Fanfiction World of Warcraft

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La secte: Ferals

Par Ephira#576
Les autres histoires de l'auteur

Chapitre 1 : Shade Écume du jour

Chapitre 2 : Réunion au sommet

Chapitre 3 : Les Entrailles, carnage

Chapitre 4 : Témoin gênant

Chapitre 5 : Sanctuaire bafoué

Chapitre 6 : Grimoires poussiéreux

Chapitre 7 : La traque

Chapitre 8 : De l'intérêt de se taire

Chapitre 9 : Démons et dragons

Chapitre 10 : La théorie du portail

Epilogue

Après l'accident, je reprenais péniblement conscience. Allongée dans l'herbe, je constatais que mon bras droit était cassé... Je ne m'en étais pas si mal sortie, pour quelqu'un qui tombait du ciel. Réprimant un gémissement, je m'asseyais et vérifiais que j'étais entière. Mon examen fut concluant : j'étais blessée, déboussolée, seule dans la nuit mais, contre toute attente, je vivais. Je scrutais la voûte étoilée, perplexe.

Mes derniers souvenirs remontaient à quelques heures auparavant, dans l'Exodar. Les techniciens avaient signalé un léger problème au niveau des moteurs et on avait conseillé aux passagers de retourner se coucher. Personne n'avait semblé inquiet: l'Exodar, doté des dernières technologies des naarus, était indestructible, tout le monde savait cela. La bonne blague !

Je soupirais: j'aurais dû rester à Shattrath. L'invasion de la Légion Ardente me paraissait soudain plus facile à affronter que cette étrange planète sur laquelle nous nous étions écrasés. Le paysage ne ressemblait en rien à celui de mon Outreterre natale. Au loin, je pouvais apercevoir l'épave de l'Exodar et, un peu partout autour de moi, des modules qui s'étaient détachés du vaisseau. Le sol était jonché de cristaux brisés qui diffusaient une lumière rosâtre tremblotante et je me surprenais à m'inquiéter pour la vie sauvage de cet endroit que nous avions certainement anéantie.

Je sursautais brusquement en entendant des bris de verre tinter. Sur quelle planète de dingues avions-nous... atterri ? Quelque chose approchait et je me préparais sans trop d'espoir à faire face. Ma main tremblait lorsque j'essayais d'invoquer une boule de feu et je n'obtenais qu'une flammèche vacillante. Elle ne suffirait pas à me défendre et je m'en rendait compte un peu tard. Alors que j'avais décidé de vendre chèrement ma peau, je croisais enfin le regard de la chose qui approchait.

Des yeux bleus étrangement semblables aux miens, si lumineux...

La silhouette d'un draeneï en armure de cuir se détacha soudainement sur le ciel, la lune lui faisait comme une auréole. J'ai honte de l'avouer mais je croyais pendant quelques secondes que j'étais morte et qu'un ange venait me chercher. Il se pencha sur moi avec sollicitude et je réalisais enfin qu'il était réel. Il me souriait :

- Vous êtes vivante? On peut dire que vous avez de la chance! Jusque-là, j'ai retrouvé plus de morts que de rescapés. Je suis Megelon. Vous allez bien?
- Je suis Shade Ecume du jour, me présentais-je. Je crois que j'ai un bras cassé. . . vous allez me soigner? Je crois que j'ai perdu mon frère, Erekor... Il faut que vous le trouviez aussi ! Il doit être blessé, en plus il se plaint toujours quand il a mal.

Parler de mon jumeau me faisait du bien. J'étais certaine qu'il attendait quelque part qu'on vienne le chercher... il n'avait jamais été très débrouillard ! Megelon me souriait, l'air un peu triste et m'expliquait d'un ton apaisant:

- J'ai fini de ratisser la zone. Si votre frère est tombé par ici, on le retrouvera au module là-bas. J'y ai réuni tous les survivants que j'ai trouvés et on commence à enterrer ceux qui n'ont pas eu notre chance. Un prêtre prend soin des blessés. Il va bien s'occuper de vous et, ensuite, nous chercherons votre frère, d'accord?

Je hochais la tête, perdue. Cela faisait beaucoup trop d'informations pour mon pauvre cerveau encore sous le choc et j''acquiesçais sans trop comprendre. L'homme semblait comprendre mon désarroi. Il me soulevait dans ses bras avec douceur et se mettait en marche en direction du module qu'il m'avait indiqué. La perspective d'y retrouver mon frère jumeau me donnait la force de rester consciente. Je m'endormais sans doute, malgré tout, car je me réveillais sur une paillasse de lin tressé, le bras dans une attelle et l'esprit plus clair.

Non loin de moi, Megelon discutait avec un homme et une femme. Il paraissait épuisé mais je l'entendais plaisanter. Il pointait du doigt ce que je supposais être la direction de l'épave de l'Exodar et lançait sur un ton moqueur:

- Voilà ce qui arrive quand on laisse les femmes conduire !

La draeneï avec qui il discutait levait les yeux au ciel et semblait retenir difficilement une réplique désobligeante. C'est elle, la première, qui remarquait que j'avais rouvert les yeux. Elle me saluait et se présentait comme dame Zhanaa, technicienne. Le prêtre s'approchait à sa suite et me disait avec un sourire d'encouragement:

- Je suis Zalduun. Ça me fait plaisir de voir que vous êtes en bon état mademoiselle...Shade ? C'est bien cela ? Vous êtes autorisée à vous lever, votre bras ne doit seulement pas être brusqué.

Je confirmais rapidement mon nom et posait un regard implorant sur Megelon :

- Vous avez retrouvé mon frère ? Non bien sûr...si vous l'aviez trouvé, Erekor serait à mes cotés n'est-ce pas ? Est-ce qu'il aurait pût tomber ailleurs?

L'homme qui était venu à mon secours semblait soudain perdre tout ses moyens:

- C'est à dire...je suis tellement désolé, balbutiait-il.

Je bafouillais quelque chose qui ressemblait à « La Lumière soit maudite, non pas ça ! » et bondissais sur mes pieds, toute ma vigueur soudainement retrouvée. Je me précipitais à l'extérieur du module et me sentais inexorablement attirée par une rangée de tombes fraîchement creusées.

Au fond de l'une d'elles, pas encore rebouchée, je croisais le regard fixe de la dépouille encore fumante de mon jumeau. Sans même remarquer les mains compatissantes de Megelon et Zalduun qui s'étaient posées sur mes épaules, je hurlais à m'en arracher la gorge:

- EREKORRRRRRRRRR !

J'hurlais si fort que je me réveillais en sueur dans le lit de ma petite chambre d'auberge à Dalaran. Je repris difficilement ma respiration. J'aurais pourtant dû être habituée: le même cauchemar venait hanter chaque nuit de mon existence depuis ce jour terrible où l'Exodar était tombé du ciel. A mes cotés, Megelon s'agita et entrouvrit deux yeux ensommeillés. Il ne me demanda même pas ce qu'il m'arrivait: depuis 5 ans que nous étions mariés, il avait eu le temps de s'habituer. Il passa sa main dans mes cheveux avec douceur pour me rassurer et chuchota:

- Ça va passer Shade, rendors-toi, ma princesse.

