Ils devaient néanmoins défendre les ruines de la cité, ne serait-ce que pour permettre l'évacuation des survivants et la dissimulation des nombreux artefacts de la cité, artefacts qui ne pouvaient tomber aux mains de l'ennemi !

« Nicolarius ! » Le mage fut ramené au présent en entendant son nom. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu'une nouvelle vague de mort-vivants était en train de se ruer vers les palissades et commençait à submerger les défenseurs. Comme à l'accoutumée, l'assaut était précédé par un groupe de goules qui abattait les barricades et épuisaient les munitions des Humains. Mais ce groupe là était particulièrement important en nombre... Arthas était peut-être impatient d'en finir ! Le mage humain se précipita vers la ligne de front et s'arrêta à quelques mètres de ses adversaires. Levant sa main en direction d'un spécimen singulièrement imposant, il entama une incantation : trois sphères d'énergie jaillirent de sa paume ouverte et vinrent frapper la goule qui poussa un grognement rauque avant de se jeter avec fureur sur l'ensorceleur. Celui-ci esquiva d'un mouvement ample et se servit de son bâton pour frapper les jambes du monstre. Ce dernier s'écroula dans la poussière et tenta de se relever. Il n'en eut pas le temps : trois longues pointes d'argent vinrent perforer son thorax, déchirant ses chairs putréfiées et mettant un terme à sa non-vie. Nicolarius remercia intérieurement le forgeron qui avait fixé les trois lames argentées à l'extrémité de son bâton, ainsi qu'un de ses maîtres du Kirin Tor qui lui en avait donné l'idée en lui disant que l'argent possédait des propriétés spéciales très efficaces contre les démons et les revenants.

Il n'eut cependant que peu de temps pour respirer, car un nouveau groupe de non-morts affluait vers eux... ils n'en avaient même pas encore fini avec les goules...

Ce nouvel assaut était composé de créatures que Nicolarius redoutait pour avoir vu les dégâts qu'elles occasionnaient sur un champ de bataille : d'énormes masses de chairs décomposées, des bras puissants maniant de redoutables couperets, un ventre béant pour la plupart des spécimens qui laissait pendre les entrailles dans le vide. Décidément, ces créatures méritaient bien le nom sous lequel les Humains les désignaient : Abominations. La première de ces horreurs se tailla un chemin sanglant dans les défenseurs déjà submergés par les goules. Ses tranchoirs frappaient indifféremment ses ennemis et ses alliés, car la fureur du combat l'aveuglait et la rendait incontrôlable. Une volée de flèches vint s'abattre sur la créature mais celle-ci ne sembla pas en souffrir. Il ne fallut pas moins d'une douzaine de chevaliers pour la mettre en pièces, mais cette victoire isolée coûta la vie à deux d'entre eux et le bras gauche d'un troisième. Nicolarius cautérisa la plaie du guerrier malgré les réticences de celui-ci qui semblait préférer se vider de son sang plutôt que de confier sa manche vide à un sorcier. Et il ne l'aurait probablement pas laissé faire s'il n'y avait eu cette hémorragie et si sa vie n'avait pas été menacée. Ceci fait, l'ensorceleur contempla les terribles dégâts qu'étaient en train de causer les combattants du Fléau : les palissades étaient tombées en plusieurs endroits et de nombreux défenseurs gisaient morts ou mourants. Et la vision de dizaines de goules et d'abominations à proximité n'était pas pour minimiser le caractère désespéré de leur situation. Nicolarius vit un groupe de trois chevaucheurs de griffons mettre à bas un monstre de plus. De l'autre côté, un autre mage (qu'il connaissait sous le nom de Boradon) repoussait tant bien que mal une demi-douzaine de goules à grand renfort d'explosions arcaniques en chaîne. Cinq des horreurs qui l'attaquaient périrent de ses sorts mais la dernière parvint à faire un bond vers lui, toutes griffes dehors, surexcitée à l'idée de planter ses crocs jaunis dans la chair tendre du sorcier. Alors qu'elle était à quelques centimètres de sa cible, elle fut percutée de plein fouet par une décharge mystique et fut projetée contre le sol. Elle se releva avec souplesse et tourna son regard dément vers celui qui l'avait touchée : un Humain de grande taille aux cheveux noirs, drapé dans une ample robe vert foncé et maniant un long bâton, serti d'une émeraude à une extrémité et de trois longues pointes à l'autre. Avec un râle atroce, elle se précipita vers lui, ivre de rage et de douleur. Nicolarius vit cette goule qui courait vers lui. Il leva le bras, prononça un mot de pouvoir et fit mine de griffer l'air : la créature poussa un hurlement, trébucha dans sa course et s'effondra, les jambes et les bras séparés du reste du corps comme si de longues serres avaient lacéré sa peau et tranché ses membres. Boradon adressa un signe de gratitude à son compagnon avant de se diriger vers la palissade. Nicolarius fit de même, plantant au passage les lames argentées de son bâton dans le corps à terre d'une abomination qui remuait encore.

Il se dirigea vers une autre de ces imposantes créatures, saisit le dernier des dix bâtons d'explosif qu'un ingénieur lui avait confiés la veille, l'alluma et le jeta dans le ventre ouvert du monstre. La déflagration qui s'ensuivit retentit aux oreilles de tous les belligérants, tandis que les entrailles pourries de la bête retombaient dans toutes les directions. Nicolarius réprima un haut-le-corps avant de regarder dans la direction d'où venaient leurs ennemis. Il eut peine à étouffer un juron : à l'horizon se profilait une gigantesque armée dont la silhouette se détachait dans le lointain. Au-dessus, le ciel commençait à se noircir de créatures qu'il identifia comme des gargouilles... mais il n'y avait pas que ça ! Nicolarius plissa les yeux pour essayer de discerner les autres ombres qui évoluaient dans le ciel. Il frissonna : elles lui rappelaient étrangement les dessins de démons qu'il avait observé dans les ouvrages traitant de l'antique invasion d'une armée nommée Légion Ardente. Ces livres qu'il avait lus à Silvermoon n'avaient jamais vraiment retenu son attention puisqu'il considérait leur contenu comme des fables, écrites pour dissuader le commun des mortels de se frotter à l'usage de la magie. Mais l'évocation de ces livres fit naître en lui un autre souvenir : la créature que lui avait décrite le soldat lui rappelait une autre gravure des livres elfiques. Il se souvenait même du texte qui l'accompagnait car il avait particulièrement attiré son attention :

Il ne connaissait ni le remord ni la pitié et son ombre planait telle un spectre dans chaque plaine, chaque vallée, chaque forêt où nous devions livrer bataille contre son impitoyable et implacable armée. Il était d'une puissance sans limites, que seul celui qu'il appelait son maître était capable de surpasser. Elfes de la Nuit, Taurens, Dragons ni même demis-dieux ne pouvaient rivaliser avec lui : il ne craignait aucune créature vivante car aucune créature vivante ne représentait un semblant de menace pour lui. Son esprit était fourbe et rusé et il sut retourner plus d'une fois la situation à son avantage, déroutant de ses minutieuses stratégies nos meilleurs tacticiens, et mettant en difficulté nos armées y compris quand le nombre, le terrain ou l'effet de surprise aurait dû nous donner la victoire...

Nicolarius avait oublié la suite depuis longtemps mais il avait gardé intact le souvenir du dessin croqué à la va-vite sur un morceau de vieux parchemin, ainsi que le nom qui l'accompagnait : Archimonde. Il ne savait pas s'il s'agissait d'un mythe ou d'une réalité mais une chose était sûre : quelle que soit la puissance de ce démon, ils devraient le vaincre s'il menaçait l'Alliance ! Le vaincre ou périr...

L'ennemi approchait et les Humains allaient devoir être capables de lui opposer une résistance ! Il le fallait ! Projetant une boule de feu dans la dernière créature encore debout, il se mit à crier des directives aux autres : ils n'avaient pas le temps de récupérer leurs forces, et ce malgré l'épuisement qu'avait provoqué le combat contre les goules et les abominations ! Ils devaient consolider leurs défenses et se préparer à recevoir la charge ennemie avec courage... Tous savaient en voyant approcher l'ennemi qu'aucun d'entre eux n'en réchapperait... au moins, pensa le mage, ne nous rendrons-nous pas sans combattre !
Nicolas évoluait dans les sous-bois, à la recherche du moindre indice pouvant le mettre sur la piste d'un ennemi. Certes l'odeur de la corruption se faisait plus forte, plus présente, plus oppressante à chaque pas, mais il n'avait toujours pas rencontré le moindre démon. Ce constat le rendait irritable car chasser la Légion et le Fléau était devenu sa seule occupation dans la non-vie. Il y'avait bien plusieurs semaines qu'il n'avait pas renvoyé un suppôt de Sargeras dans le Néant distordu et cela le perturbait : aujourd'hui, les seules choses qui parvenaient à soulager la souffrance de la damnation étaient la satisfaction de purifier Azeroth de cette souillure que sont les membres de la Légion Ardente, ou celle de libérer d'autres âmes damnées en détruisant les forces du Fléau. Il sentait en ces âmes une reconnaissance infinie lorsqu'il achevait définitivement une goule, un squelette, une banshee. Ce sentiment était sans doute dû au fait que lui-même avait déjà été manipulé par le Roi Liche ; lui-même avait déjà combattu pour Arthas, conscient mais non maître de sa volonté ni de ses actes ; lui-même avait vu ses amis périr de ses propres mains sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour s'en empêcher...

Nicolas chassa de son esprit ces souvenirs douloureux : il ne servait à rien de se remémorer les images du passé... cela ne pouvait lui faire que du mal. Il n'arrivait déjà pas à trouver le sommeil le soir, hanté par les ombres de ses anciens camarades, et lorsqu'il parvenait enfin à s'endormir, il retrouvait les fantômes de son passé dans ses cauchemars.

Il ne pourrait trouver le repos tant que ses amis ne seraient pas vengés. Il ne pourrait trouver la quiétude tant qu'Azeroth n'aurait pas été débarrassée de toutes les créatures qui en infectent la surface. Il ne pourrait pas être entièrement satisfait tant qu'Arthas, Kel'Thuzad, Ner'Zhul et tous les responsables du Fléau mort-vivant ne seraient pas définitivement mis hors d'état de nuire, et que les milliers d'âmes qu'ils maintiennent sous leur coupe n'auraient pas été libérées...

Nicolas frappa les flancs de sa terrifiante monture ébène et reprit son chemin à travers Felwood, suivi de près par sa Succube, à l'affût du moindre indice qui pourrait le mettre sur la piste d'un des nombreux êtres maléfiques qui sillonnaient toujours la région, et ainsi lui permettre de soulager encore un peu sa conscience.
Le nécromancien s'affaissa sur le sol, traversé de part en part par les longues pointes d'argent. Nicolarius sortit son arme du corps du sorcier et regarda une demi-douzaine de squelettes s'effondrer, privés de la volonté de leur invocateur.

« Pour l'Alliance ! Repoussons ces créatures impies jusque dans les terres maudites qui les ont vues naître et qu'elles n'auraient jamais dû quitter ! »

Le cri de Nicolarius fut étouffé par le chaos qui régnait, couvert par les hurlements sauvages de l'ennemi qui dissimulaient à peine les atroces cris d'agonie des mourants. Néanmoins, il savait qu'il avait été entendu et que même s'ils n'avaient aucune chance, cette clameur devrait faire comprendre à ses frères qu'ils n'étaient pas seuls et que la lutte devait continuer. Son cri reçut d'ailleurs en écho des dizaines de « Pour l'Alliance !», de « Pour le Roi !» ou encore de « Jusqu'à la mort !», cri de ralliement des chevaliers de la Main-d'argent. Nicolarius esquissa un geste rapide, projetant une décharge arcanique contre tous les ennemis aux environs. Plusieurs macchabées furent repoussés par la violence du sort, et la plupart d'entre eux virent leurs membres se disloquer à l'impact.

Le mage se tourna alors vers une créature particulièrement repoussante, qui n'appartenait visiblement pas au Fléau : un géant cornu à la peau écarlate, mesurant près de trois mètres de haut, protégé par une armure de bronze et maniant avec aisance un énorme bouclier ovale et une masse enflammée. Cet imposant guerrier n'était pas le seul de son espèce, et lui et ses pairs avaient causé de terribles dommages dans les rangs des défenseurs, tant par leur impressionnante force physique que par la surprise et la terreur qu'ils suscitaient. Ces démons semblaient se désigner par différents noms parmi lesquels Gardes de la Cruauté, Gardes noirs ou encore Gardes funestes. Celui que visait l'ensorceleur venait d'envoyer un terrible coup dans la poitrine d'un Humain, défonçant son armure et projetant son corps à plusieurs mètres. Nicolarius entama une incantation durant laquelle des dizaines de minuscules sphères bleutées commencèrent à apparaître et à graviter autour de lui. Il tendit le bras vers le démon et les billes s'immobilisèrent. Enfin, il prononça le dernier mot de la formule et les sphères fusèrent vers le monstre, passèrent outre son imposante cuirasse et s'enfoncèrent dans ses chairs, déchirant indistinctement l'épaisse peau cramoisie et les entrailles de la bête. Le Garde funeste s'écroula dans un râle atroce, son sang vert se répandant en cascade sur le marbre blanc des rues pavées de la cité.

