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Le nouveau fléau

Par Frédéric
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Le nouveau fléau

Il est un peu difficile aujourd'hui de se souvenir de comment tout cela a commencé, d'autant que j'ai fait partie des premiers contaminés. Nous n'étions qu'une poignée au début, puis avec le temps l'épidémie des réprouvés de la société s'est répandue. Petit à petit, au hasard d'une conversation, au détour d'un mot, nous avons découvert avec surprise que le vendeur, le garçon de café, le collègue, la femme du cousin puis le cousin lui-même évidemment, avaient à leur tour succombé au nouveau fléau.

Quand nous avons été assez nombreux, que la presse a commencé à parler de nous, les premiers signes extérieurs sont apparus. De simples tapis de souris, puis casquettes et T-shirt, cela a pris l'allure d'une véritable mode. On a commencé à croiser dans la rue des voitures magnifiquement peintes de fresques héroïques, des motos déguisées en mécatrotteurs. C'est à cette époque que de multiples cris d'alarme se sont fait entendre, des protestations virulentes, des campagnes de dénigrement. Certains des plus acharnés des contaminés se sont retrouvés en prison ou à l'asile, mais notre lobby a été si fort qu'ils ont obtenu un accès, et au moins ils ont pu continuer à jouer en ligne depuis leur cellule. De toutes façons, ce ne fut bientôt plus possible de nous enfermer, nous devenions trop nombreux ! Il y avait de bonnes chances pour que le juge soit lui-même en train de quêter depuis son portable pendant l'audience, alors il nous comprenait. Le système répressif a dû baisser les bras lorsqu'un important maître de guilde a été arrêté. Sur son chemin, on s'écartait, on s'inclinait, personne n'osa le menotter. Quand enfin il est arrivé au tribunal, ce fut pour recevoir les plates excuses de la cour.

Désormais, nous avions le champ libre. Bientôt plus personne ne s'étonna de voir passer dans la rue des gens en costume d'elfe, d'orc, de draenei. Les plus petits trouvèrent une légitimité incontestable en se faisant nains ou gnomes. Les grands baraqués devinrent taurens, malgré le côté malpratique des cornes qui ne passaient pas de face dans les portes. Les changements de genre devenaient courants, pour peu que le résultat soit sexy. La contagion continuait de se développer. Ceux que cela inquiétait, qui ne comprenaient pas ce qui nous arrivait et ce que devenait la société, prenaient un compte d'essai pour savoir enfin d'où tout cela venait, pour chercher un remède. Pauvre fous, ils succombaient à leur tour !
Lorsque le premier duel à l'épée eu lieu en place publique, avec un gros drapeau malicieusement tombé du ciel grâce à un grutier proche, les dernières bribes d'autorités tentèrent de se rebeller, mais un raid fut promptement organisé sur leur QG, et malgré la perte de quelques civils collatéraux, ils furent obligés d'abdiquer. Les capitales commencèrent à changer de nom, Londres et Paris devenant Forgefer et Hurlevent, après tout logique puisque depuis longtemps plus personne n'appelait l'Eurostar autrement que Tram des Profondeurs.

Ceux qui ne voulaient pas céder totalement à la migration du monde en Azeroth s'improvisèrent tout bêtement PNJ humains. Les commerçants continuaient à tenir boutique, échangeant leur tranquillité contre la promesse d'acheter à vil prix les moindres déchets gluants ou restes d'objets brisés qu'on leur apportait. Les flics troquaient leurs uniformes pour des armures assorties et apprenaient par coeur le plan des villes pour nous renseigner.

Pour les guerriers, les voleurs, les chasseurs, la transition se fit sans trop de difficulté. Mais les mages, prêtres et démonistes par exemple eurent plus de mal. Cependant, avec un peu d'acharnement rien d'insurmontable. Quoi de mieux par exemple qu'un bon vieux lance-flammes des familles pour simuler une pyro, ou d'accepter la vulgarité d'une carabine à répétition pourvu qu'on l'appelle noblement baguette d'ombre ? Même les druides finirent par s'adapter, encore que nul hors de leur cercle (cénarien bien sûr) ne sût comment.

Bref, tout allait pour le mieux dans le plus fantastique des mondes, où l'imagination était reine et l'enfant roi (en attendant le retour de son père). Aller au travail s'appelait farmer les PO, on montait des groupes pour aller au café, et les dames auxquelles nous avions juré allégeance (selon les cas mère ou femme) nous envoyaient faire des quêtes répétables consistant à ramener des provisions ou faire le ménage en échange d'importants gains de réputation. Parfois, elles donnaient des quêtes héroïques, où nous devions retrouver d'anciens bijoux par exemple, en s'y mettant à cinq ou dix aux compétences complémentaires pour monter les casses. La récompense de ces hauts faits était... à la hauteur, disons.

Tout cela nous paraissait normal, et nous n'étions pas fous pour autant, évidemment. Ce n'était qu'un jeu, simplement il pimentait un peu le quotidien, et permettait d'extérioriser nos pulsions. Certes il y avait parfois des morts, les cogneurs des villes neutres notamment ayant tendance à y aller un peu fort, y compris sur la pauvre victime qui ne faisait que se défendre, mais jusque là rien de nouveau sous le soleil. Et ça n'avait pas que des mauvais côtés. A part une étonnante inflation des pickpockets, il ne serait venu à personne l'idée de partir d'une boutique sans payer, même si le vendeur était un petit gringalet qui proposait des articles sympas certes, mais hors de prix.
J'avais troqué mon attaché-case contre un bel arc (épique, si-si), et je montais petit à petit ma compétence de tir. Les trois ou quatre lapins ou pigeons que je ramenais couvraient à peine mes frais de flèches, mais au moins je m'amusais. C'est lors d'une de ces excursions en forêt que j'ai commencé à me poser des questions, en fait. J'étais là, tout tranquille, à essayer désespérément d'amadouer un sanglier qui me regardait d'un sale oeil, les pattes dans le seau à glace que j'avais posé sur le chemin, quand une raclure de voleur me prit - évidemment - en traître. Il était vêtu comme un ninja, quasiment transparent et silencieux, je ne l'ai pas du tout senti arriver avant que sa dague me perce le flanc, tandis que de l'autre main il m'égorgeait avec un rire sadique. J'eus à peine le temps de lui faire un geste grossier que je m'effondrai au sol, mort.

En fait, là où j'ai vraiment commencé à me poser des questions, c'est quand je me suis réveillé au cimetière. Le monde avait une drôle de couleur, le ciel chargé comme un orage, et un joli fantôme m'indiquait gracieusement la direction de mon corps pour que j'aille le récupérer, à moins que je préfère être ressuscité sur place, quitte à me retrouver en guenilles avec un arc tout fendillé. Oui, là je me suis vraiment demandé où j'en étais.
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