J'hochais la tête, moyennement convaincue et m''emparais de la fiole de somnifère à base de Feuillerêve qui ne quittait jamais ma table de nuit. J'expédiai son contenu au fond de mon gosier et grimaçais: l'alchimiste m'avait assuré que cette potion était celle qui avait le moins de goût. Je n'osais pas imaginer le goût de la plus mauvaise !

Je me rendormis rapidement en songeant à ma réunion du lendemain. Le Kirin Tor ne tolérait pas que ses membres ronflent pendant le Conseil. Jamais. Il faudrait faire attention. Très, très attention. J'avais besoin de ce boulot.

Comme chaque lundi, le Conseil des mages du Kirin Tor siégeait au Salon Violet dans la Citadelle Pourpre, présidé par l'archimage Rhonin. Nous avions pris soin de bloquer le téléporteur afin d'empêcher des aventuriers en mal d'exploration de venir troubler notre réunion.

Je m'ennuyais à mourir en écoutant ces vieux barbons se disputer sur le budget qui serait consacré à la rénovation de la banque hordeuse (une expérience malheureuse d'un ingénieur débutant). En tant que responsable de la gestion des tensions entre la Horde et l'Alliance, je me sentais très peu concernée. Je sursautais en entendant prononcer mon nom et réclamais, les joues en feu:

- Pardonnez-moi, seigneur Rhonin, mais je crains d'avoir mal compris...
- Mademoiselle Shade Écume du jour, je vous ferai la grâce de me répéter mais soyez avertie que c'est bien la dernière fois. Je disais donc, comme le savent déjà tous ceux qui étaient attentifs, que nous avons une affaire de meurtre à élucider et que c'est vous qui en êtes chargée. Un assassin rôde dans nos égouts !

J'écarquillais les yeux, incrédule: la population des sous-sols de la ville était composée, en majorité, de voleurs et malandrins. Personne ne s'était jamais donné la peine de s'inquiéter de ce qui se tramait en dessous des rues joliment pavées.

Un humain aux cheveux bruns et au sourire faux se leva. J'avais retenu son nom car il prenait sans cesse un malin plaisir à me contrarier. Il répondait au prénom d'Erato et avait pour responsabilité de gérer l'évacuation des déchets magiques de la cité.

- Nous retrouvons des morts tous les jours, protesta-il. Les vapeurs toxiques font une bonne dizaine de victimes chaque mois...Tant que la population ne se doute de rien, je ne vois pas pourquoi on dépenserait de l'argent pour se débarrasser des corps. Pourquoi ne pas faire comme d'habitude ? Les pensionnaires du Fort Pourpre ne sont pas très regardants sur la nourriture. A vrai dire, ils n'ont pas tellement le choix! Tenez! Saviez-vous que, depuis nos expériences pour concevoir des potions de mana plus efficaces et à moindre coût, le taux de criminalité a baissé de près de 60%?

Je posais une main sur ma bouche, révulsée. J'avais beau travailler avec ces humains depuis quelques temps, leur moralité douteuse me dégoûtait toujours autant.

- Je ne nie pas que laisser la lie de la société agoniser dans les égouts ne soit pas une solution efficace, mais je doute que le peuple, s'il l'apprenait, apprécierait beaucoup vos méthodes.

Contrairement à d'habitude, l'archimage Rhonin ne céda pas. Il se tourna vers moi pour me donner plus de détails sur ces crimes que je me retrouvais à devoir résoudre, bien malgré moi. Il m'expliqua d'une voix tendue:

- Une bonne dizaines de corps ont été retrouvés en pièces détachés. Des Hordeux comme des Allianceux. Pour être honnêtes, ils étaient hachés si menu que les gardes n'ont même pas réussi à déterminer le nombre exact de victimes...

Je me tournais vers Erato et lançais, malicieuse:
- Ou bien vos déchets magiques et toxiques deviennent franchement agressifs et vous devriez les tenir en laisse ou alors il y a quelque chose qui rôde dans nos souterrains.

Je retenais difficilement un sourire de triomphe en voyant le regard haineux qu'il me lança ainsi que ceux, soudainement soupçonneux à son égard, de ses collègues.

- Comme toujours, la Horde accuse l'Alliance et inversement...Comme vous pouvez le constater, cela entre donc totalement dans votre juridiction.

Vous devez me ramener ce sauvage avant que la situation ne dégénère. Vous irez voir l'intendant Alvareaux, il vous fournira un sauf-conduit qui vous permettra d'entrer dans le sanctuaire du Saccage-Soleil. Vous parlez bien les langues de la Horde?

Je hochais la tête, dépassée par les événements. Je tombais des nues: hier encore, je m'occupais de régler quelques différents entre des aventuriers au sale caractère et voilà que je me retrouvais embarquée dans cette histoire d'assassinat ! Alors que je me levais pour partir à la recherche de l'archimage Alvareaux (on ne m'avait guère laissé le choix de toute façon), Rhonin me rappela et me conseilla amicalement:

- Shade? Soyez prudente, s'il vous plaît. Vous êtes un bon élément et ça m'ennuierait vraiment que vous soyez retrouvée la gorge tranchée, dans une mare de sang, au fin fond des égouts. Faites attention à vous, c'est un ordre, d'accord ?

Je lui adressais un petit sourire et promettais. Derrière ses grands airs de magicien sérieux, j'entrevoyais parfois le vieillard anxieux. Il m'avait prise sous son aile dès mon premier jour de travail au Kirin Tor et sa sévérité lui servait surtout à cacher l'affection qu'il éprouvait pour moi.

Je quittais donc le Séjour Pourpre avec, dans la poche de ma robe, le précieux pass qui me permettrait de me déplacer librement dans les bâtiments de la Horde.

Je ne me faisais pas plus de souci que ça, car, d'après un sondage, j'étais le membre du Conseil préféré tant de la Horde que de l'Alliance. Les archimages, à cette annonce, m'avaient regardée, bouche bée et avaient avoué ne pas comprendre. Ce n'était pourtant pas compliqué: contrairement à eux, je faisais l'effort de parler la langue de l'espèce à laquelle je m'adressais (l'apprentissage avait été long mais je ne le regrettais pas), j'étais polie et je n'affichais jamais le sourire typique et méprisant des employés du Kirin Tor qui se croyaient toujours tout permis et supérieurs aux citoyens lambda.

Bien entendu, je ne leur avais pas expliqué. Je m'étais contentée d'éclater de rire et d'avouer que j'aimais les gens et qu'ils me le rendaient bien.
Comment cette bande d'aristocrates prétendument érudits auraient-ils pu comprendre une chose aussi simple que l'amitié? Ils n'y voyaient qu'un moyen de conclure des alliances politiques.