Et c'est là qu'il le vit. Debout à quelques dizaines de mètres de ce qui avait été une palissade se tenait Kel'Thuzad. Nicolarius ne put réprimer un frisson quand il le vit : il avait tellement changé qu'il ne l'aurait probablement pas reconnu si un survivant du massacre de Silvermoon n'était venu à la Citadelle violette et ne leur avait pas rendu compte de la situation à Quel'Thalas. Kel'Thuzad... déjà lorsqu'il étudiait à Dalaran, ce jeune sorcier ne lui avait pas inspiré confiance : il y avait en lui une soif de pouvoir qui ne pouvait être que néfaste. Et maintenant qu'il le voyait, Nicolarius comprenait qu'il ne s'était pas trompé à son sujet. Bien qu'il soit devenu extrêmement puissant, ayant paraît-il absorbé l'énergie du Puits de Soleil, Nicolarius se devait de l'affronter. Il commença à s'avancer dans sa direction, sans se préoccuper de ce qui l'entourait. Mais alors qu'il se trouvait encore à une centaine de mètres de la Liche, il eut un mauvais pressentiment. Il disparut... pour réapparaître dix mètres plus loin, esquivant de justesse un coup de griffes qui l'aurait décapité. Se retournant pour voir son agresseur, il vit un grand démon, plus imposant encore que les Gardes de la Cruauté. Sa peau était blafarde et il avait dans son dos deux grandes ailes d'un violet sombre, assorties à l'armure qui recouvrait une grande partie de son corps. Chacune de ses mains se terminait par trois longues griffes noires d'environ une coudée chacune. Nicolarius avait déjà affronté des Nathrezims, mais celui-ci était bien plus massif que les autres qui ne dépassaient que très rarement les deux mètres cinquante. Probablement un des généraux d'Archimonde. Le Seigneur de l'effroi (nom donné par les Humains pour désigner les Nathrezims) s'adressa au sorcier de sa voix rocailleuse :

« Pauvre mortel ! Comment oses-tu interférer dans les plans du Seigneur Archimonde ? Tu n'es qu'un misérable insecte, trop faible pour pouvoir tenir tête à la Légion ardente ! Ton combat et ton peuple sont voués à l'échec : rends-toi et ta mort n'en sera que plus rapide et moins atroce. Car mes maîtres n'aiment pas qu'on leur résiste, et ils punissent sévèrement quiconque se met en travers de leur route. Sache que nous savons infliger des tourments dont tu ne pourrais même pas imaginer la sauvagerie. Aussi je te le demande une dernière fois, mortel : dépose les armes avant qu'Archimonde ne perde patience... »

Nicolarius observa le champ de bataille et quelque chose attira son regard. Il eut un sourire imperceptible et lâcha son bâton.
« Tu as fait le bon choix... »

Le Nathrezim, satisfait, s'avança vers Nicolarius pour s'emparer de son bâton et enfoncer ses longues griffes dans son corps. Il fut alors frappé de plein fouet par une énorme boule de feu, et recula en hurlant. Le mage profita de cet instant pour récupérer son bâton et parcourut en quelques secondes la distance qui le séparait du démon. Les trois longues pointes d'argent vinrent s'enfoncer dans sa poitrine, lui arrachant un cri de douleur. Nicolarius lâcha la longue hampe de son arme qui resta fichée dans le corps du Seigneur de l'Epouvante, et recula de quelques pas, adressant un signe de remerciement à Boradon qui avait projeté la boule de feu. Ivre de rage, le Nathrezim arracha le bâton et le jeta à plusieurs mètres. Le bref sourire de Nicolarius disparut aussitôt : la bête était toujours debout.

« Vous regretterez d'avoir défié Anetheron lamentables créatures inférieures ! »

A ces mots, il tendit la main vers Boradon qui ne put rien faire pour se protéger du terrible éclair rouge qui vint le frapper. Nicolarius eut juste le temps de voir l'expression de surprise sur le visage de son ami avant que celui-ci n'explose, éclaboussant de son sang tous les combattants à proximité.

« Le Doigt de la Destruction... une arme impitoyable qui procure une mort rapide mais une souffrance inimaginable, une attaque déchirant le corps et l'âme à la fois. Tel est le prix à payer pour qui se dresse contre la Légion. Mais j'ai d'autres projets pour toi... ta puissance et ton don pour la magie nous seraient trop utiles pour que je me permette de faire disparaître ton corps comme je l'ai fait pour ton ami...

-Honoré de votre choix mais je ne me souviens pas avoir un jour voulu combattre à vos côtés !

-Voulu ? Qui te parle de volonté ? Penses-tu vraiment que le choix te revienne ? »

A ces mots le démon se rua vers le mage. Celui-ci sortit une dague de sa ceinture et tenta de l'utiliser contre son ennemi. Mais le Nathrezim bloqua l'arme entre deux de ses griffes et brisa la lame d'un geste sec en éclatant de rire. Il replia l'une de ses ailes pour la déployer violemment, s'en servant pour frapper Nicolarius. Le sorcier fut projeté par la force de l'impact et s'écroula. Le démon profita de cet instant de faiblesse et enfonça ses griffes dans la poitrine de l'Humain alors qu'il se relevait. L'étonnement semblait se lire dans le visage de celui-ci tandis que sa vie s'écoulait des trois plaies béantes de sa poitrine. Il tomba à genoux, le regard perdu dans le vide. Avec un grognement mauvais, Anetheron planta une nouvelle fois ses griffes dans le corps sans résistance de son adversaire. Puis il le saisit et le porta à bout de bras au-dessus de sa tête, en poussant un terrible cri de victoire :

« Voilà ce qui arrive à quiconque se dresse contre la fureur destructrice de la Légion Ardente ! »

A ces mots, il projeta le corps sans vie du sorcier contre les dalles qui recouvraient le sol de la ville. Le cadavre tomba sur le sol dans un bruit sourd, tel une poupée désarticulée.

Anetheron sourit avant de murmurer en langage démoniaque : « Nhèkst ! »...
La sensation d'oppression était omniprésente... Nicolas intima mentalement à sa jument de cauchemar de stopper. Il approchait du but... il descendit de sa monture et la renvoya dans les limbes : il n'avait plus besoin d'elle pour le moment. S'approchant à pas feutrés de l'endroit qu'il soupçonnait comme être la source de la corruption qu'il ressentait, il vit un groupe de démons dans un petit vallon en contrebas. Il se pinça instinctivement la lèvre inférieure : ils étaient trop nombreux pour pouvoir tenter quoi que ce soit. Mais l'occasion était trop belle pour la laisser passer. Il devrait juste attendre que l'un des monstres s'éloigne du groupe. Conscient que cela pouvait être long, il s'installa dans un coin ombragé qui le dissimulait aux regards hostiles. Il sortit une cuisse de volaille de son sac et la dévora avec avidité, attendant le moment opportun pour aller combattre quelques-unes des créatures infernales.

Au bout de quelques heures, n'observant aucun changement, il lança des sorts de dissimulation autour de son emplacement avant de revenir s'installer et d'allumer un feu. Il planta un morceau de viande au bout de sa dague et le plaça au-dessus de la flambée. Tandis que son dîner cuisait, Nicolas, l'air absent, regardait les braises consumer les branches de bois mort...
Le feu dévorait les ruines de Dalaran, libérant d'épais panaches de fumée noire qui obscurcissait le ciel rouge. Mais ce ciel de fin du monde n'éloignait en rien les corbeaux et autres charognards venus disputer aux mouches la possibilité de se repaître des corps des victimes de la bataille. Leurs croassements étaient les seules sources sonores dans le silence pesant qui régnait. Les corps étaient grossièrement entassés ou plantés sur de longs pieux fichés dans le sol. Dans ce décor sinistre, les molosses de la Légion recherchaient frénétiquement d'éventuels survivants.

Une rune lumineuse apparut soudain sur le sol, suivie de deux autres. Trois démons se matérialisèrent alors. Les deux premiers étaient des Nathrezims. Le troisième mesurait près de six mètres de haut. C'était une imposante créature se déplaçant sur quatre pattes très épaisses, pourvue d'une queue écailleuse et de deux grandes ailes membraneuses. Il était recouvert d'une armure noire qui laissait apparaître le cuir gris-vert sombre de sa peau. Ses dents étaient aussi longues qu'une main humaine et deux énormes défenses saillaient des côtés de sa mâchoire supérieure. Ses doigts se refermaient sur la hampe d'une grande arme à deux mains : un long manche pourvu à ses deux extrémités d'une longue lame à double tranchant en forme de pointe de flèche. Les trois créatures échangèrent des regards sans s'adresser la parole : ils semblaient attendre quelque chose. C'est alors qu'un quatrième démon apparut, de la même manière que les trois autres. Le nouveau venu était colossal, et dépassait même l'imposant monstre arrivé avant lui de plusieurs dizaines de centimètres. Et c'est à celui-ci qu'il adressa la parole en premier :

« Alors Mannoroth ! Que reste-t-il de ce pitoyable foyer de résistance ?

-Rien Seigneur Archimonde ! L'action combinée de nos glorieuses troupes et du Fléau mort-vivant a parfaitement fonctionné ! Les Humains ont été balayés ! J'ai mené mes propres unités au combat sitôt que vous m'avez invoqué, et nous avons éliminé tous les rescapés du secteur Est de la ville ! »

Archimonde se tourna alors vers le premier Nathrezim :

« Les nouvelles de ta progression sont-elles aussi satisfaisantes Tichondrius ? Sache que ta participation dans ma venue sur ce monde ne t'autorise aucunement l'échec !

-Ne vous souciez pas d'échec quand vous pensez à moi ! J'ai mené mes cohortes à la Victoire : le secteur Nord n'est plus que ruines fumantes ! »

Le Seigneur démon eut un sourire satisfait. Il se tourna vers le dernier de ses généraux présents :

« Qu'en est-il de ta bataille Anetheron ?

-J'ai eu quelques difficultés à faire comprendre à Kel'Thuzad que c'était désormais à moi de prendre les troupes en main. Cette liche est un peu trop présomptueuse à mon goût. Et je n'aime pas non plus le Champion de Ner'Zhul, cet Arthas est... »

Archimonde le coupa d'un sifflement strident :

« Je me moque éperdument de ton opinion sur le Fléau ! Laisse donc Kil'Jaeden et moi nous occuper de cela pour le moment et ne te fais pas de souci : le jour où le Fléau tentera de s'affranchir de la volonté de la Légion n'est pas encore arrivé ! Donne-moi un compte-rendu de tes activités depuis que tu as pris pied sur ce monde, je ne t'en demande pas plus !

-Eh bien, je dois reconnaître que je suis tombé sur un noyau dur : un groupe de Chevaliers de la Main d'argent, une poignée de mages compétents, des fantassins et des archers. Une troupe tout à fait entraînée au combat ! Heureusement, le nombre de nos armées a vite mis en déroute l'ennemi et leurs défenses se sont effritées très rapidement ! A l'heure qu'il est, le secteur Ouest est définitivement rasé !

-Parfait ! Réunissez vos troupes et soyez prêts à partir d'ici une heure : il nous reste encore de nombreux hectares de terres à piller et à ravager. »

Archimonde congédia ainsi ses trois officiers.

Mais alors que Tichondrius et Mannoroth retournaient chercher leurs troupes, Anetheron resta sur place. Il attendit qu'Archimonde ait fini de donner ses directives à un Gardien ailé du Destin chargé de les transmettre pour lui adresser la parole :

« Seigneur Archimonde... je tenais à vous faire part loin des oreilles indiscrètes que j'ai trouvé un Or'Adrim potentiel ! »

Archimonde dévisagea Anetheron :

« Un Or'Adrim ? Es-tu sûr de ce que tu affirmes ? A-t-il vraiment le potentiel nécessaire à un tel honneur ?

-Je le pense Maître... il était particulièrement habile et je dois reconnaître qu'il m'a donné du fil à retordre ! »
Il porta instinctivement la main sur sa poitrine où étaient encore visibles trois cicatrices. De son côté, le Seigneur Eredar caressait machinalement son menton tandis qu'il réfléchissait.

« Si ce que tu dis est vrai nous allons devoir examiner son cas... mais j'espère que tu ne me fais pas perdre mon temps ! »
Archimonde leva le bras et une rune lumineuse se traça à ses pieds. Anetheron fit de même et les deux démons s'évanouirent dans un halo rouge.

Le silence de la mort retomba sur les ruines du secteur Sud de Dalaran, régulièrement coupé par le bruit d'un bâtiment s'effondrant sous l'effet des flammes dont il était la proie, ou par le croassement d'un corbeau venu chercher de la nourriture dans ce qui était devenu un immense charnier.
Huruk examina l'empreinte parfaitement visible dans la terre humide. Il fronça les sourcils : il avait déjà vu de telles traces et elles ne présageaient rien de bon. L'Orc saisit son arc, prit une flèche dans son carquois et l'empenna. S'il y avait des démons dans le coin, il devait rester vigilant ! Il en avait certes abattu par dizaines lors de la bataille du Mont Hyjal mais il ne devait prendre aucun risque : même pour un combattant aguerri comme lui, un démon restait une menace non négligeable. Il mit son doigt vert dans sa bouche et le ressortit pour évaluer la direction du vent. Il sourit : il était contre lui. Il s'avança à pas feutrés, suivant aisément la piste qui était loin d'être discrète. Il arriva finalement au pied d'une colline. Il commença à la gravir, plus vigilant que jamais. Arrivé en haut, il aperçut dans une grande dépression du relief un groupe de démons, parmi lesquels étaient visibles quelques mort-vivants. Huruk repéra un grand arbre à proximité du vallon. Il rampa vers cet arbre et entreprit de l'escalader. Il n'éprouva aucune difficulté à le faire, s'étant rendu maître dans tous les aspects de la survie en terre hostile, que ce soit dans la forêt, dans la neige, dans le désert ou sur les littoraux. Il n'éprouvait aucune difficulté à trouver du gibier, à poser des pièges allant du simple collet au piège à ours, à suivre une piste, à distinguer les plantes comestibles des venimeuses...