Je grommelais en prenant le chemin des sous-sols de la ville. Cette fois, c'était décidé, après cette affaire, je partais avec Megelon m'installer dans un village paumé des Grisonnes. Là-bas, pas un seul bureaucrate en robe violette pour me demander de résoudre des problèmes insolubles! Seulement des worgens assoiffés de sang, des trolls infectés par le fléau et des chouettides qui perdaient la boule... Le rêve !
Peut-être même que je rouvrirai une boutique d'enchanteurs comme celle que je tenais autrefois à Shattrath. Je me souvenais avec nostalgie de mon petit magasin, des bocaux de poussière bien alignés sur l'étagère et des cristaux soigneusement enroulés dans des morceaux de tisse-néant pour les protéger.

Je m'arrêtais de marcher en constatant que la bouche des égoûts s'ouvrait devant moi, inquiétante.
Je m'y faufilais en grinçant des dents et je progressais avec précaution. Mettre mes pieds dans une des ces flaques d'immondices et de pollution magique était bien la dernière chose que je souhaitais faire. Cette couleur verte luisante me donnait envie de fuir d'ici à toutes jambes. Loin. Très loin.
Je retrouvais rapidement le chemin de la petite arène clandestine. Depuis que le Kirin Tor avait fait interdire les duels, tout ce que la cité comptait comme duellistes et gladiateurs s'était fait un devoir de construire dans les égouts un lieu tranquille pour leurs combats. Depuis, on trouvait dans les souterrains plus d'aventuriers que de voleurs et criminels. Je m'approchais du gobelin qui arbitrait les duels et le saluais:

- Heyllo Fifi ! Tout va comme tu veux?

Je m'étais assurée d'avoir un informateur parmi le peuple des égouts en autorisant ce gobelin à organiser ses petits duels clandestins. Quand il m'avait demandé si j'allais l'arrêter, je lui avais rétorqué, en ouvrant de grands yeux innocents:

- Mais pourquoi donc monsieur? Les duels sont interdits dans Dalaran mais il n'existe aucune législation concernant les Entrailles.

Depuis, j'avais un allié sur qui compter, un allié qui savait beaucoup de choses.

- Ça va, Shade. Comme tu me l'avais promis, personne n'est venu me faire d'ennuis.

Je m'adossais à un empilement de caisses et observais deux chevaliers de la mort en train de se battre. Les épées chantaient et virevoltaient en une danse mortelle. Fifi Paindacier surpris mon regard et commenta, avec l'acuité d'un habitué des combats:

- Ces deux-là se battent pour la jolie demoiselle au fond. Je dirais que l'elfe de la nuit a toutes ses chances... Il va laminer cet humain, c'est évident!

Je détaillais l'elfe en question sans parvenir à cacher la crainte mêlée de dégoût qu'il m'inspirait. J'avais beau savoir que les chevaliers de la mort n'étaient plus soumis à l'asservissement d'Arthas, je ne pardonnais pas si facilement leurs agissements passés. On disait qu'ils n'avaient jamais eu le choix... cela ne m'empêchait pas de les haïr.

- Si tu le dis, concédais-je à Fifi. Tiens-toi sur des gardes, il parait qu'il se passe des trucs anormaux ici. Tu me préviendras si tu découvres quelque chose?
- Pas de souci, ma jolie. Tu sais bien que je te te laisserais jamais tomber.

Je lui souriais amicalement et lui adressais un petit signe de la main. J'avais une scène de crime qui m'attendait.
Les morts avaient été retrouvés dans un conduit d'évacuation secondaire et je maugréais en me glissant à l'intérieur: le type qui avait construit cet endroit n'avait sans doute pas pensé aux draeneïs. Le plafond était si bas que j''avançais pliée en deux. Je dis rapidement une prière pour mes bottes: les pauvres ne survivraient jamais à la saleté de ce couloir crasseux.
Je me retrouvais enfin face à un garde posté devant la banderole mauve rayée d'or qui signalait un crime et barrait le passage. Avant même d'avoir pu prononcer un mot, je me figeais. La hallebarde de l'homme se trouvait soudainement beaucoup trop proche de mon nez, à mon goût. Je l'agressais presque, à bout de nerfs:

- Menace sur un membre du Conseil, ça va bien chercher dans les dix ans d'enfermement au Fort Pourpre ! Vous n'imaginez même pas ce qu'on leur sert à dîner là-bas ! Alors vous allez me reposer ça tout de suite et vous taire, vite !!

Je réalisais que je devais être effrayante car le soldat baissa son arme à la seconde même et tomba à genoux en m'implorant, les yeux pleins de larmes:

- Ma dame, je ne vous avais pas reconnue, s'il vous plaît , je ne veux pas aller en prison... Je vous en prie, j'ai des enfants, pas le Fort Pourpre, je vous en supplie !

Je fus prise d'un élan de pitié mais je le balayais aussi sec. Ma réputation ne serait sans doute pas entachée par un petit écart si négligeable. J'ignorais donc l'homme agenouillé dans les boues toxiques et franchissais le ruban bariolé avec souplesse. Je retins un cri en apercevant l'horrible charnier. Seule une bête sauvage aurait été capable de faire de tels dégâts ! Un carnage pareil, ce n'aurait jamais dû avoir lieu. Je devinais la forme de cornes de taurens, de draeneïs, et même des défenses de trolls. Le meurtrier n'avait fait aucune différence entre la Horde et l'Alliance, il les avait tous réduits en bouillie sans faire aucune distinction.

C'est ce jour-là que j'appris que les morts-vivants avaient le sang vert. Il ne s'était pas mélangé au reste.

Tout cela me secouait l'estomac et je soupirais en me rappelant que j'étais censée retrouver des indices. Je fronçais les sourcils: hors de question que je m'approche plus près de ce hachis! De toute façon, il ne restait sans doute plus rien à retrouver.
Je listais mentalement mes suspects potentiels: un animal sauvage en vadrouille ? Un troll enragé ? (les trolls étaient à mon avis en possession d'une dentition suffisamment aiguisée pour obtenir un tel résultat). Un chasseur et son familier ? Un druide ? Un guerrier aux épées très, très tranchantes et cannibale ? Allez donc savoir !

Je fus tirée de ma réflexion par la vue d'une forme sombre qui étudiait le crime depuis l'autre coté de la barrière. Où était passé le garde, bon sang ? Quel incapable !

Je hélais la silhouette qui s'approcha docilement. Il s'agissait d'une humaine en armure de plaques. Je réprimais un mouvement de recul en constatant que son épée était gravée d'une rune de givre. Je sifflais en plissant les yeux de colère:

- Esclave du roi liche...Cet endroit est fermé au public. Retournez voir votre maître et dites-lui que tout le monde n'est pas tombé dans son piège ! Moi, j'ai compris, je sais que vous nous espionnez pour son compte, je vous surveille. Tous.