Une fois dans les hautes branches de l'arbre, il se camoufla dans le feuillage et se cala contre une branche. Depuis cette cachette, il avait une vue d'ensemble de la vallée où grouillaient les soldats de la Légion et du Fléau. Il sortit une flèche de son carquois et la fixa à la corde de son arc composite. Il aligna son oeil, l'empennage de la flèche et un squelette qui se détachait du reste du groupe. Il visa longuement le revenant, prenant en compte tous les facteurs qui pouvaient fléchir la trajectoire du trait. Au bout de quelques secondes, il lâcha la corde de son arc. La flèche fusa vers le squelette... et passa entre ses côtes pour aller se ficher dans le sol derrière lui. Huruk soupira : il avait oublié ce « détail ». Il vit le mort-vivant regarder dans toutes les directions à la recherche du tireur. L'Orc rangea son arc et prit calmement son tromblon. Il visa le crâne du squelette. Son doigt glissa lentement vers la détente de l'arme, la rencontra, et commença à la repousser vers le mécanisme qui déclencherait la mise à feu. Après une dernière seconde de concentration, il acheva son geste et le fusil rugit... Le crâne du squelette fut pulvérisé lorsque la balle l'atteignit, et le revenant s'effondra. Aussitôt, les démons commencèrent à jeter des coups d'oeil frénétiques autour d'eux, désireux de trouver le fauteur de troubles pour lui arracher les membres. Huruk se plaqua un peu plus contre le tronc et prit de nouveau son arc : il était plus discret et risquait moins de trahir sa présence. Il empenna une nouvelle flèche et visa avec soin un Garde Funeste...
Nicolarius se releva avec peine. Son aspect était terrifiant : son visage était recouvert de lambeaux de chair putréfiée qui refusaient de tomber, sa robe déchirée était maculée de sang et dans sa poitrine étaient visibles six plaies encore béantes, entourées de sang coagulé et sur lesquelles s'agglutinaient des nuées de mouches. Sa mâchoire était déboîtée et du pus s'écoulait de l'un de ses yeux. Archimonde grimaça en voyant l'abomination qui se dressait devant lui. Il regarda Anetheron qui continuait son rituel sans se soucier de l'horreur qu'il faisait naître : il l'avait déjà fait des dizaines de fois. Le Nathrezim cessa soudain le sortilège : il était achevé. Le cadavre se redressa et regarda autour de lui. Tout autour de lui n'était que désolation. Il commença à s'examiner lui-même et il poussa un long cri où se mêlaient rage, haine et douleur. Ce cri ne venait pas du corps en lui-même mais de l'âme du mage, enfermée dans son propre cadavre. Archimonde parut étonné :

« Comment peut-il crier ? N'est-il pas sous ta domination ?

-Non maître ! Il est désormais lié à la volonté de Ner'Zhul. Mais en tant qu'Or'Adrim il est beaucoup plus libre que les autres : ceux que nous avons réanimés jusqu'ici ne peuvent faire que ce que Ner'Zhul leur intime de faire ! Lui a toute liberté mais ne peut faire quelque chose si le Roi Liche n'est pas d'accord. Cependant Ner'Zhul peut en prendre le contrôle direct quand il le souhaite et, durant cette période, il est aussi soumis que n'importe quel autre mort-vivant ! »

Archimonde hocha la tête... mais un doute planait encore :

« Tu dis qu'il est lié à la volonté du Roi-Liche ! Nous obéit-il malgré cela ?

-Théoriquement oui car Ner'Zhul est sous la tutelle de Kil'Jaeden. Je pense que tant que nous pourrons contrôler les autres damnés, nous pourrons contrôler celui-là aussi ! »

Le Seigneur Eredar parut satisfait :

« Parfait... je te laisse expliquer à ton nouveau jouet ce que nous attendons de lui ! Je dois m'assurer que nos armées sont prêtes à partir ! »
Sur ces mots, le Démon s'évanouit dans un éclair de lumière pourpre.

Anetheron s'approcha du revenant qu'il venait de réanimer avec un rictus haineux. Sa voix rauque retentit dans le silence ambiant :
« Je t'avais prévenu que tu n'aurais pas le choix... j'espère que désormais tu en es convaincu. Cependant, ton habileté t'a valu l'honneur d'être le nouveau Or'Adrim de la Légion... »

Tandis que le Nathrezim parlait, l'âme de Nicolarius l'écoutait, enfermée dans un corps qu'elle ne contrôlait plus. Il ne supportait pas cette sensation d'être conscient mais incapable de pouvoir projeter le moindre sort sur le démon qui le narguait. Il s'en savait capable... il sentait les énergies arcaniques circuler dans son corps... mais son corps était indépendant : il ne pouvait incanter, il ne pouvait diriger ses mains vers le Seigneur de l'Epouvante... il était prisonnier du Roi Liche. Le démon le contournait et Nicolarius voulut le regarder. Il fut presque étonné de voir sa tête se tourner vers le monstre. Il se souvint des paroles d'Anetheron :

Lui a toute liberté mais ne peut faire quelque chose si le Roi Liche n'est pas d'accord.

Visiblement, Ner'Zhul ne voyait pas d'inconvénient à ce qu'il tournât la tête ! De son côté le démon continuait son discours :

« Or'Adrim... tu ne sais probablement pas ce que cela veut dire ! C'est du langage démoniaque : cela signifie Traqueur de l'Ombre... je pense que cela définit bien ton nouveau rôle : tu ne seras pas au front avec le gros des troupes. Tu agiras dans l'obscurité, tu frapperas l'ennemi à ses points faibles, tu assassineras les généraux adverses jusque chez eux s'il le faut. Mais tes crimes devront porter la signature de la Légion, et ta magie ne s'y prête pas ! Il va donc falloir l'altérer. »

Anetheron fit apparaître une pierre sphérique et lisse qui scintillait d'une lueur malsaine. Il reprit :

« Il s'agit d'une pierre d'âme. Il y a quelques jours, j'y ai enfermé l'âme d'un sorcier Eredar, et avec son âme j'ai sauvegardé ses pouvoirs ! C'est maintenant toi qui va en bénéficier, pour la gloire de Sargeras ! »

Le Nathrezim plaça la pierre contre le front du mort-vivant et prononça un mot. Le cadavre hurla de douleur quand la noirceur que contenait le joyau pénétra son esprit et commença à le corrompre. Il sentit son essence même pervertie par l'arrivée de l'âme de l'Eredar, comme un hôte indésirable, un poison qui l'envenimait. Quand le sort prit fin, Nicolarius comprit que désormais la marque de la Légion l'accompagnerait partout, telle une souillure invisible mais non moins présente, une cicatrice ineffaçable...

Mais en même temps que se pouvoirs, Nicolarius avait gagné le savoir du sorcier, il comprenait désormais le langage maléfique de ses nouveaux maîtres, il connaissait le moyen d'établir des passerelles entre les plans et bien d'autres sombres connaissances, qu'il n'aurait jamais voulu acquérir. Alors qu'il commençait à peine à réaliser l'ensemble des aptitudes qui s'offraient désormais à lui, il sentit soudain qu'il perdait le peu de maîtrise qu'il lui restait sur son corps. Une voix grave et glaciale résonna dans sa tête :

« Voici donc mon nouveau serviteur ! »

Nicolarius vit sa main se lever et ses lèvres prononcer un mot de pouvoir contre sa volonté. Une sphère d'ombre se matérialisa dans sa paume. Sans qu'il ne puisse rien faire pour s'en empêcher, il projeta le globe sombre vers un corbeau qui volait plus loin. Le sort frappa l'oiseau qui fut enveloppé de flammes noires. Il poussa un croassement de douleur tandis que le feu sombre consumait ses chairs.

« Bien... sache te montrer digne de tes nouveaux pouvoirs et ne cherche pas à t'affranchir de ma tutelle... je suis capable de faire subir à ton âme des tourments bien plus atroces qu'une simple damnation. »

Nicolarius récupéra le contrôle de son corps aussi vite qu'il l'avait perdu. Il était encore ébranlé de la visite de Ner'Zhul et du ton désinvolte avec lequel il avait prononcé ces deux derniers mots : simple damnation. Il entendit la voix d'Anetheron :

« Il t'a contrôlé... désormais cela t'arrivera régulièrement ! Lors de tes missions il prendra possession de ton corps et de ton esprit pour que tu ne trahisses pas volontairement ta présence. Enfin... trêve de bavardages ! Tiens-toi prêt à partir d'ici une heure : nous marchons sur Lordaeron ! Je t'expliquerai en route tout ce qu'il te sera utile de savoir. »

Le Nathrezim tourna les talons et partit vers ses troupes qu'on entendait beugler dans le lointain. Nicolarius comprit que s'il ne lui emboîtait pas le pas de gré, il y serait contraint par Anetheron ou Ner'Zhul lui-même. Aussi suivit-il le démon, tout en ruminant sa haine...
« Prends garde à ne pas te trouver sur ma route le jour où tu n'auras plus emprise sur moi... » murmura le sorcier, tout en marchant vers de nouveaux combats...
Nicolas se releva brusquement... une déflagration avait retenti à quelques centaines de mètres de son campement. Il s'aventura prudemment hors du périmètre de protection qu'il avait tracé auparavant et se dirigea en direction du vallon. Il regarda en contrebas et vit que les démons s'agitaient en vociférant des propos obscurs. Soudain, un Garde Funeste poussa un râle atroce. Nicolas aperçut une flèche profondément enfoncée dans sa gorge. Le géant porta ses mains à sa blessure tandis que son sang vert s'écoulait à grands flots de sa plaie. Il s'écroula finalement dans la terre sombre, la carotide déversant toujours plus de fluides vitaux sur le sol.

Nicolas observa la direction selon laquelle le trait était enfoncé dans la gorge du monstre, et regarda dans la direction d'où elle était originaire. Il repéra un mouvement imperceptible dans le feuillage d'un grand arbre qui surplombait le val. Regardant dans cette direction, il vit qu'un Orc était dissimulé en son sommet. Il y eut un nouveau mouvement sec et une traînée rouge se dessina dans le ciel durant une fraction de seconde, reliant l'arbre à un autre démon et faisant tomber quelques feuilles au passage. A nouveau, un hurlement de douleur. A nouveau, le bruit d'un corps s'affaissant. Cette fois-ci, la cible avait été atteinte à la tête : le trait meurtrier était entré en crevant l'oeil droit et était sorti par l'oreille gauche. Nicolas ne put s'empêcher de sourire devant l'audace de ce tireur qui était en train d'abattre une à une toutes les abominations qui infectaient le secteur. Un nouveau claquement sec ! Un Gardien ailé du destin fut fauché en plein vol et s'écrasa sur le sol dans un craquement sinistre, soulevant un nuage de poussière. Soudain, l'un des démons vociféra et montra du doigt l'arbre dans lequel était caché l'archer : il était repéré.

« A moi de jouer... » murmura le réprouvé, tandis que sa main se nimbait de flammes sombres...
Nicolas se présenta devant Terganaron. Le Nathrezim le regarda dans les yeux avant de demander de sa voix rauque :
«
Te revoilà ! As-tu mené ta mission à bien ? Agorithos est-il mort ? »

En guise de réponse, Nicolas sortit de son sac la tête encore sanglante du général humain.

« Parfait ! Sans leur chef, nos ennemis tomberont rapidement. »

Le mort-vivant observa Terganaron. Ce Nathrezim était devenu son supérieur après la chute d'Anetheron lors de la bataille du Mont Hyjal. C'est lui qui l'avait froidement rebaptisé Nicolas, sous prétexte que le nom de Nicolarius était trop caractéristique des Humains. Ce Seigneur de l'effroi avait utilisé les talents de Nicolas un nombre incalculable de fois, toujours dans le but d'effriter les défenses des poches de résistance humaine qui se dressaient à travers l'ancien royaume de Lordaeron, en assassinant les chefs de guerre, les stratèges ou les mages trop talentueux, charismatiques ou puissants pour ne pas représenter une menace pour la Légion. Ces poches de résistance s'étaient multipliées après les nombreux revers essuyés par les démons : la victoire des peuples mortels coalisés au pied du Mont Hyjal, la mort des principaux lieutenants de Sargeras et la récente rébellion du Fléau mort-vivant. Mais malgré cette rébellion, Terganaron ne semblait pas vraiment réaliser le danger que Nicolas était devenu pour lui et ses minions.

Et pourtant, une telle menace était évidente : il était encore sous le contrôle du Nathrezim, mais bientôt Ner'Zhul l'appellerait à combattre pour Arthas. Et alors rien ne pourrait protéger Terganaron de sa fureur ! Nicolas répugnait l'idée de combattre aux côtés du Fléau, mais la perspective de pouvoir avant cela tuer le Nathrezim lui était réellement plaisante.

Alors qu'il réfléchissait à tout cela, la terre fut secouée d'un léger tremblement. Bien que mineure, cette secousse fut une douleur terrible pour le mort-vivant. Il porta les mains à son crâne et hurla de douleur ! Dans sa tête, il entendit une voix glaciale et saccadée résonner :

« A moi... erviteurs... Northrend... ttaque... »

Tandis que la voix devenait éloignée et confuse, Nicolas sentit une grande perturbation dans les énergies arcaniques, perturbation qu'il n'aurait jamais imaginée concevable ! Quelqu'un jouait avec la magie, et cette personne allait déchaîner des pouvoirs dont les conséquences seraient désastreuses et incontrôlables. Mais plus le temps passait, plus Nicolas se sentait léger, comme si on l'ôtait d'une présence indésirable.

Terganaron s'avança vers lui :

« Quelque chose ne va pas ?

-Au contraire... tout est pour le mieux ! »

A peine avait-il achevé sa phrase qu'un éclair noir frappa le Nathrezim en pleine poitrine. Celui-ci fut projeté par la violence du sort et chuta du promontoire sur lequel il se trouvait. Il tomba contre les dalles des ruines de ce qui avait jadis été la fière cité de Lordaeron ! Il se releva, une expression de surprise visible dans son regard.

« Qu'est-ce qui te prends ? Je suis ton seul maître ! Tu me dois obéissance et soumi... »

Une décharge d'énergie sombre frappa le démon une fois de plus ! Il fut propulsé contre le mur, décrochant des pierres au moment de la collision. Il se releva, une lueur haineuse dans le regard !

« Ner'Zhul... j'avais presque oublié que ce serviteur était tien !

-C'est vrai... néanmoins, ce n'est pas le Roi Liche qui dicte mes actes ! Il semblerait qu'il ne me maintienne plus sous son contrôle ! Dommage pour toi... »

Le Nathrezim poussa un hurlement glacial et d'un geste ample du bras projeta une nuée de chauve-souris invoquées sur le mort-vivant. Celui-ci sourit et créa une sphère sombre autour de lui. Les créatures qui heurtèrent le bouclier enchanté furent prises de spasmes incontrôlables et chutèrent sur le sol en poussant des couinements aigus. Le démon, bien que profondément troublé par l'échec de son attaque et par la révolte de Nicolas, ne laissa pas sa confusion perturber son esprit. Il enchaîna en faisant tomber des pluies de flammes sur son adversaire, mais celles-ci tombèrent tout autour du Or'Adrim sans lui faire de mal. Le revenant sourit une nouvelle fois :

« Imbécile... comment penses-tu pouvoir me tuer après tout le temps et l'énergie que tu as dépensés pour m'apprendre à rester en vie ? Aujourd'hui, ce que tu m'as appris va se retourner contre toi... c'est ce qu'on appelle l'ironie du sort... »

Nicolas projeta une nouvelle onde de choc contre le Seigneur de l'effroi. Celui-ci parvint cependant à détourner l'attaque et riposta en projetant une boule de feu. Le sortilège fusa vers le mort-vivant mais fut dissipé avant de l'atteindre !

Le Nathrezim ouvrit alors une brèche dans l'espace. Ce portail, Nicolas le savait, n'était pas assez stable pour permettre à son ennemi de fuir en l'empruntant. Aussi ne fut-il pas surpris de voir deux Gardes Noirs s'en extraire, suivis de près par deux Gardiens ailés du Destin. Ces derniers, aussitôt sortis, s'envolèrent pour aller chercher de l'aide en dehors de la cour dans laquelle les combattants étaient enfermés et dont la seule issue était une grande porte en bois. Nicolas tenta de les arrêter : alors que les démons passaient au-dessus du mur qui entourait la cour, de longs tentacules noirs jaillirent du sommet de la muraille et tentèrent de saisir les monstres. Le premier fut attrapé aux ailes et lentement agrippé par les longs bras sombres qui le brûlèrent fortement avant de traverser ses chairs, séparant ses membres les uns des autres. La deuxième créature parvint à échapper au sortilège mortel, non sans y laisser une partie de son pied, sectionnée par le maléfice. Nicolas jura en voyant la bête s'enfuir puis se tourna vers les adversaires restés dans la cour... juste à temps pour esquiver un violent coup de massue porté par le plus trapu des démons. L'arme percuta le sol avec fracas, laissant dans le sol dallé un profond cratère. Nicolas ne lui laissa pas le temps de s'en servir une seconde fois. Il projeta une sphère noire contre le démon. La sphère s'étira pour devenir une longue corde d'énergie sombre qui vint s'entourer autour de sa cible, liant le moindre de ses membres au reste du corps. Les deux extrémités vinrent finalement fusionner avec le sol, interdisant le moindre mouvement à la bête. De son côté, le second Garde Funeste se rua sur Nicolas en beuglant, tandis que Terganaron restait hors du combat, frappant les hautes portes à coups de griffes et de sortilèges, tentant de se frayer un passage dans les ruines fumantes qui obstruaient la sortie. Nicolas fit un geste en direction du démon qui le chargeait. Aussitôt celui-ci trébucha, se releva à tâtons et porta ses mains à ses yeux : ceux-ci avaient adopté une couleur d'un blanc laiteux : le mort-vivant l'avait momentanément rendu aveugle. Alors que le premier Garde Funeste se débattait pour se soustraire aux liens qui l'enserraient, et que le second tentait en vain de retrouver son arme, Nicolas se dirigea vers le Nathrezim qui essayait toujours de déblayer la sortie.

Voyant son ennemi arriver, il cessa ses tentatives et fit face au revenant.

« Cesse de fuir, lâche ! Affronte ton destin en face comme je l'ai fait ! siffla celui-ci.

-Le combat que tu menais était perdu d'avance ! Le mien, malgré nos récents revers, peut encore continuer, même sans Archimonde !

-J'en doute ! Les races mortelles se sont unies et vous ont repoussés hors du Mont Hyjal, hors d'Ashenvale, hors de Kalimdor ! Ce n'est qu'une question de temps avant que vous ne soyez chassés de Lordaeron ! Aujourd'hui, les seuls résidus restants de la Légion sont contraints de se terrer dans les régions les plus reculées d'Azeroth, en attendant que l'on vienne leur porter le coup de grâce ! Crois-moi, je ne fais que gagner du temps... un peu comme toi en fait !

-Que veux-tu dire ?

-Me crois-tu assez stupide pour ne pas m'être aperçu que tu ne me parles que pour laisser le temps aux renforts de venir ? C'est bien mal me connaître. Tu as tort de me sous-estimer. »

A ces mots, Nicolas prononça un mot de pouvoir. Le Nathrezim poussa un hurlement de douleur et tomba au sol. Nicolas proféra une nouvelle incantation et serra le poing. Les cris du démon s'intensifièrent, proportionnellement au supplice auquel il était soumis. Le mort-vivant énonça le dernier mot de la formule. Terganaron, rendu fou par la souffrance, commença à s'arracher la peau de ses longues griffes. Il tenta de stopper cette automutilation mais sa volonté était brisée par le maléfice, et il ne put qu'assister à sa propre mort. Les griffes, après avoir détruit l'armure et percé le cuir épais du démon, s'attaquèrent à ses chairs, à ses muscles, à ses organes... Lorsque le démon s'écroula enfin dans une mare de sang sombre, trop affaibli pour pouvoir laisser sa fureur continuer ses ravages, Nicolas s'accroupit pour le regarder dans les yeux. Le démon lui parla dans un râle atroce. Chaque mot était une souffrance et des bulles de sang se formaient à la commissure de ses lèvres tandis qu'il crachait sa haine :

« Pau... vre... fou ! Tu... regretteras... de t'être dressé... contre... la Légion !

-Sache que je paye le prix de ma résistance depuis quelques temps déjà ! Et il est temps que je rende à ton engeance la monnaie de sa pièce !

-Tu... n'iras... pas loin... Si... réellement... tu t'es... affranchi... de la... volonté... de... Ner'Zhul... alors... tu n'as plus... aucun allié...

-J'en suis conscient ! Mais je n'ai pas besoin d'alliés. Je tuerai les lieutenants de votre maître seul s'il le faut... comme vous me l'avez enseigné. »

Nicolas eut un sourire teinté de haine. Il reprit :

« Sur ce, je pense en avoir fini avec toi ! Néanmoins, il est hors de question de laisser ton âme profiter de la sérénité de la mort. »

Il sortit un petit cristal terne de sa poche et le pointa en direction du Nathrezim. Celui-ci hurla quand Nicolas aspira les dernières bribes de son âme pour les enfermer dans le cristal. Celui-ci se teinta en violet sombre et prit une lueur malsaine. Le démoniste rangea le cristal dans une bourse spéciale. A cet instant, il entendit les renforts attendus par Terganaron tenter de forcer la porte. Il poussa un sifflement :

« A leur tour... »
La lourde hallebarde trancha les chairs écarlates du démon, libérant un flot de sang vert. Le Garde Funeste s'effondra dans un râle atroce. Huruk ne prit pas le temps de se réjouir de cette victoire et fit décrire un nouvel arc de cercle à son arme. Cette fois-ci, ce furent deux molosses démoniaques qui s'écroulèrent touchés par l'imposante arme d'hast. L'Orc poussa un cri de guerre, stimulé par la frénésie du corps à corps et par la soif de sang qui touchait tous les membres de son peuple pendant les combats. Il rugit de satisfaction lorsque sa hallebarde rencontra un nouvel adversaire.

Certes, Huruk affectionnait le tir à l'arc qui lui permettait d'abattre ses ennemis sans risquer sa vie inutilement. Mais en fier guerrier Orc qu'il était, il ne fuyait pas le corps à corps pour autant. Bien au contraire, il était passé maître dans l'art du combat rapproché et se délectait du fracas des armes et de la sensation qu'il éprouvait lorsque sa lame embrassait le corps découvert d'un combattant ennemi.

Alors que la masse de démons qu'il combattait s'éloignait de son fer meurtrier, formant autour de lui un cercle de quelques mètres de rayon, Huruk vit un terrifiant Infernal se ruer vers lui dans un sifflement aigu. L'Orc enfonça ses deux pieds sur le sol, les genoux légèrement pliés, prêt à encaisser la charge. Il poussa un rugissement de défi à l'adresse du golem qui fondait sur lui. Voilà un bel exploit pour un guerrier Orc... ou une belle mort au combat ! Mais alors que l'Infernal se précipitait sur Huruk, il s'arrêta en poussant des sifflements de douleur. Il fut pris de convulsions incontrôlables et il se disloqua, chacun des blocs de pierre qui constituaient son corps se séparant les uns des autres. Une fraction de seconde après la destruction du démon, l'Orc entendit l'un de ses adversaires, un gangregarde qui se trouvait derrière lui, pousser un terrible hurlement de douleur. Le chasseur fit volte-face et vit les chairs de la créature se liquéfier, mettant à nu ses muscles et ses os et laissant son sang tomber en cascade à ses pieds. Le monstre s'écroula, mort. Huruk détourna le regard pour réprimer un haut-le-corps. Bien qu'endurci et aguerri, il ne pouvait qu'être révulsé devant une mort aussi atroce. Encore quelque malice de sorcier...

Il vit une troupe de démons se détacher du groupe qui l'encerclait pour aller à la rencontre du jeteur de sorts responsables des deux derniers maléfices. Huruk vociféra et se jeta dans la masse de ses ennemis, tranchant de sa lame barbelée tout démon qui avait le malheur de se trouver dans le sillage de sa hallebarde. Aujourd'hui, il ferait honneur à la Horde, aux Orcs, à Thrall et à son nom...
Nicolas courait entre les hauts arbres aujourd'hui morts de la forêt de Silverpine, sa main comprimant la plaie suppurante qu'il portait au côté. Le combat qu'il avait mené dans les ruines de Lordaeron avait failli lui coûter sa non-vie. Non ! La Légion avait commis l'erreur de le ramener à la vie, il fallait qu'il puisse survivre assez longtemps pour lui en faire payer les conséquences...

Le mort-vivant entendit derrière lui les jappements des molosses démoniaques lancés à ses trousses. Il jeta un coup d'oeil rapide par-dessus son épaule et vit qu'un Gardien ailé du Destin décrivait des cercles concentriques au-dessus de sa position. Tant que celui-ci serait là, le sorcier ne pouvait espérer échapper à ses poursuivants. Il s'arrêta, pointa son doigt squelettique vers le démon ailé et prononça un mot. Deux longues aiguilles d'ombre fusèrent vers la créature et vinrent se ficher dans les articulations qui reliaient les ailes au reste du corps, paralysant les muscles qui permettaient à la bête de se maintenir en l'air. Le démon chuta en tourbillonnant et s'écrasa sur le sol dans un craquement sinistre. Ceci fait, Nicolas traça une rune rapide dans le sol et énonça une nouvelle incantation. La rune luisit quelques secondes avant de s'effacer. Le démoniste entendit les molosses s'approcher et il reprit sa course. Au bout de quelques minutes lui parvinrent les vociférations et les cris de douleur de ses poursuivants qui étaient arrivés au niveau de son piège... voilà qui devrait les retarder suffisamment longtemps pour lui permettre de s'enfuir. Il déchira une longue bande de sa robe noire et s'en fit un bandage pour sa plaie. Il reprit ensuite sa course vers le sud : il avait prévu de s'abriter dans les montagnes d'Alterac en attendant que la Légion cesse de le traquer.

Au bout de plusieurs heures de marche, il s'arrêta dans une clairière. Sa blessure le faisait terriblement souffrir. Il retira son pansement et constata l'étendue des dégâts : la déchirure s'était infectée. Nicolas sortit d'une bourse accrochée à sa ceinture une petite fiole fermée à la cire. Du sang de drake noir... Le mort-vivant brisa le goulot du flacon, plaça une longue branche entre ses mâchoires et versa le liquide sur la blessure. Il eut peine à contenir un cri de douleur quand le fluide acide détruisit les chairs tuméfiées. Ceci fait, il respira profondément pour soulager la douleur, puis sortit sa gourde. Il versa un peu d'eau sur une nouvelle écharpe de tissu et nettoya ce qui restait autour de sa plaie, ce qui avait échappé à la « désinfection » au sang de drake. Enfin, il sortit sa dague, créa une boule de feu au creux de sa paume, chauffa sa lame à blanc et l'appliqua sur la plaie. Il retint un nouveau cri tandis qu'il cautérisait la blessure. Après quoi, il se releva difficilement et regarda autour de lui. Pas de doute, il avait semé ses poursuivants.

Il s'apprêtait à reprendre la route lorsqu'un léger bruit retint son attention : il n'était pas seul. Il scruta les environs de ses yeux brillants. Le bruit avait été imperceptible... certainement pas l'un des sbires de la Légion, dont la finesse empêchait toute furtivité.

Il y eut un bruit sec et une flèche empennée de noir vint se ficher aux pieds du revenant. Une voix glaciale suivit :
« Tu es cerné ! Ne fais pas le moindre geste ou tu le paieras de ce qu'il te reste d'âme !

-Qui êtes-vous ?

-Pour l'instant c'est moi qui pose les questions ! Peut-on savoir ce qu'un serviteur de Ner'Zhul fait seul ici ? Tu me parais certes plus malin que les autres, et c'est pourquoi tu es encore debout, mais ce n'est que temporaire si tu n'es pas des nôtres !