- T'es complètement siphonnée ma pauvre ! hallucina la femme. Je ne suis pas fière de ce que j'ai été mais quand on voit des gens comme toi on est pris d'une soudaine envie de retourner prêter serment à Arthas. Faut te faire soigner, il doit te rester des éclats de cristaux de l'Exodar dans la cervelle !

Je savais très bien que ma peur des chevaliers de la mort était irraisonnée, mais me l'entendre dire par cette fille me donnait envie de frapper quelqu'un. Elle, de préférence. J'incantais, sans même m'en rendre compte, un trait de givre qui la gela au sol. En tant que membre du Conseil, j'étais autorisée à attaquer n'importe qui, quand je le souhaitais. L'humaine que je venais d''immobiliser n'avait pas ce droit et si elle osait seulement porter la main sur moi, elle se retrouverait au cachot avant d'avoir eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Je me penchais sur elle, un sourire cruel étirant mes lèvres. Elle sembla hésiter, puis me dit:

- Je suis Chibi, de la guilde des Légendes Obscures. Je pense que notre guide, Hephira peut vous aider à trouver le responsable de... ceci. S'il n'en tenait qu'à moi, je vous laisserais chercher toute seule mais Ephi pense qu'elle sait quelque chose d'important. Mais, soyez sûre que je fais ça pour elle et pour les habitants de Dalaran. Personnellement, je trouverais bien plus amusant de vous revoir ici, mais parmi les victimes. Enfin... Il n'est pas interdit d'espérer.

Elle se libéra de mon sort et disparut dans l'ombre des égouts.

Je prenais quelques minutes pour me calmer: c'était la première fois que je perdais le contrôle en présence d'un Dk. D'habitude, j'étais capable de m'empêcher de les agresser ! La Lumière m'assiste ! Qu'est-ce que ce serait la prochaine fois ? Leur sauter au cou pour leur arracher la gorge ?
Bon, la bonne nouvelle c'est que j'avais maintenant une piste à suivre.
Enfin, quand même, il faudrait que j'arrête la Feuillerêve pendant quelques temps. Cela semblait avoir une très mauvaise influence sur mes nerfs.
Je décidais donc de me mettre en quête de la fameuse Hephira. Cela n'allait pas être une tâche aisée: la miss Chibi avait disparu sans me donner de précisions, même pas la race de la femme en question. Heureusement, j'avais encore quelques cartes dans ma manche. La carte en question était mademoiselle Ildine Tristelance, la vendeuse de composants de la boutique. La majorité des aventuriers basés à Dalaran venaient régulièrement se réapprovisionner chez elle et je savais que sa mémoire des noms était incroyable. Si cette Hephira avait déjà mis les pieds là-bas, alors Ildine s'en souviendrait.

Je me rendais donc dans le quartier où elle tenait son commerce à grands pas pressés. Comme à son habitude, elle bavardait avec l'un de ses clients, et, à voir la mine ennuyée de ce dernier, elle lui tenait la patte depuis un petit bout de temps. Je me retenais de glousser en voyant qu'il contenait un bâillement. Il fallait bien avouer que la conversation de mon informatrice tournait très souvent autour de sujets futiles et sans aucun intérêt. Dans un élan de bonté, je me précipitais à la rescousse du malheureux, dont je pressentais la mort prochaine (si, si, on peut parfaitement mourir d'ennui !). J'entrais donc dans la boutique et lançais, jovialement:

- Ildine, ma chère amie ! Il me faut des runes des portails...Tu fais des réductions à partir de combien de pièces achetées? Il va m'en falloir beaucoup et je pensais...

Les yeux de l'homme brillaient de reconnaissance quand il s'échappa discrètement, profitant de la distraction que je lui avais organisée.Pendant ce temps, Ildine me sermonnait:

- Des réductions? Mais, ma pauvre Shade, tu n'y penses pas? Ici, les prix ne sont pas négociables, tu devrais commencer à le savoir, depuis le temps.

C'est vrai, je le savais très bien. Mais enfin, ça ne coûtait rien d'essayer n'est-ce pas?

- Radine, protestais-je sans trop d'espoir. De toute façon, c'est le Kirin Tor qui paie. Un jour, si ils consultent mes dépenses à leurs frais, ils viendront régulariser tes tarifs, crois moi ! Bon, et pour un renseignement, c'est combien?

Le sourire d'Ildine s'élargit. Elle devait sans doute se réjouir que je la laisse fixer un prix, mais à ce jeu-là, elle ne pouvait que perdre.

En effet, après une demi-heure d'âpres négociations je laissais entendre:

- Finalement, je vais aller demander ça ailleurs. Tu es l'escroc la plus retorse de cette ville. Je pense que tu ne dois pas en savoir autant que tu le prétends.

Ce n'était qu'un prétexte pour lui échapper. En incorrigible bavarde qu'elle était, elle m'avait donné le renseignement que je cherchais, sans même s'en rendre compte. A l'instant où j'avais prononcé le nom d'Hephira, elle avait laissé échappé mille et un petit détails qui, à ses yeux n'avaient pas d'importance, dans le but de m'appâter. Et finalement c'est moi qui l'avait pigeonnée.

Cette fille était une vraie rapace mais, malheureusement pour elle, elle avait le cerveau qui allait avec.

Quoi qu'il en soit, je savais maintenant qu'Hephira était une magicienne draeneï, tout comme moi, et qu'elle traînait souvent aux alentours de l'aire de Krasus. Effectivement, je la dégotais à l'endroit prévu, tenant en main la bride d'un drake du néant azur impressionnant. On aurait pu croire qu'elle m'attendait. En fait, elle m'attendait réellement. Elle m'adressa un petit signe de la main et m'entraîna un peu à l'écart.

- Shade Écume du jour. Après ce que m'a raconté Chibi, je ne m'attendais plus à vous voir. Je suis contente de vous rencontrer. Vous avez fait beaucoup pour l'intégration des draeneïs au sein du Kirin Tor et de Dalaran.

Je haussais les épaules, sans pouvoir m'empêcher de rougir et questionnais:

- Vous savez vraiment qui a commis le crime des égouts? Je ne peux pas m'empêcher de penser que ça ne s'arrêtera pas là. Si vous avez des indices, sachez que cela pourrait sauver la vie d'énormément de personnes. Peut-être de membres de votre guilde, qui sait?

- Je vous dirais volontiers ce que je sais, me coupa la mage. Pas besoin de me sortir le discours administratif, je sais que vous le trouvez aussi stupide que moi.

Je hochais la tête avec un petit sourire. Elle ne tournait pas autour du pot et semblait apprécier la franchise autant que moi. Nous allions bien nous entendre. Elle relata, concentrée pour ne pas oublier de détails, la curieuse histoire qui lui était arrivée:

- Très récemment, un de mes membres a quitté notre guilde. Ce n'est pas une chose fréquente mais c'est une décision que je respecte. Tout aurait pu s'arrêter là si Druidjemort, car c'était son nom, n'avait pas confié à une de mes amies un étrange secret. Merrows m'en a parlé car elle pensait que je serais intéressée. Elle ne s'est pas trompée. Pour résumer, il était question d'une secte de druides illuminés.