-Je ne sers plus Ner'Zhul ! Je n'aspire plus qu'à l'éradication de la Légion et du Fléau ! »

Quelques murmures se firent entendre. La voix reprit :

« Bien... tu as gagné quelques minutes ! Nous sommes aussi des ennemis d'Arthas ! Maintenant, si tu avais une preuve de ta loyauté, il se pourrait que nous nous entendions. »

Nicolas plongea la main dans son sac et en ressortit la tête blafarde de Terganaron. Nouveaux murmures autour de lui.

« Un Nathrezim... tu es puissant ! Mais tu pourrais aussi bien être au service du Roi-Liche et combattre la Légion, comme la plupart des damnés de la région...

-Aurais-je emporté la tête si cela avait été le cas ? Les pions du Roi-Liche ont-ils besoin d'apporter une preuve à leur maître pour que celui-ci sache que ses serviteurs ont mené à bien la mission qu'il leur a confiée ?

-C'est juste... tu me parais digne de confiance ! »

Une silhouette sortit de l'ombre : une grande femme au teint cireux et aux yeux rouges, entièrement vêtue de noir, portant une cape et tenant à la main un grand arc composite, noir lui aussi.

« Je suis Sylvanas Windrunner. Je dirige un groupe de mort-vivants affranchis de la volonté de Ner'Zhul, les Réprouvés ! Récemment, le Roi-Liche a été touché par un sort d'une puissance terrible. Il a perdu une partie de ses facultés lors de l'attaque, notamment son emprise sur un grand nombre de revenants. Et ce sont ces revenants que je cherche à réunir pour renverser Arthas. J'ai failli l'abattre il y a quelques jours mais Kel'Thuzad est parvenu à le sauver. A l'heure qu'il est, Arthas est en route pour Northrend. Il a laissé son royaume aux mains de la liche ! Nous devons le lui reprendre et faire des Plaguelands une base pour nos futures incursions en Northrend.
-Dans ce cas, si vous le permettez, je serai des vôtres... »
Huruk appuya son pied contre la carcasse du géant écarlate et, tirant un coup sec, il retira le fer de sa hallebarde des tripes encore fumantes du Garde de la cruauté. Il jeta un regard autour de lui, un sourire satisfait barrant sa face. Partout où il posait les yeux, il voyait un démon mort ou agonisant. Cependant, il en était conscient, cette victoire n'était pas le fait de sa seule personne. Les cadavres eux-mêmes le confortaient dans l'idée qu'il n'avait pas mené seul ce combat : certains corps portaient des stigmates qu'il était incapable d'infliger avec les armes qu'il maniait habituellement. Il plissa les yeux, comptant sur son excellente vision pour l'aider à débusquer son mystérieux allié. Il n'eut pas à attendre longtemps : une silhouette décharnée s'avançait vers lui, habillée d'une robe ample qui témoignait de son statut de jeteur de sorts. Soudain, l'Orc eut un mouvement de recul en voyant le visage de l'inconnu : il était blafard et des lambeaux de chairs mortes refusaient de se décrocher de son visage : un mort-vivant. Une fraction de seconde plus tard, l'arc d'Huruk était bandé, une flèche empennée de rouge pointée sur la poitrine du revenant. Celui-ci fit un geste désinvolte précédé d'une rapide incantation. Avant que l'Orc n'ait pu lâcher la corde, il sentit une douleur atroce lui traverser la main et il desserra les doigts, faisant tomber son arc.

« Paix guerrier ! Les nouvelles sont-elles si longues à vous parvenir que vous ignorez encore l'existence des Réprouvés ?

-Bien sûr que je connais les Réprouvés ! Ce groupe s'est fait connaître de la Horde depuis plusieurs mois déjà et nos relations avec ses membres sont relativement bonnes ! Mais il est impossible de deviner au premier coup d'oeil si un mort-vivant sert Arthas, la Légion ou Sylvanas ! D'autant que les Réprouvés sont rares en Kalimdor... même depuis qu'Orgrimmar et Undercity ont été reliées par le zeppelin, il y a quelques semaines de cela !

-Il est vrai que nous préférons combattre le Fléau là où il est le plus puissant, à Tirisfal et dans les Plaguelands ! Mais nous ne pouvons nous permettre de négliger les forces qu'Arthas a déployées en d'autres lieux. Forces auxquelles s'ajoutent celles de la Légion. Car si Kel'Thuzad règne en maître sur les Plaguelands, sa mainmise est loin d'être assurée ailleurs : les sbires de Sargeras ont aussi leur mot à dire dans certaines régions.

-Et comment en es-tu arrivé à les traquer ici ?

-J'appartiens à une délégation envoyée par la Dame Noire à Orgrimmar pour entretenir les relations entre nos deux peuples. Cependant, Thrall tenait à ce qu'un représentant du peuple tauren soit présent et il a envoyé un messager à Mulgore. En attendant, j'ai décidé de traquer des démons... et mes pas m'ont mené à Felwood ! Mais cela fait bientôt trois jours que j'ai quitté Orgrimmar et je me dois d'être présent quand l'ambassadeur tauren sera arrivé. Je vais donc repartir demain à l'aube.

-Je dois moi aussi retourner à la capitale. Nous pourrions voyager ensemble. Nous limiterions ainsi les risques d'embuscade !

-Tu voyagerais avec un mort-vivant ?

-Cela ne m'enchante guère, crois-le bien ! Mais je pense que la Légion va tenter de venger les pertes subies aujourd'hui. »

Huruk contempla le ciel, là où la voûte du feuillage des arbres était moins dense. Il commençait à s'assombrir et à se consteller d'étoiles.
« La nuit tombe. Nous devrions installer notre campement rapidement. »

Nicolas approuva et les deux frères d'armes d'un jour se mirent à l'ouvrage pour monter leur bivouac, tandis que l'obscurité envahissait progressivement les sous-bois, plongeant Felwood dans une noirceur que seules les deux lunes du ciel de Kalimdor parvenaient à percer...
Vingt-quatre ans plus tôt...

Huruk attendait avec ses compagnons l'ouverture de la porte qui les conduirait aux nouvelles conquêtes que leurs chefs leur avaient promises. Il était encore un jeune Orc, d'environ une quinzaine d'années, mais il était fier de porter la livrée du clan Warsong et de partir au combat pour faire honneur à son clan. Il savait qu'aujourd'hui il serait amené à combattre. Mais loin de l'effrayer, cette perspective l'enchantait. Il regarda autour de lui et se sentit puissant, entouré de tous ses frères d'armes regroupés sur la péninsule d'Hellfire. En ce grand jour, les clans s'étaient unis. Les Stormreaver marchaient aux côtés des Blackrock ; les Twilight's Hammer marchaient aux côtés des Bleeding Hollow. Huruk n'avait pas senti une telle cohésion au sein des Orcs depuis qu'ils s'étaient alliés pour annihiler le faible peuple des draeneïs.

Soudain, un hurlement terrible se fit entendre. Huruk reconnut le cri de guerre de son chef Grom Hellscream. Tels une seule entité, lui et tous les membres de son clan répondirent à cette clameur en beuglant et en frappant en cadence leurs armes contre leurs boucliers. Il fallut moins d'une seconde pour que les autres Orcs poussent à leur tour le cri de guerre de leurs clans respectifs, ce qui était pour eux une manière de défier les autres. Car si tous les clans étaient unis, ils n'en restaient pas moins indépendants car nul chef n'aurait accepté de se soumettre à un unique seigneur de guerre, surtout venant d'une autre tribu !

A quelques centaines de mètres de là, une silhouette sombre, juchée sur un cheval au pelage noir et au regard de braise, contemplait du haut d'une falaise l'immense armée qui s'étalait à ses pieds. Il sourit en les voyant tous aussi hargneux, avant même d'avoir rencontré le moindre ennemi. Tout se passait exactement comme le sorcier avait dit. La haine démoniaque instillée dans leur coeur faisait de ces Orcs des machines à tuer, dépourvues de pitié ou de compassion. L'Orc encapuchonné se tourna vers ses compagnons qui attendaient derrière lui :

« Quand le portail sera ouvert, les habitants de l'autre monde seront confrontés à un impitoyable raz-de-marée qui les engloutira sans leur laisser la moindre chance. Contemplez cette armée : nulle créature vivante ne saurait la stopper.

-Assurément maître ! Mais quand nos guerriers pourront-ils franchir la Porte ?

-Patience Gorzag ! Le sorcier a dit qu'il l'ouvrirait aujourd'hui et il le fera. Nous n'avons qu'à attendre. Et crois-moi, la furie destructrice de notre armée sera proportionnelle au temps qu'ils auront dû attendre avant de faire couler le sang : regarde-les ! Ils ne vivent plus que pour l'instant où ils enfonceront leurs armes dans la chair tendre de leurs ennemis, et cette attente les rend particulièrement déchaînés.

-Il ne faudrait pas que leur fureur se retourne contre les guerriers des autres clans : une rixe ne serait pas longue à éclater avec une tension pareille.

-Ne te fais pas de souci : dois-je te rappeler que même si les chefs Orcs se croient seuls maîtres de leurs pensées, ils ne font qu'appliquer des ordres que nous leur avons insinués ? Et nous leur avons clairement fait comprendre qu'ils ne devaient tolérer aucune lutte intestine et que si d'aventure un combat venait à éclater entre deux guerriers, ces guerriers devraient être châtiés avant que la mêlée ne s'étende au reste des troupes. »

A peine l'Orc encapuchonné avait-t-il fini sa phrase qu'un craquement titanesque retentit. L'air compris entre les deux piliers de la grande porte subit une distorsion, et une brèche s'ouvrit dans l'espace. Petit à petit, la brèche emplit l'espace délimité par la porte et se stabilisa après l'avoir entièrement couvert. Un grand silence plana dans les rangs orcs. A ce moment le chef borgne du clan Bleeding Hollow, Kilrogg, s'écria :

« La Porte est ouverte ! Le passage est devant nous, il nous tend les bras ! Allons-y pour la Horde ! »

Aussitôt, l'impitoyable marée verte se mit en branle et les Orcs s'engouffrèrent dans le portail, courant et vociférant.

Du haut de sa falaise, Gul'dan sourit...
« Vous m'avez fait demander maître ?

-Oui, je dois te parler. Mais entre, je t'en prie. »

Zangdar s'exécuta, baissant un peu la tête pour pouvoir s'engouffrer dans la tente de son maître, l'archidruide Hamuul Runetotem. Celui-ci avait pris Zangdar sous son aile dès son plus jeune âge, après le décès de ses parents lors d'un raid mené par un groupe de centaures. Depuis, le jeune Tauren avait beaucoup appris, suivant son shan'do sur la voie du druidisme. Il en avait acquis une sagesse et une réputation qui dépassaient les limites de Mulgore. Finalement, il était devenu le bras droit de son maître, qui était lui-même celui du chef tauren Cairne Bloodhoof.

« Que puis-je pour vous shan'do ?

-Un émissaire de Thrall, notre plus fidèle allié, est arrivé ce matin. Cairne et moi avons discuté avec lui : il demande à ce qu'un représentant tauren digne de confiance soit envoyé à Orgrimmar pour parler au nom de notre peuple lors de négociations entre les membres de l'union Trolls-Orcs-Taurens et la délégation envoyée par Sylvanas depuis son bastion souterrain d'Undercity. Il semblerait que la Dame noire cherche à améliorer les relations diplomatiques entre la Horde et les Réprouvés.

-Sauf votre respect, que viens-je faire dans tout ça ?

-Tu ne le devines pas ? Tu m'avais habitué à plus de perspicacité Zangdar. Tu seras l'ambassadeur du peuple tauren !

-Moi ? Mais je n'ai pas l'expérience requise à une telle responsabilité !

-Tu es trop modeste ! Même mon ami Cairne m'a donné raison lorsque je t'ai proposé pour ce rôle. Après tout, tu restes le druide le plus puissant et le plus réfléchi que j'ai jamais formé !

-Très bien... si tel est votre choix alors je l'accepte ! Je saurai me montrer digne de la confiance que vous m'accordez.

-Je n'en attendais pas moins de toi mon disciple. Va seller ton kodo et prépare tes affaires : tu partiras demain aux premières lueurs du jour.

-Bien maître... que l'esprit de Cénarius marche toujours à vos côtés !

-Et que la Terre-mère t'accompagne partout où tes pas te mèneront ! »

Zangdar prit ainsi congé de son maître et se dirigea vers sa demeure, le coeur empli de fierté. La fierté de servir son peuple.
Trente ans plus tôt

Le puissant Tauren envoya en l'air son jeune fils. Celui-ci, âgé de quelques années à peine, riait aux larmes. Un peu à l'écart, sa mère portait un regard bienveillant à son époux et à son fils, tout en tricotant une couverture en laine.

Mais soudain, un groupe de trois guerriers entra dans leur demeure. Le tauren reposa son fils sur sa couche et s'approcha des arrivants. L'un d'entre eux s'avança et prit la parole.

« Excusez-nous chef, mais nous avons cru bon de vous informer que nos éclaireurs ont repéré un détachement de centaures qui faisaient route vers notre village. Ils semblaient armés et nous pensons qu'ils viennent pour nous attaquer.

-Vous avez bien fait de venir me voir ! Dans combien de temps estimez-vous leur arrivée ?

-Je pense qu'ils peuvent être là d'ici une vingtaine de minutes, dans le pire des cas ! Une quarantaine au mieux !

-Et leur nombre ?

-Une cinquantaine...

-Une cinquantaine ? Vous plaisantez ! Nous avons à peine une vingtaine de guerriers à leur opposer !

-Hélas non et c'est pourquoi j'ai jugé urgent de vous avertir.

-Urgent... c'est bien plus qu'urgent ! Notre tribu est directement menacée par ces maudites créatures ! Que tous nos guerriers soient prêts au combat d'ici cinq minutes ! Toi ! Va vérifier l'ensemble des palissades, je veux qu'aucune d'entre elle ne soit facile à abattre. Toi ! Va prévenir Sorn ! Son aide nous sera utile et ses conseils précieux. En tant que chaman, il saura nous guider. Maintenant laissez-moi seul et allez faire ce que je vous ai demandé ! Ne perdez pas une seconde ! »

Les trois Taurens quittèrent les lieux rapidement. Au bout de quelques secondes retentit le cor d'alerte, étouffé par les tentures de la demeure du chef.

Celui-ci respira profondément et se tourna vers sa femme. Celle-ci s'était levée et contemplait son mari les yeux pleins de larmes. Elle s'approcha de lui et lui caressa la joue. Le guerrier prit la main de sa femme dans la sienne et la serra en silence. Puis il enlaça sa compagne, laissant celle-ci pleurer sur son épaule. Ses sanglots étaient le seul bruit perceptible dans cette atmosphère pesante, à l'exception des réguliers bruits de corne qui rendaient la scène presque surréaliste. Enfin, l'imposant Tauren s'éloigna de son épouse et se dirigea vers un grand coffre en bois sculpté. Il en sortit une épaisse cotte de mailles luisante, un grand bouclier rond et une redoutable masse d'armes, parfaitement équilibrée. Il revêtit l'armure, accrocha le bouclier dans son dos et plaça la masse à sa ceinture. Enfin, il s'empara de son lourd casque en bronze et le plaça sur sa tête. Il était prêt ! Il se dirigea vers son fils mais celui-ci se jeta en arrière, effrayé par le heaume qui couvrait le visage de son père et le rendait méconnaissable. Celui-ci sourit et retira son casque. Il serra ensuite son fils dans ses bras et se releva. Il s'avança vers la sortie de sa tente et jeta un dernier regard à sa famille : sa compagne avait pris son fils dans ses bras et le regardait, les yeux pleins d'amour.

Son fils le vit, dans l'embrasure de la porte, remettre son heaume et partir au combat tandis qu'au dehors résonnait toujours la trompe d'alerte. Ce son, Zangdar ne l'oublierait jamais...
Hamburg'ork ouvrit les yeux. Il n'était plus seul. Assis en tailleur dans une caverne de glace, il venait de s'entretenir avec l'Esprit de l'eau quand il avait détecté une nouvelle présence. S'adressant au nouvel arrivant, à qui il tournait le dos, le chaman dit :

« Vous êtes là maître... que puis-je pour vous ? »

Un vieil Orc vint s'asseoir à ses côtés. Il était aveugle, mais il avait su faire d'Hamburg'ork un redoutable combattant. Il avait su lui apprendre à communiquer avec les Esprits, à exploiter les pouvoirs qu'ils étaient prêts à lui céder et à les utiliser dans le respect de leurs desseins.
« Je savais que tu étais là ! Tu as toujours beaucoup affectionné l'Esprit de l'eau, et il te le rend bien. Cela est sans doute la cause de ton aptitude naturelle à la guérison.

-Sans doute... mais je ne pense pas que vous soyez venu me parler de cela !

-Effectivement... je tenais juste à t'annoncer que tu me paraissais suffisamment expérimenté pour pouvoir t'aventurer hors des limites de notre territoire.

-Quitter les montagnes ? Mais pour aller où ?

-Je pensais t'envoyer à Orgrimmar. Tu rapporterais ainsi à Thrall des nouvelles fraîches de notre situation. Notamment lui signaler que les Nains Stormpike nous mettent une pression de plus en plus intense. Mais sinon, c'est surtout pour que tu t'épanouisses que je désire t'envoyer là-bas. Tu y prendras plus d'expérience qu'ici et tu seras plus utile à la Horde.

-Très bien maître... mais comment traverser l'Océan Majeur ?

-La ville d'Undercity est depuis peu reliée à Orgrimmar par zeppelin...

-Le zeppelin ! Une invention fantastique mais loin d'être fiable... surtout si elle est maniée par des gobelins. »

Le vieil Orc sourit à cette raillerie. Son élève avait toujours eu un sens de l'humour exacerbé. Il reprit :

« Malheureusement je n'ai aucune alternative à te proposer. La plupart des ports d'Azeroth sont aux mains de l'Alliance et aucune wyverne, aussi robuste soit-elle, ne pourrait assurer un voyage aussi long.

-Et bien va pour le zeppelin. Quand partirai-je ?

-Nous sommes au coeur de l'automne et les neiges sont déjà là depuis quelques jours... l'hiver sera long. Mieux vaut partir le plus tôt possible, tant que le climat est encore un peu clément.

-Dans ce cas je partirai dans deux jours, le temps pour moi de réunir mes affaires et de saluer mes compagnons. »

Hamburg'ork se leva et après avoir salué respectueusement son maître, il s'approcha de la sortie. Mais avant d'avoir franchi le seuil, il se retourna et demanda :

« Winterwind peut-il venir avec moi ?

-Je ne pense pas Hamburg'ork... je connais les liens que tu entretiens avec ton loup car j'entretenais les mêmes avec Wise-ear avant qu'il ne soit tué. Je ne pense pas que sa place soit en dehors de ses montagnes natales... à l'époque, j'ai fait l'erreur de laisser Wise-ear m'accompagner hors de notre territoire ! Je ne te laisserai pas faire la même faute. L'amitié que tu entretiens avec Winterwind est trop précieuse pour que tu prennes le risque de le perdre. »

Hamburg'ork voulut protester mais le vieil Orc ne lui en laissa pas le temps :

« Crois-moi... même s'il te semble que la première place de Winterwind soit à tes côtés, ce qui est vrai, tu ne dois en aucun cas te permettre de lui faire prendre un tel risque. Ton loup n'est pas adapté à l'extérieur. Il essaiera probablement de te suivre mais tu devras être ferme ! Sa place est ici ! »

Résigné, Hamburg'ork quitta la caverne, laissant seul son maître. Dans deux jours il allait quitter les montagnes d'Alterac dans lesquelles il avait passé toute sa vie. Il allait quitter ses frères d'armes du clan Frostwolf avec lesquels il avait grandi.

Resté seul dans la grotte, Drek'Thar murmura :

« Bonne chance mon disciple... que les Esprits te protègent ! »
Sept ans plus tôt

Hamburg'ork aida Gorkal à descendre l'Orc du travers du dos de l'imposant loup blanc et à le porter jusqu'à la demeure de Drek'Thar. Celui-ci, les voyant arriver, leur désigna une paillasse au fond de la salle, sur laquelle ils s'empressèrent d'installer l'Orc inanimé. Ceci fait, les deux compagnons prirent congé du chaman et rejoignirent leurs camarades autour du feu de camp. Ces derniers les accueillirent à grands renforts de cris de joie et de claques dans le dos. Les deux Orcs s'assirent et Hamburg'ork déclara :

« Drek'Thar avait vu juste. On est allés à l'endroit qu'il nous avait indiqué et on a trouvé cet Orc étendu dans la neige. Il était en piteux état. Sans Drek'Thar il serait sans doute mort. »

Il s'empara d'une outre de vin jadis dérobée aux Humains et en servit à chacun de ses camarades.

« Levons nos verres au plus grand chaman de la Horde et remercions les dieux de l'avoir placé au sein de notre clan. A Drek'Thar !

-A Drek'Thar ! » reprirent ses frères d'armes avant de vider leur verre d'un seul trait. La sensation de chaleur causée par l'alcool coulant dans la gorge fut un véritable plaisir pour chacun des Orcs présents. En effet, même emmitouflés et réunis autour d'un bon feu, la morsure du froid restait omniprésente, et tout particulièrement en cette saison que tous redoutaient mais avaient appris à affronter, l'Hiver.

Uthul, l'un des guerriers du clan demanda :

« Savons-nous au moins pourquoi cet Orc était seul au coeur de nos montagnes ?

-Nous ignorons tout de lui, reprit Hamburg'ork, il est resté inconscient durant tout le trajet. Cela a quelque peu compliqué l'interrogatoire... »
Les Orcs éclatèrent de rire à la remarque de leur compagnon. Puis Nazgrel, le champion du clan, enchaîna avec une nouvelle question :

« Et avez-vous regardé ce qu'il transportait ? »

Cette fois, ce fut Gorkal qui répondit :

« Un sac à dos, probablement plein de nourriture... nous ne nous sommes pas abaissés à examiner son contenu ! C'est une simple supposition mais c'est l'hypothèse la plus probable pour quelqu'un qui souhaite entreprendre un voyage au coeur de nos montagnes... Sinon, ses habits étaient relativement adaptés au climat de nos terres : des fourrures, une longue écharpe de laine... bref le minimum vital !

-Le minimum vital pour un Frostwolf, corrigea Hamburg'ork, pour tout autre, une telle tenue garantit à peine la survie... surtout au coeur de l'hiver. Même pour cet Orc là qui doit être particulièrement coriace !

-Qu'est-ce qui te fait dire ça ? questionna Uthul

-Sa taille tout d'abord... il est très grand et très corpulent ! Je peux vous dire qu'on a pleuré avec Gorkal quand il a fallu le hisser sur le loup. Et pourtant on est pas des mauviettes d'Humains !»

Ces deux dernières remarques provoquèrent une nouvelle hilarité générale. Lorsque le calme fût revenu, Hamburg'ork reprit :

« Le deuxième élément qui me fait penser qu'on a affaire à un Orc singulièrement endurci est la distance qu'il a parcourue avant de sombrer dans l'inconscience : on l'a trouvé à plusieurs jours de marche de toute civilisation ! Le temps qu'il a dû passer dans le blizzard serait venu à bout de bien des créatures, mais lui a survécu...

-Du moins jusqu'à ce qu'il se réveille, fit remarquer Gorkal, nous ne pouvons pas encore être sûr qu'il survivra.

-Il a fait le plus dur... si la Mort l'emportait, ce serait vraiment de la malchance pour lui. Je pense qu'avec Drek'Thar il est entre de bonnes mains. »

A peine Hamburg'ork avait-il fini sa phrase que le vieux chaman sortit de sa demeure et s'approcha du feu de camp. Le silence se fit et tous les regards se tournèrent vers le protecteur du clan. Celui-ci s'assit avec ses compagnons et, après quelques secondes, il déclara :

« Notre ami s'est réveillé... il va bien !

-A-t-il parlé ? demanda Hamburg'ork.

-Oui ; il m'a révélé avoir été esclave des Humains mais de s'être échappé. Il a rencontré Grommash Hellscream et ses frères du clan Warsong qui l'ont mis sur notre piste. Il s'est donc aventuré dans nos montagnes mais a failli au bout de quelques jours.

-Et a-t-il donné son nom ?

-Oui... mais c'est un mot humain chargé de mépris, qu'il m'a dit vouloir garder pour ne pas oublier son devoir ! Il s'appelle Thrall... »
L'imposant tigre blanc bondit en direction d'Huruk et le heurta violemment. L'Orc bascula en arrière sous la puissance du choc et s'écroula sur le sol. Le félin plaça ses pattes avant sur les épaules du chasseur, lui interdisant tout mouvement. Il approcha sa gueule du visage vert... et le lécha avec allégresse, ravi de retrouver son maître. Il laissa celui-ci se relever puis commença à bondir autour de lui, tel un chiot au moment du jeu. Huruk saisit à deux mains la tête de son compagnon et frotta vigoureusement ses joues. Le félin ronronna de plaisir et s'allongea sur le dos, attendant que son maître vienne lui gratter l'abdomen, ce qu'il fit. Puis Huruk sortit de son sac un énorme poisson qu'il avait pêché dans une rivière d'Ashenvale et le lança au tigre. Celui-ci bondit, attrapa son repas au vol et le dévora avec appétit. L'Orc en profita pour remercier le Troll qui s'était occupé du félin pendant son absence et lui donna une poignée de piécettes. Puis il se tourna vers Nicolas qui l'attendait et lui dit :

« Voilà, nous voici à Orgrimmar !

-Je vois bien... mais quel est cet animal qui semble ravi de te revoir ?

-Bangalash ! Un tigre que j'ai apprivoisé dans la Vallée de Stranglethorn, à proximité du camp Grom'gol. J'en ai fait un redoutable combattant, prêt à tout pour me défendre s'il sent planer sur moi la moindre menace.

-Pourquoi l'as-tu laissé ici ? Il aurait pu t'aider à Felwood !

-Il s'était blessé lors de notre dernier voyage. J'ai préféré qu'il reste à Orgrimmar pour récupérer.

-Très bien... mais trêve de bavardages : l'entrevue de nos peuples ne devrait pas tarder à commencer. On m'a annoncé l'arrivée de l'émissaire tauren aujourd'hui. Je vais rejoindre mes frères Réprouvés. Nous nous reverrons sans doute pendant les pourparlers.

-Sans doute... je ne suis certes pas tenu d'y assister mais tout Orc est autorisé à être présent et je n'ai rien d'autre à faire. »

Sur ces paroles, Huruk prit congé de Nicolas et se dirigea vers la Porte Principale d'Orgrimmar, tenant à être parmi les premiers à accueillir l'ambassadeur tauren...
Huruk poussa un formidable cri de guerre et extirpa sa lourde hache de la poitrine du jeune Humain. Celui-ci regarda le guerrier Orc avec étonnement, tandis que son sang se répandait dans l'herbe verdoyante de la plaine de Stormwind, maculant les armures respectives des deux combattants. Il s'écroula finalement, laissant son gantelet de mailles relâcher la prise qu'il exerçait sur le bras de son adversaire. Huruk repoussa le corps sans vie du fantassin d'un violent coup de pied et se tourna vers les hautes tours d'ivoire de la citadelle de Stormwind, qui dominaient de toute leur grandeur le champ de bataille. L'Orc leva le poing en direction de ces flèches argentées qui semblaient les narguer lui et ses frères : bientôt, ils perceraient les hautes murailles de cette forteresse et déferleraient dans les rues de la cité, tel une impitoyable marée verte. Ils abattraient tous ceux qui se mettraient en travers de leur route, mettraient la ville à feu et à sang et renverseraient ses fiers donjons.