- Je vois... Il pourrait y avoir un rapport, admettais-je. Je dois parler à votre amie!

Hephira pencha la tête sur le coté, amusée et me confia:

- J'avais prévu quelque chose comme ça, oui. Merrows a été prévenue, elle vous attends à K3 aux Pics Foudroyés... un léger souci à régler là-bas. Psychérie, notre prêtresse l'a contactée par télépathie et elle accepte de répondre à vos questions.

Je ressentais un bref élan d'admiration pour ces gens très prévoyants et serviables:

- Vous faites un bon travail dans votre guilde. Si un jour, vous cherchez un boulot ou bien si vous avez besoin d'amis haut-placés, pensez à moi.

J'invoquais un dragon d'énergie pure en canalisant des flux de mana et bondissais sur son dos: Merrows ne m'attendrait pas longtemps. L'animal s'envola avec un feulement joyeux. Il n'était pas sorti depuis un bail, mon travail réquisitionnait trop souvent mon temps libre.

Les sommets enneigés se profilaient déjà à l'horizon mais je souhaitais accorder à ma monture un peu de liberté. Je lâchais donc les rênes et la laissais se détendre dans les airs. Malgré ma connaissance assez poussée des arcanes, je n'avais jamais compris comment une créature constituée de magie pure pouvait avoir une âme... mais elle en avait une, et cela, j'en étais totalement certaine.

De toute façon, la bête se plaisait à m'obéir et elle ne s'autorisa que quelques cabrioles et loopings avant d'atterrir devant le petit village gobelin fortifié.
Un ours se précipita à ma rencontre en grondant des sons déconcertants.

- Mademoiselle Merrows, c'est vous? J'ai bien peur que votre dialecte me soit inconnu. Ne préféreriez vous pas poursuivre cette conversation en Darnassien?

La bête repris, comme par enchantement, une forme plus humaine. Je me trouvais maintenant face à une elfe de nuit aux yeux espiègles et je dois avouer que je préférais largement cette forme-ci. La jeune femme pétillante s'excusa:

- Je suis vraiment désolée... J'oublie toujours de faire attention à ma forme avant d'aborder les gens. Les ours ne parlent pas, je devrais pourtant le savoir !

Je secouais ma tignasse noire, indulgente et posais la question qui me brûlait les lèvres:

- Cette secte, vous sauriez m'en dire plus ?
- Un peu que j'saurais! Quand Druidj est venu me voir il avait l'air inquiet. Il m'a dit qu'il avait été approché par des druides bizarres qui...
- Des druides bizarres, coupais-je. Que voulait-il dire par là ?

L'elfe de nuit me fit une grimace et s'exclama:

- C'est moi qui raconte ! Donc, ces types voulaient l'enrôler dans leur secte. Il m'a dit qu'il avait refusé. Mais depuis, il se sentait suivi, espionné... Et puis, il m'a confié qu'il avait reçu des menaces de mort. Alors, il a décidé de fuir et de quitter la guilde. Les Ferals, paraît que c'est leur nom, lui avaient paru dangereux et il prenait leur tentative d'intimidation très au sérieux. Il voulait m'avertir, il voulait que j'fuie avec lui car il croyait les Ferals tenteraient d'me recruter aussi. En voyant que je ne l'ferait pas, il a fini par m'en dire plus...

Je m'empêchais de lui sauter sur le dos pour la forcer à cesser ce suspense stupide mais elle dû s'apercevoir de mon impatience car elle conclut rapidement:

- Ce sont des druides de Reflet de Lune qui ont quitté la voie de la nature pour se tourner vers la voie de sang. Apparemment, ils trafiquent aussi avec des démons.

Je manquais de m'étouffer. Comment une chose pareille était-elle possible ? Les druides de Reflet de Lune passaient pour les plus sages en ce monde. Malheureusement, le meurtre des égouts correspondait à ce profil d'assassins. Cela m'avait tout l'air d'un sacrifice commis par des animaux enragés.

- J'ai comme l'impression que la prochaine étape de votre enquête aura lieu dans le sanctuaire des druides.
- Je pense aussi, acquiesçais-je d'un air désespéré.

Il avait fallu que je tombe encore sur une affaire hallucinante. A croire que j'attirais la malchance. En même temps, douée comme je l'étais, j'avais peut-être froissé les dieux de ce monde ? Ou alors une malédiction pesait sur moi ? Je décidais de satisfaire ma curiosité avant de me mettre en route pour Kalimdor:

- Au fait, Ephi m'a dit que vous régliez un problème ici... serait-ce indiscret de...
- Oh, s'amusa la jeune femme, je suis juste venue régler un petit différent. Un fille qui s'est un peu trop approchée de mon chéri. Disons, beaucoup trop approchée.

J'observais des dents de panthère faire surface dans sa bouche et lançais, sceptique:

- Vous n'allez pas lui faire du mal, hein ?
- Du mal ? s'étonna la druide. Bien sûr que non ! Je vais la tuer. Vous savez, quand je fais les choses, généralement je les fais bien, et rarement à moitié.
- Hum... le meurtre est fortement déconseillé par les lois du Kirin Tor, Merrows.
- C'est vrai, Shade, reconnu l'elfe avec une lueur rusée dans les yeux. Mais il n'est dit nulle part qu'il est formellement interdit. Ça tombe bien, j'ai toujours détesté suivre les conseils. Vous ne comptez pas m'en empêcher ?
- Houla non ! ricanais-je. Ne jamais se mêler des histoires de couples, première règle des gens intelligents.

Les gens intelligents sont ceux qui vivent le plus longtemps.

- Une règle qui vaut son pesant d'or, souffla une forme vague.

L'ours se tenait à nouveau devant moi, les crocs aiguisés et luisants, il retourna à sa traque sans se retourner, implacable.
Je ne prenais même pas la peine de rentrer à Dalaran. Plus vite je constaterai l'étendue des dégâts à Reflet de Lune, plus vite je pourrai régler cette maudite affaire. J'incantais donc un portail pour Darnassus et me glissais à l'intérieur. Les novices récoltaient des maux de ventre plus souvent qu'à leur tour au cours de leur apprentissage de la téléportation... Je ne l'étais plus depuis longtemps mais mes portails me donnaient toujours le mal de mer, ainsi qu'à ceux qui avaient le malheur de les emprunter (plus grand monde depuis que la rumeur s'était répandue).

J'en ressortais une main sur la bouche et m'agrippais à la colonne la plus proche pour éviter de m'étaler devant les gardes de la cité. J'étais de tellement mauvaise humeur que le premier qui aurait eu la bonne idée de sourire ou de glousser se serait fait refaire les dents à la seconde.

Heureusement pour eux et pour moi, je reprenais l'équilibre et m'engouffrais dans le passage pour Rut'theran comme une tornade. Au pas de course, je parcourais toute la longueur du ponton qui longeait la plage et demandais au maître des hippogriffes.