Huruk reporta son attention sur le combat. Il devait reconnaître que cette fois, ils étaient tombés sur de vrais adversaires, à la mesure de leur sauvagerie. Les rares paysans qu'ils avaient rencontrés après avoir franchi le Portail n'avaient pas suffi à satisfaire leur soif de sang, même si leur mise à mort avait été un réel plaisir pour tous les Orcs présents. Cette fois-ci, au contraire, ils avaient affaire à des soldats entraînés, valeureux, certains particulièrement puissants ou habiles. Cette armée représentait pour eux un véritable défi, défi qu'ils comptaient bien relever...

L'Orc chargea un Humain proche et envoya le tranchant de sa hache en direction de ses côtes. Celui-ci parvint à interposer son bouclier mais le choc de l'arme heurtant l'écu le déstabilisa et Huruk en profita pour porter une nouvelle attaque, cette fois-ci en direction des genoux. Le tranchant de la hache déchira l'armure et sectionna les tendons. Le fantassin s'écroula aussitôt et l'Orc l'acheva d'une puissante frappe qui broya indistinctement son casque et son crâne. Huruk ne prit pas le temps de souffler et enchaîna d'une nouvelle attaque portée contre un autre guerrier. Mais celui-ci fit un pas rapide en arrière et le fer meurtrier du combattant à la peau verte ne mordit que le vide. Celui-ci grogna et tenta encore une frappe, qui fut écartée par l'épée de son adversaire. L'Humain fit mine de frapper le bras droit d'Huruk mais dévia au dernier moment la trajectoire de son arme d'un geste souple et rapide. Huruk poussa un hurlement quand la lame d'acier entailla ses chairs au niveau de l'épaule gauche. Sa vision devint rouge, tandis qu'il libérait toute sa rage. Seul comptait cet avorton qui avait osé le toucher... il ne percevait plus rien d'autre que ce guerrier en armure. Il s'élança vers lui en hurlant, laissant libre cours à sa fureur. Le temps entre ses attaques devint plus court, tandis que la force de ses coups augmentait. Le visage de l'Humain devint blême lorsqu'il comprit à quel point sa frappe avait rendu son adversaire frénétique. Il tenta tant bien que mal de reculer, esquivant, bloquant et parant les attaques qui s'intensifiaient à mesure qu'il les déviait. Submergé par la cadence des frappes qu'il subissait, l'Humain ne pouvait presque pas riposter sans découvrir sa garde. Il trébucha finalement contre un cadavre et dut lâcher son épée pour conserver son équilibre. Huruk crocheta aussitôt sa nuque à l'aide de sa main libre et lui administra un terrible coup de tête. L'Orc brisa le nez de l'Humain dans un craquement sinistre avant de fendre son casque d'un violent coup de hache. Le combattant s'écroula, souillant l'herbe verte du sang qui coulait abondamment de sa tempe.

Huruk poussa un hurlement de victoire et regarda autour de lui à la recherche d'une nouvelle cible. Ce qu'il vit fit naître en lui une joie sanguinaire : l'armée ennemie battait en retraite. L'Orc vit des centaines de guerriers portant la livrée bleue d'Azeroth se replier vers les blanches murailles de la citadelle de Stormwind. Il eut un sourire carnassier qui révéla ses longs crocs jaunis. A l'instar de tous ses frères d'armes, quel que soit leur clan ou leur rôle, il se dirigea vers la forteresse ennemie. Il aperçut les autres guerriers du clan Warsong et alla les rejoindre. Tout autour de la cité, les Orcs se réunissaient avec les membres de leur clan en prévision de l'assaut final. Des cornes de guerre et des cris d'exhortation résonnèrent à travers la plaine, et les Orcs commencèrent à charger...

Huruk se sentait puissant entouré de ses frères d'armes. Rien ne semblait pouvoir stopper la titanesque armée qui se dirigeait en beuglant vers la cité. Et pourtant, tout ne se passa pas comme les chefs Orcs l'avaient prédit. Ils leur avaient annoncé une forteresse facile à prendre, à peine défendue par une poignée de soldats démoralisés par l'imminence de leur propre destruction. Au lieu de cela, ils furent cueillis par des nuées de projectiles : alors qu'il leur restait une cinquantaine de mètres à parcourir avant d'atteindre le pied du mur, des archers postés en nombre sur les remparts et dans les tours firent pleuvoir sur eux des volées de flèches. Le premier rang de guerriers fut fauché par les traits meurtriers empennés de bleu et de blanc. Huruk entendait siffler autour de lui des centaines de flèches. Il y avait tellement d'assaillants qu'aucune d'entre elle n'était perdue. Il vit un projectile s'enfoncer dans la gorge de son ami Zorg, tranchant la jugulaire. Huruk fut arrosé du sang de son compagnon et vit celui-ci s'effondrer dans la poussière. Pour la première fois depuis longtemps, l'Orc sentit monter en lui la peur. Mais il la chassa aussitôt : la peur était un sentiment honteux pour un membre de sa race ! Il devait se concentrer sur le combat. Le cri de guerre de son chef couvrant les hurlements d'agonie des blessés eut pour effet de faire renaître en lui la volonté de vaincre. Il se rua vers une échelle que les Orcs avaient réussi à placer contre le mur et tâcha de grimper, suivi de près par une dizaine d'autres Warsong. Repoussant l'Humain qui tentait de l'arrêter, il parvint à prendre pied sur le rempart et ce qu'il vit le frappa de stupeur. Les archers étaient beaucoup plus nombreux qu'il ne l'avait imaginé : sur tout le pourtour de la muraille se tenaient des légions de tireurs dont l'armure luisait au soleil. Mais Huruk ne pouvait se laisser distraire par l'aspect fascinant de la scène : ces archers étaient en train de faire pleuvoir la mort sur l'armée orque et chaque nouvelle salve qu'ils avaient l'occasion de tirer prélevait un lourd tribut chez les siens.

Le premier archer qu'Huruk rencontra était tellement occupé à viser l'un des nombreux Orcs qui s'étalaient à ses pieds qu'il ne réalisa pas la présence du guerrier avant que celui-ci ne lui ait enfoncé le tranchant de sa hache entre les côtes. L'Humain s'écroula dans une mare de sang et Huruk courut en direction du suivant. Celui-ci l'aperçut bien plus tôt que le premier et lui décocha une flèche. L'Orc sentit une douleur fulgurante lui traverser la cuisse et trébucha. A genoux, ses mains cherchèrent désespérément un objet capable de le sortir de cette situation, tandis que l'archer empennait déjà une nouvelle flèche. Les doigts verts d'Huruk se refermèrent alors sur une longue hampe de bois... la lance que l'archer qu'il venait de tuer utilisait au corps à corps ! Son heure n'était pas venue... Poussant le cri des membres de son clan, il se redressa et projeta de toute sa force l'arme en direction de son adversaire. Celui-ci fut trop surpris pour esquiver et le fer transperça sa poitrine au niveau du plexus avant de ressortir dans son dos. Portant les mains au niveau de sa blessure, il tenta de marcher vers l'Orc à terre, un filet de sang s'écoulant de sa bouche. Il ne parvint qu'à tituber sur quelques mètres, avant de trébucher contre un créneau et de basculer par-dessus le rempart.

Deux des compagnons d'armes d'Huruk le rejoignirent et l'aidèrent à se relever. Tous trois portaient la livrée rouge du clan Warsong, et tous trois avaient décidé de faire honneur à cette livrée. Mais alors qu'ils s'apprêtaient à attaquer de nouveaux archers, la garnison de Stormwind leur révéla une nouvelle de leurs armes. Aux fenêtres des tours apparurent d'imposants engins de siège, ressemblant à de grandes arbalètes. Huruk et ses amis comprirent avec effroi que ces machines répondaient exactement au même concept lorsqu'elles firent feu dans les rangs orcs. Des dizaines de longs pieux fusèrent vers les guerriers à la peau verte, transperçant quiconque se trouvait dans leur sillage. Une cinquantaine d'assaillants furent fauchés par les redoutables traits délivrés par les balistes. Huruk sentit le doute s'emparer de ceux qui étaient aux pieds de la muraille. Les Humains choisirent ce moment pour révéler la dernière de leurs armes : deux boules de feu vinrent éclater dans les lignes orques, tandis qu'une pluie de glace frappait les guerriers les plus reculés. C'en était plus que ce que les Orcs pouvaient encore supporter. Leur moral fortement affaibli par les vagues de projectiles successives s'effondra totalement devant ces maléfices. Même les chefs durent se rendre à l'évidence : il fallait fuir, bien qu'une telle décision ne les enchante guère. Huruk entendit les ordres de repli et étouffa un juron. A l'instar de ses frères, il ne désirait pas fuir... mais tous savaient qu'un tel ordre était nécessaire. Il courut donc en direction de l'échelle qu'il avait utilisée pour monter et redescendit dans la plaine. Autour de lui, le spectacle était désolant : le champ de bataille était couvert de cadavres orcs et des flèches continuaient de siffler à ses oreilles, abattant régulièrement un des survivants qui se repliaient.

Huruk s'élança en direction des membres de son clan : il devait les rejoindre au plus vite car, isolé comme il l'était, il constituait une cible de choix pour les archers, voire pour les deux lanceurs de sorts vêtus de pourpre, qu'il avait aperçus avant de quitter le rempart. Alors qu'il avait parcouru la majeure partie de la distance le séparant des fuyards et évité les nombreux tirs qui lui étaient destinés, les portes de la cité s'ouvrirent pour laisser place à un bataillon de chevaliers en armure étincelante qui galopèrent en direction des Orcs en fuite. Les rares guerriers qui se trouvaient encore derrière Huruk furent décimés par la charge de cavalerie, mais lui put rejoindre les siens avant d'être rattrapé. Les paladins cessèrent leur course en voyant que tous les Orcs isolés avaient rejoint le gros des troupes, et firent volte-face pour rejoindre Stormwind. De son côté, Huruk fut pris d'une violente fatigue. Il se rendit compte que l'adrénaline lui avait presque fait occulter la douleur lancinante qui lui traversait la jambe. Maintenant qu'il était arrêté, cette douleur se manifestait au centuple. L'Orc s'écroula sur le sol, respirant difficilement. Il s'allongea sur le dos et son regard commença à se voiler. Il entendait à peine ses compagnons d'armes s'agiter autour de lui, toute son attention étant captée par la souffrance qu'il éprouvait. Il entendit une voix étouffée prononcer son nom à plusieurs reprises avant de sombrer dans l'inconscient...[/I]
Juché sur son imposant kodo brun, Zangdar remontait aux côtés de l'émissaire Orc la longue route poussiéreuse qui les mèneraient jusqu'à Orgrimmar. Au-dessus d'eux brillait un soleil de plomb, qui dardait ses rayons sur toute la région de Durotar. Un temps idéal pour les serpents, pensa Zangdar en apercevant une vipère lovée sur un rocher. Ils parcoururent ainsi plusieurs kilomètres avant d'arriver en vue du village de Tranchecolline à la nuit tombante. Ils passèrent la nuit à l'auberge et repartirent le lendemain aux aurores. L'aubergiste leur indiqua la route à suivre, leur annonçant un voyage de plusieurs heures à travers les falaises et les ravins. Les deux compagnons de route quittèrent donc Tranchecolline pour se diriger vers le Nord. En milieu d'après-midi, ils parvinrent enfin en vue de la forteresse orque. Zangdar en eut le souffle coupé : la seule image qu'il avait de la cité était celle qu'il s'était forgée à partir des récits de ceux qui s'y étaient rendus... et ce qu'il voyait surpassait largement cette image : de hautes murailles de pierre, une grande porte gardée par un groupe de grunts particulièrement expérimentés, des guetteurs trolls dans des tours fortifiées... cette cité semblait imprenable.

Alors qu'ils se trouvaient encore à une centaine de mètres de la porte principale, Zangdar vit s'approcher un Orc chevauchant un loup. Cet Orc s'arrêta lorsqu'il arriva à leur niveau et, après avoir salué le compagnon de route de Zangdar, s'adressa au Tauren en ces termes :
« Salutations ! Tu dois être celui que Cairne a envoyé ici en tant que diplomate. Je me prénomme Huruk. Je te souhaite la bienvenue en notre auguste cité et me propose de te conduire jusqu'à notre chef vénéré, le Seigneur Thrall.
-Salutations Huruk ! Je suis effectivement l'envoyé de Cairne, venu parler au nom des Tribus. Mon nom est Zangdar et j'accepte très volontiers ton offre, guerrier.
-Très bien... dans ce cas suis-moi, je vais te conduire à la Vallée de la Sagesse où siège notre chef de guerre. »

Le Tauren s'engagea ainsi à la suite d'Huruk au coeur de la forteresse d'Orgrimmar, franchissant à dos de kodo les grandes portes qui en marquaient l'entrée...
Le centaure brisa la porte d'un violent coup de sabots et pénétra dans la demeure du chef tauren. Il aperçut aussitôt, blottis dans un coin, une jeune femelle et son fils. Il eut un sourire carnassier : enfin de la chair vraiment fraîche, moins rugueuse que celle des guerriers endurcis que lui et ses frères avaient abattus. Il s'approcha des deux Taurens et tendit une main avide vers eux. Ce fut le moment choisi par la mère pour révéler le tromblon qu'elle avait dissimulé. Avant que le centaure n'ait pu réaliser ce qui se produisait, il y eut une détonation. La créature hybride fut projetée en arrière, le torse défoncé par la volée de plombs avec lesquels le tromblon avait été chargé. La jeune Taurène accrocha l'arme à feu dans son dos, remerciant intérieurement son père de la lui avoir confiée, et s'empara de la lance du centaure : une pointe acérée et courbée, une hampe enveloppée dans une peau couverte d'écritures. Aucun doute n'était permis : une telle lance n'avait pu appartenir qu'à un Tauren. Son ancien porteur était vengé !