- Un vol pour Reflet de Lune, tout de suite je vous prie ! Ordre du Kirin Tor, vous mettrez ça sur leur note !
- Encore ? gémit l'elfe de la nuit. Ils ont déjà une centaine de pièces d'or sur leur ardoise ! Faudrait qu'ils envisagent de payer un jour, vous leur direz ?! Sinon, moi, c'est tout simple, j'arrête de laisser voyager les gens qui portent leur tabard !
- Je leur en parlerai, grognais-je.

Il n'était pas le premier à qui je faisais cette promesse et sans doute pas le dernier. Je ne faisais pas dans le courrier du coeur, ni même dans le courrier tout court. Les factures du Kirin Tor regardaient les comptables, pas les magiciennes de haut niveau.

Je sautais sur l'hippogriffe, qu'il m'avait harnaché en pestant, et le laissais prendre son envol. Les vents marins faisaient voler mes cheveux et ma monture planait au ras des vagues à un tel point que l'écume fouettait mes pieds. Je m'accordais un moment pour profiter de ces sensations fort agréables, mais, déjà, Auberdine se profilait à l'horizon. Je survolais ainsi Sombrivage et finissais par atterrir à Havrenuit.

L'absence de maître de vol à mon arrivée ne fit que confirmer mes soupçons. Il s'était passé quelque chose ici, quelque chose de grave.
Seul un silence de mort m'accueillit. Je rentrais dans la plus grande des maisons et fut prise d'un hoquet de dégoût. Le sang séché avait giclé sur les murs et les rares cadavres que je retrouvais étaient mutilés. Tous étaient sous forme humaine, enfin elfique ou taurenesque, pas un seul n'était métamorphosé.

Enfin, je ne me souvenais plus si les druides reprenaient leur forme initiale en mourant... Peut-être était-ce normal après tout ? Pourtant je ne distinguais que peu de trace de lutte. Mon hypothèse me semblait cohérente: pacifistes, les druides ne s'étaient presque pas défendus.
Le principe de la nature sacrée, ah, c'était bien drôle ! Quel genre d'imbécile acceptait d'adhérer à un culte qui impliquait de se laisser égorger par le premier taré venu ?

Je manquais de faire une crise cardiaque quand, dans un raclement, la porte qui se trouvait à ma droite s'ouvrit. Un humain chétif au regard impérieux me dévisagea:

- Ce lieu est une scène de crime. Je suis venu tout droit des marécages d'Aprefange pour l'étudier. Hurlevent m'a chargé d'enquêter.

Je réprimais une grimace d'agacement: un bureaucrate ! Ceci expliquait son air ridicule. Je méprisais depuis toujours ces fonctionnaires sans expérience qui se croyaient importants. Quoi qu'il en soit, cette enquête était la mienne et le Kirin Tor n'apprécierait certainement pas que les humains d'Hurlevent s'immiscent dans ses affaires. Je le fixais un moment sans cacher mon désarroi et déclarais:

- Je suis mandatée par les autorités supérieures du Norfendre pour démanteler un groupe d'assassins qui, de toute évidence, a sévi ici. Laissez-moi faire mon devoir soldat et retournez compter les moustiques dans votre marécage. J'ai du travail.

Il se hérissa presque aussitôt, pour mon plus grand plaisir:

- Je suis l'inspecteur Tarem ! J'ai autant le droit que vous d'être ici !

J'esquissais un sourire blasé et rétorquais, nonchalante:

- Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas cherché les problèmes, soldat...

Je ne mentionnais pas son vrai titre dans le but évident de lui rappeler qu'il n'était rien... au mieux un petit soldat sans importance qui aurait eu plus de chances de se prendre une météorite sur la tête que d'obtenir un jour la moindre promotion.

- Soldat Tarem, je vous le demande gentiment pour la dernière fois, laissez donc tranquille ma scène de crime. Vous avez déjà entendu parler du Fort Pourpre, dites moi ?

Sa pâleur soudaine termina de me remonter le moral et je proposais, magnanime:

- Bien. Vous pouvez rester. Parlez-moi plutôt de ce que vous avez déjà trouvé...

Il n'hésita pas une seconde et me dévoila tout ce qu'il savait, je savais me montrer parfois si persuasive...

- Les druides se sont manifestement entre-tués, m'expliqua-t-il. Un groupe a attaqué, semblant avoir planifié cette tuerie longtemps à l'avance. Les autres ne s'attendaient visiblement pas à être égorgés par leurs compagnons et ont été trop lents pour organiser une défense efficace. Ils se sont presque laissés tuer sans opposer de résistance.

Je hochais la tête, il ne m'apprenait rien que je n'ai déjà deviné. J'observais les morts, sceptique. Il en manquait des morceaux, de cela j'étais sûre.
Enfin, je mis le doigt sur ce qui me dérangeait: on avait tranché les oreilles des elfes et les cornes des taurens. Une image me revint et se superposa au carnage que je contemplais. Les morts de Dalaran étaient dans le même état. Maintenant, je me souvenais parfaitement des bouts de cornes et de défenses éparpillés.

Est-ce que cela avait une quelconque signification pour la secte que je traquais ?

Ou alors ils préparaient une sorte de rituel démoniaque ?

En tout cas, rien de légal n'autorisait à massacrer et découper des gens honnêtes et pacifiques. Un symbole étrange gravé sur un mur et éclaboussé de sang attira mon attention. Il s'agissait d'une empreinte d'ours au centre d'une étoile à 5 branches.

Cela ne ressemblait pas à une provocation, la marque n'était pas présente dans les égouts de Dalaran... on aurait plutôt dit un signal.
Un signe dont seuls des initiés auraient pu saisir le sens. Une prémonition troublante me transperça l'esprit: il y aurait d'autres meurtres, d'autres innocents mutilés et quelque chose d'autre. Quelque chose de plus grave encore.

Quelque part, des druides préparaient un coup grandiose. Et je n'avais plus aucune piste pour les arrêter, pas une idée de leur but, aucun moyen de les retrouver. Je savais une seule chose: ils ne devaient surtout pas parvenir à leurs fins.

Et il serait inutile d'aller en parler au Conseil, comme d'habitude on me prendrait pour une folle. Une folle rendue paranoïaque par une situation stressante qui lui rappellerait le crash du vaisseau qui l'avait déjà tant perturbée. Eh ! Pas difficile de deviner leurs pensées, ma psy m'avait déjà rabâché pendant des mois les oreilles avec ma prétendue instabilité mentale.

C'est c'la oui. Parce que, passer ses journées dans un fauteuil à encourager les gens à se suicider c'était pas une grande preuve d'instabilité, ça ?
Moi j'allais très bien. C'est vrai, quoi ! J'étais quand même la mieux placée pour le savoir, nan ?
Il se faisait tard et il ne me restait plus rien à faire pour les morts de Reflet de Lune. Tarem s'occuperait de les enterrer.