La Taurène sortit de son habitation, portant son fils contre sa poitrine de son bras gauche, conservant libre sa main droite pour se servir de la lance. Il faisait nuit mais les multiples incendies allumés par les centaures éclairaient le village comme en plein jour. Des ombres de centaures parcouraient la zone au grand galop, leurs armes à la main. De temps en temps, on entendait des cris, des bruits de lutte puis le hurlement d'agonie d'un Tauren. La mère jeta un coup d'oeil rapide autour d'elle et s'élança hors de sa demeure. Si elle pouvait rejoindre l'enclos aux kodos, elle pourrait s'enfuir. Malheureusement, au bout de quelques mètres, elle entendit l'exclamation d'un centaure. Elle fut aussitôt coursée par trois créatures hybrides. Celles-ci eurent tôt fait de la rattraper et de l'encercler. L'un des trois hommes-chevaux s'esclaffa :

« Voilà une proie facile pour nous détendre après notre combat mes frères !

-Deux proies faciles Garz ! Regarde mieux : elle a le dessert avec elle !

-Eh bien nous n'avons qu'à nous servir ! Molgorth, tu l'as vue en premier : à toi l'honneur ! »

Le centaure ne se fit pas prier et s'avança vers les deux Taurens, sortant de sa ceinture un couteau à longue lame. Il tenta de saisir le bras de la jeune Taurène, mais celle-ci utilisa son arme. La lame de la lance fendit l'air et son tranchant sectionna la main de la créature.

« Qui vous a parlé de proie facile immondes bêtes ? Sachez qu'il vous faudra faire preuve de plus de discernement la prochaine fois que vous vous attaquerez à la fille d'Ikar, chef des Stormhoof.

-Mais c'est qu'elle se défend la garce ! Viens Garz on va lui apprendre la docilité. Molgorth, on te laissera le soin de l'achever quand on en aura fini avec elle.

-Je doute que votre ami achève qui que ce soit : il a les veines du poignet tranchées. Il n'ira pas loin...

-Très bien... mais au moins aurai-je la satisfaction de le venger.

-C'est ce que l'on va voir. »

Les deux centaures se jetèrent tels une seule entité sur la Taurène, tandis que leur compagnon tentait désespérément de stopper l'hémorragie à l'aide d'un morceau de tissu. Le premier tenta de lui porter un coup de gourdin qu'elle esquiva sans difficulté avant de riposter. La lance trancha les chairs de la bête, laissant sur son flanc une longue estafilade. Dans le même temps, l'extrémité de la hampe vint frapper avec violence le plexus du second agresseur. Celui-ci lâcha sa massue, le souffle coupé. La lame siffla de nouveau et traça un profond sillon sur la joue du premier assaillant. Ce dernier hurla de douleur.

« Sale femelle ! Tu regretteras de t'être opposé à nous. Vous allez périr, toi et ton immonde bâtard...

-Encore faudrait-il que vous sachiez vous servir de vos armes. »

Le centaure poussa un cri de rage et se jeta une nouvelle fois sur sa cible. La massue frappa une fois encore le vide et la jeune mère donna un vigoureux coup de cornes à son adversaire. Ce dernier parvint à parer in extremis, mais la violence du choc le déstabilisa. La lance manqua de trancher ses jambes, l'obligeant à se cabrer. Un coup porté avec le plat de la lame acheva de le déséquilibrer et il s'effondra sur le sol. La pique transperça son épaule, le clouant au sol et lui arrachant un cri de rage et de douleur. Un instant plus tard, il se retrouva avec un sabot plaqué contre la joue.

« Ton heure est venue abjecte créature...

-Qu'importe ! La tienne suivra de peu ! A moi mes frères ! Par i... »

Un violent coup de sabot mit fin à ses hurlements. La Taurène arracha vigoureusement la lance du corps du centaure et s'en servit pour empaler celui qui tentait toujours de retrouver une respiration normale. Ceci fait, elle reprit sa course en direction de l'enclos où devaient être parqués les kodos.

Son fils était étrangement calme, blotti dans le bras de sa mère. Celle-ci, au contraire, avait le coeur qui battait la chamade. Elle arriva enfin en vue de la clôture qui délimitait l'espace réservé aux montures et ce qu'elle vit fit naître en elle le désespoir : tous les kodos avaient été abattus par un groupe d'une douzaine de centaures qui était en train d'achever le dernier encore vivant. Tout était perdu... un centaure l'aperçut soudain et s'élança dans sa direction, suivi de près par ses congénères. La Taurène enfonça ses sabots dans le sol, prête à faire face à la charge de ses adversaires. Fuir était devenu vain. Si elle devait mourir, au moins en emporterait-elle un maximum avec elle dans la tombe.

La première créature s'écroula au moment même où il arrivait au niveau de sa cible, une jambe tranchée par la lance que la Taurène maniait avec une grande habilité même avec une seule main. Les onze autres arrivèrent peu après et l'encerclèrent rapidement. La jeune mère tenait tant bien que mal les assaillants à distance grâce à son arme, mais ceux-ci parvinrent à passer sa garde. L'un d'entre eux se cabra et lui donna un violent coup de sabots dans la tête. Elle fut projetée par la violence du choc et s'effondra sur le sol. Son fils et son arme lui échappèrent et glissèrent loin d'elle. Les assaillants se concentrèrent alors autour de la Taurène à terre et commencèrent à la piétiner avec une sauvagerie peu commune. Son fils se mit à pleurer en entendant les hurlements d'agonie de sa mère, mêlés aux rires et aux voix graves des centaures.

Quand ceux-ci eurent mis fin au supplice de leur victime, ils laissèrent son cadavre désarticulé et roué de coups sur le sol, baignant dans une mare de sang. L'un des hybrides se tourna alors vers le jeune Tauren qui hurlait à la mort et s'approcha de lui avec un sourire malsain. Dans le ciel, un nuage chassé par le vent laissa place aux deux lunes de Kalimdor. La scène fut baignée d'une lueur surnaturelle et la bête qui s'apprêtait à prendre le bébé recula en hurlant. Il ressentait des brûlures atroces sur tout le corps et il commença à fumer. Sa peau se décrochait comme si elle était dévorée par les flammes. Portant les mains à son visage il commença à se rouler par terre, comme pour éteindre un feu que nul ne pouvait voir. Stupéfaits, ses congénères restaient autour de lui, incapables d'esquisser le moindre geste pour venir en aide à leur compagnon, dont la voix finit par s'éteindre lorsque son corps fut entièrement consumé. Un centaure pointa un doigt en direction du jeune Tauren :
« Il est maudit ! Nous ne pouvons rien lui faire ! Mieux vaut laisser la faim, le froid ou les bêtes sauvages se débarrasser de lui. Fuyons avant que le maléfice ne nous touche nous aussi ! »
Les autres approuvèrent et repartirent au galop en direction du village tauren toujours en flammes, laissant le bébé seul et hurlant dans la nuit.

Un rayon de lune éclaira la petite silhouette et ses cris cessèrent aussitôt. Le jeune Tauren se calma et sa respiration se régula petit à petit. Il finit par s'endormir, serein, sous la protection d'Elune...
Hamburg'ork progressait dans les montagnes d'Alterac, se dirigeant vers le nord. A chaque pas qu'il faisait, il s'enfonçait dans la neige. Cependant, ayant vécu dans ce climat hostile pendant des années, les températures extrêmes qui régnaient ne l'incommodaient que très peu, d'autant qu'il utilisait le soutien des Esprits lorsque le besoin s'en faisait sentir.

Soudain, il entendit des voix. Le langage qu'elles utilisaient lui était inconnu mais il reconnaissait le côté rugueux de la langue naine. Il se dissimula donc derrière un rocher et attendit quelques minutes. Trois Nains apparurent, armés de tromblons. Ils portaient la livrée rouge et jaune du clan Stormpike et Hamburg'ork sentit monter sa haine : il s'agissait du clan qui tentait de chasser les Frostwolf d'Alterac afin de piller les ressources de la région.

Même si ces Nains appartenaient à l'Alliance, il ne leur accordait pas le respect avec lequel il considérait les Wildhammer et les Bronzebeard. Il avait combattu aux côtés de ces derniers au pied du Mont Hyjal et il savait que même s'ils étaient aujourd'hui ses ennemis, ils étaient des êtres nobles. Au contraire, il voyait les Stormpike comme des charognards venus ici assouvir leur maladive cupidité. Il vit les trois Nains faire quelques pas dans la neige, s'éloignant petit à petit de l'endroit où il était dissimulé. Mais au moment où il se croyait hors de danger, l'un des guerriers montra à ses compagnons quelque chose sur le sol. Le chaman devint livide en comprenant qu'il s'agissait des empreintes qu'il avait laissées dans la poudreuse.

Les Nains s'emparèrent de leurs armes, faisant comprendre à l'Orc que leurs intentions n'étaient pas pacifiques. Surgissant de sa cachette, il projeta un puissant éclair en direction de l'un de ses adversaires. La décharge fusa vers le Nain et le frappa en pleine poitrine, le projetant à plusieurs mètres. La cible de l'Orc s'effondra dans le grand manteau blanc qui couvrait le sol, les mailles de son armure noircies et fumantes là où la foudre avait frappé. Ses deux compagnons se ruèrent vers Hamburg'ork, bien décidés à venger leur frère. Le combattant à la peau verte se saisit de la masse qui pendait à sa ceinture et du bouclier qu'il portait dans le dos. Le vent se mit à souffler dans l'entourage direct de l'arme, tandis que le chaman invoquait les Esprits. L'Air lui accordait sa vitesse et sa précision. Poussant un cri de guerre, il se jeta contre les deux êtres trapus qui l'attaquaient en faisant tournoyer son marteau. Celui-ci siffla et vint percuter un Nain de plein fouet. Celui-ci en eut le souffle coupé et tenta tant bien que mal de repousser les attaques de l'Orc qui devenaient de moins en moins espacées au fur et à mesure que sa masse se gorgeait de l'énergie des vents. Finalement, l'Orc parvint à passer sa garde et fit pleuvoir sur lui une volée de coups avec une cadence presque surnaturelle. Le guerrier barbu chuta lourdement dans une mare de sang, le crâne fracassé, les côtes enfoncées et un bras brisé. Hamburg'ork se retourna pour faire face au dernier de ses adversaires. Celui-ci n'était toujours pas arrivé à son niveau, peinant visiblement à se mouvoir dans l'immense étendue de neige qui lui arrivait au niveau des cuisses. Le chaman demanda l'aide de l'esprit de la Terre et concentra la puissance que celui-ci lui accordait dans ses paumes. Enfin, il projeta l'énergie accumulée sur son opposant. L'horion enfonça son armure, brisa le tonnelet de bois qu'il portait à la ceinture, répandant la bière qu'il contenait sur le sol et déforma son casque. Malgré cela, le barbu se releva et saisit son tromblon. Devant l'imminence du danger, le chaman se hâta de conjurer la foudre. L'air autour de ses mains crépita, laissant parfois apparaître de petites étincelles électriques. Alors que le guerrier épaulait son fusil, le chaman libéra l'énergie condensée dans ses paumes et une pluie d'éclairs vint frapper sa cible. Cependant, plutôt que de tout consommer en une seule frappe ponctuelle, Hamburg'ork décida de répartir son attaque sur la longueur, arrosant ainsi son adversaire d'un flot électrique ininterrompu qui formait un arc entre les mains du chaman et le corps de son ennemi. Lorsque l'Orc stoppa son attaque, le Nain était étendu sur le sol, grimaçant de douleur et le corps dégageant de maigres fumerolles. Malgré son état plus que critique, il tenta de se relever mais fut renvoyé au sol par un nouvel horion qui lui brisa le nez dans un craquement sinistre. Au grand étonnement d'Hamburg'ork, et contrairement à ses intentions, ce nouveau choc ne parvint pas à l'achever. Peu désireux de laisser souffrir son adversaire, condamné par son état, le chaman concentra une dernière fois la puissance de la foudre et le frappa au niveau de la nuque, le tuant sur le coup.

Replaçant sa masse et son bouclier à leur place initiale, Hamburg'ork reprit sa route en direction du nord, décidé à atteindre Orgrimmar quoi qu'il arrive.
La puissante armée orque évoluait dans les collines d'Arathi. Thrall, le jeune Orc sauvé par le clan Frostwolf quelques mois plus tôt s'était révélé être le fils perdu de Durotan et de Draka, l'ancien chef du clan et son épouse. Après quelques temps passés dans les montagnes avec ses frères de sang, il avait rencontré le seigneur de guerre de la Horde Orgrim Doomhammer. Ensemble, ils avaient décidé de rallier tous les Orcs libres et de détruire les camps d'internement où les Humains avaient enfermé les peaux-vertes vaincus à l'issue de la seconde guerre. Les guerriers Frostwolf avaient donc quitté leurs montagnes aux côtés de Doomhammer et avaient rejoint le clan Warsong et son chef Grom Hellscream. Ensemble, les deux tribus avaient déjà réussi à libérer les Orcs de trois camps, augmentant considérablement leurs effectifs. Ils étaient maintenant quelques centaines, aussi combatifs que la Horde d'antan, aussi tenaces qu'ils avaient été passifs quelques semaines plus tôt.

Aujourd'hui, c'était une véritable armée qui marchait sur le camp Thoras. Celui-ci se situait à l'extrémité est d'Arathi, sur les terres du royaume de Stromgarde. Ce camp était le plus éloigné de la forteresse de Durnholde, coeur du système, et c'est pourquoi Thrall, Dommhammer et Hellscream avaient choisi d'attaquer celui-ci. Ils comptaient ensuite marcher directement sur Durnholde pour mettre un terme aux agissements de Blackmoore, créateur et dirigeant des camps.

Cet Humain avait recueilli Thrall après la mort de ses parents et en avait fait un gladiateur condamné à combattre pour son propre compte. Le jeune Orc lui vouait depuis une haine sans bornes et il ne faisait aucun doute que la future attaque de la forteresse allait être d'une rare violence.
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