Je sortais ma pierre de foyer de mon sac et me concentrais sur l'aura magique de l'objet. Je me retrouvais presque instantanément à l'auberge où je logeais avec Megelon. Nous économisions pour devenir propriétaires d'une maison, mais les prix en ville étaient exorbitants. En attendant, les tarifs de l'auberge restaient raisonnables et notre petite chambre avec son coin cuisine et la salle de bain attenante nous convenait très bien.

Aussitôt entrée, je constatais qu'une odeur étrange flottait dans l'air. Je levais les yeux au ciel en grimaçant d'un air moqueur : mon mari continuait à s'essayer à la cuisine... Pourtant, il aurait dû renoncer depuis longtemps. Après cinq ans de vie commune, il n'avait jamais été capable de préparer quoi que ce soit de comestible.

Il m'interpella en m'entendant arriver:

- Shade, ma princesse, mon petit ange tombé de ciel !

Je laissais échapper un sourire désabusé : impossible de rester fâchée ou de mauvaise humeur quand il était dans les parages. Il me rejoignit dans l'entrée avec un rôti brûlé entre les mains, l'air pas si désolé que ça et me lança:

- On dirait bien que ce soir je t'emmène au restaurant !

A chaque fois qu'il ratait un plat, il me faisait cette suggestion... finalement il continuait peut-être la cuisine dans ce but. Ça m'allait bien en y réfléchissant...

- Meg, un rôti de brochepelle se cuit à la broche. Toujours à la broche. Enfin, peu importe ! Tu m'emmènes où ?
- L'auberge des héros ? me suggéra-t-il, ravi à l'idée de me faire plaisir.

Je hochais la tête sans cacher ma joie, il me connaissait beaucoup trop bien. Qui se soucierait d'un rôti cramé quand on lui proposait d'aller manger au meilleur resto du coin ? La soirée passa beaucoup trop vite à mon goût.

Bien après le couvre-feu, je m'asseyais sur notre lit et grognais:

- Le temps devrait s'arrêter au meilleur moment de notre vie et ne plus jamais passer.

Megelon se coucha à mes cotés et se moqua en jouant avec mes cheveux (il savait bien que je détestais ça ! Pourquoi toujours cette manie ?):

- Et comment tu saurais que c'est le meilleur moment de ta vie si tu n'en vis pas le reste ? Je suis certain qu'on peut faire monter la côte de "meillorité" de cette journée...

J'observais son sourire suffisant et protestais :

- J'ai des morts à Dala, d'autres à Reflet de Lune et des druides dérangés et cachés on ne sait où sur les bras... Il faudra plus qu'un restaurant pour changer la donne.

- Va à Shattrath demain, si tu veux. Si tu veux faire des recherches c'est la bibliothèque la plus complète d'Azeroth et Outreterre. Et ils sont calés en démons. Les Clairvoyants ne te refuseront pas l'accès aux livres, je pense.

- Meg je pensais à autre chose pour l'instant... On en reparlera d'accord ?

*Très courte nuit*

Je m'éveillais de bien meilleure humeur que la veille et renfermais mes cauchemars dans leur placard, au plus profond de ma tête. Je constatais que Megelon était déjà parti travailler et jetais un coup d'oeil à la pendule arcanique, effarée : dix heures du matin ! Si je n'avais pas été sur une enquête, le Kirin Tor m'aurait sans doute virée en me voyant arriver à cette heure. J'enfilais ma robe et mon tabard les plus neufs et colorés: il faudrait être très convaincante face aux membres des Clairvoyants pour les décider à laisser entrer dans leur réserve de livres une mage exaltée chez l'Aldor.

Généralement, afficher son appartenance au gouvernement de Dalaran permettait d'avoir ses entrées un peu partout, mais on n'était jamais trop prudent. De toute façon j'avais un laissez-passer orné de la signature de Rhonin. Aucun endroit ne restait interdit au porteur d'une telle missive... à part peut-être la chambre d'Arthas dans la Citadelle de la Couronne de Glace. En même temps, ce n'était pas une destination touristique très prisée.
J'empruntais le portail pour Shattrath de l'Enclave Argentée (ben oui, quand je pouvais éviter d'utiliser les miens, je ne me gênais pas). Je laissais échapper un soupir nostalgique en contemplant la cité où j'avais vécu autrefois. Je m'y rendais le moins souvent possible, mais cette fois je n'avais guère d'autre choix.

Je me rendais dans le quartier des Clairvoyants, adressant mon plus beau sourire à tout ceux qui me dévisageaient. Je sentais bien l'hostilité ambiante mais après tout, s'ils n'étaient pas contents, ils n'avaient qu'à regarder ailleurs ! Si les druides de sang (je n'avais rien trouvé de mieux pour les désigner) décidaient de frapper ici, ce ne serait pas une grosse perte, ricanais-je. Dommage que mon devoir m'oblige à les protéger en un pareil cas.

Je connaissais le maître des traditions Skosiris de par sa réputation de bibliothécaire exemplaire et je n'eus aucun mal à le reconnaître, planté devant ses rayonnages, au moment où j'entrais dans son domaine. J'endossais immédiatement mon rôle de petite fille polie, un peu perdue, et surtout,«désolééééééée» de le déranger. Il n'en fallait pas plus pour le convaincre d'accéder à ma requête, même si je ne comprenais toujours pas cet attrait irrésistible que les gourdes avaient sur les hommes... enfin, les elfes de sang n'étaient pas des vrais hommes, eux. Je n'aurais dû lui faire aucun effet... et pourtant.

Il m'adressa un sourire charmeur (hum je retire ce que j'ai dit sur les elfes de sang, pas tous, pas tous, héhé) et m'autorisa à consulter ses trésors aussi longtemps que je le souhaitais:

- Mais bien sûr, que vous pouvez ! Le savoir devrait être accessible à tout le monde, même à ceux qui ne sont pas de notre faction, surtout ceux qui sont aussi adorables que vous ! Je vous en prie, si vous avez besoin de mon aide, n'hésitez pas !

Il termina par un petit clin d'oeil qui acheva de me convaincre d'oublier mes préjugés sur les hommes de sa race. J'essayais de pousser le bouchon un peu plus loin et minaudais en ouvrant de grands yeux de... heu, de dragon ?

- Vous êtes tellllllement aimaaaable. Si tous les Clairvoyants étaient comme vous, j'aurais presque envie de me reconvertir ! Si j'osais... pourriez-vous m'indiquer le rayonnage consacré aux ouvrages de démonologie ?

- Bien évidemment, souriait-il d'un air entendu. Vous les trouverez au fond, sur les étagères du haut. Si je peux me permettre, c'est un bien sombre sujet pour une jeune femme comme vous. Les démons sont tellement dégoûtants !

Je secouais la main d'un geste qui pouvait aussi bien dire «merci de votre aide»,» je vais y réfléchir» ou encore "la ferme" et me dirigeais sans me retourner vers l'endroit qu'il m'avait indiqué. Je savais me montrer charmante avec les gens qui m'énervaient, mais jamais bien longtemps.

Après avoir écarté de mes recherches toute une collection de Succube Magazine, je me retrouvais avec une petite demi-douzaine de grimoires anciens entre les mains. Certains paraissaient tellement vieux que je craignais qu'ils ne tombent en poussière. J'en rangeais encore deux car le dialecte de leur auteur n'était plus parlé depuis plusieurs siècles et que je n'étais pas capable de les déchiffrer.

Je restais finalement avec deux bouquins posés sur la petite table d'étude. Le premier était un traité sur les plus célèbres démons et leurs actions d'éclat, le second, un exemplaire du grimoire du nécromancien Kel'Thuzad, encore étudié de nos jours par les apprentis paladins de seconde année. S'il n'en avait tenu qu'à moi, j'aurais fait brûler toutes les abominations inscrites là-dedans, mais les chevaliers de la Main d'Argent estimaient que leur recrues devaient savoir ce contre quoi elles se battaient.

Au bout d'un quart d'heure, j'avais appris bien des choses.

Tout d'abord, l'étoile à cinq branches était en fait un pentacle qui servait à invoquer des démons. Merrows et Hephira avaient vu juste.

Ensuite, au vu des quantités d'ingrédients requises en moyenne pour un démon basique et d'une estimation de ce que les druides de sang avaient déjà récolté, ils ne visaient pas un monstre de bas-étage.

Super. Donc, d'ici peu, un des membres de l'élite démoniaque foulerait à nouveau notre terre. On était encore bien parti, tiens. Il ne me restait plus qu'à consulter les registres des délinquants. Combien de druides avaient été inculpés pour nécromancie, ces dernières années ? Aucun, constatais-je dans le fichier élimé. Eh bien, je connaissais (enfin, non, justement, je ne le connaissais pas) un démon qui allait bien s'amuser si je ne trouvais pas vite une solution de rechange pour arrêter ses serviteurs.
Pendant encore un mois, je pistais mes assassins sans répit. J'avais listé tout les endroits où ils pourraient éventuellement réaliser leur rituel, indiqué par des croix les lieux où ils avaient sévi, ainsi que ceux où ils n'avaient pas une seule chance de se trouver. Malgré tous mes recoupements, je n'avais abouti à aucun résultat.
Ah, ça, ils avaient bien prévu leur coup !
On retrouvait régulièrement des corps sans vie, de préférence aux alentours des zones que j'inspectais encore la veille et que je venais de quitter. En plus de ma frustration de ne pas obtenir le moindre résultat, s'ajoutait la sensation qu'ils se moquaient bel et bien de moi.
Le Kirin Tor commençait à se lasser de recevoir toujours le même rapport, que je leur faisais parvenir toutes les semaines: «L'enquête progresse. Bientôt de retour avec ces illuminés au bout d'une laisse. Que la Lumière soit avec vous.»
Megelon n'appréciait pas non plus que je reste si longtemps loin de lui mais, contrairement à mes supérieurs, lui, savait prendre son mal en patience.
J'avais décidé de changer de tactique et interrogeais tous les marchands de composants que je croisais, leur demandant si leurs ventes en graines de feuillétoile n'avaient pas explosées ces derniers temps mais, s'ils savaient quelque chose, alors ils le cachaient bien.
Bien sûr, j'aurais pu demander de l'aide auprès des autorités de Kalimdor, de Royaume de l'est ou de l'Outreterre, mais cette histoire était devenue pour moi une affaire personnelle. De toute façon, ils ne m'auraient pas vraiment été d'une grande aide. Ceux que je recherchais semblaient capables de disparaître d'un continent et de se trouver dès le lendemain à l'autre bout du monde.
Je les estimais à environ une vingtaine. Je soupçonnais aussi la complicité d'un démoniste ou bien d'un mage, pour les assister dans leur déplacements.
Mais cela ne m'avançait à rien. J'étais restée en contact avec l'inspecteur Tarem (une fois oubliée l'histoire des moustiques, il s'était révélé un allié primordial) et il me transmettait régulièrement les résultats des analyses conduites par Hurlevent à Reflet de Lune. Les humains pensaient pouvoir déterminer l'identité des druides massacrés (je leur souhaitais bien du courage !) et en déduire celles des tueurs présumés. En effet, grâce à une liste des elfes et taurens en faction dans Havrenuit le jour de l'attaque, ils obtiendraient peut-être des indices.
Pour l'instant, d'après Tarem, ils essayaient de réunir les morceaux, une tâche bien plus difficile que prévu car ils en avaient disséminé partout.
C'était vraiment une bande de grands malades, cette secte. Tous des ferals, selon moi, car les victimes avaient toutes été tuées par des animaux
Dépassée par cette traque qui prenait une ampleur démesurée, j'avais fait poser dans la majorité des grandes villes des affichettes appelant la population détenant des informations à venir témoigner. J'y avais évidemment joint un moyen de me contacter par l'intermédiaire du maître des magiciens de chacune de ces cités.
J'aurais dû m'abstenir...
Finalement, ce n'était pas moi qui trouvais les ferals en premier.
Alors qu'un soir je rentrais à l'auberge du Bastion des Marteaux-hardis (Ombrelune semblait tellement accueillante, du point de vue de sectateurs un peu dérangés en quête d'un lieu tranquille pour invoquer un démon de rang supérieur), je découvrais sur la table de ma chambre un parchemin enchanté, une MMFA (Missive Magique par Flux Arcaniques), le système de communication privé réservé aux mages.
Un sourire victorieux tordait mes lèvres alors que je le déroulais: le mage de Comté-de-l'or me signalait qu'un pèlerin de retour des Steppes Ardentes était venu faire une déposition et souhaitait me rencontrer.
Ouais, c'est vrai qu'à ce moment là, ça avait presque l'air d'un miracle. Autant vous prévenir tout de suite, ça ne durerait pas très longtemps.
J'envoyais dans l'heure ma réponse et signalais que je serais à Comté-de-l'or le jour qui suivait. Sans vouloir donner l'air de me chercher des excuses, j'étais sacrément fatiguée après une rude journée et toute cette histoire commençait à me taper prodigieusement sur les nerfs. Enfin, quand même, ça ne m'autorisait pas pour autant à inscrire mon cerveau aux abonnés absents.
Et pourtant...
A peine le jour levé, j'étais debout, lavée, habillée et fin prête à mettre les voiles.
Je créais un portail pour Hurlevent, sans trop maugréer, contrairement à mon habitude. Je bondissais dedans, presque d'un air enjoué tout en essayant de me raisonner: non, je n'avais pas 10 ans, non, aucun amoureux transi ne m'attendait là bas ! Mais alors, pourquoi j'avais l'impression que je me conduisait exactement comme si c'était le cas ? Je savais qu'il aurait aussi bien pu s'agir d'une fausse alerte et que l'homme que je devais rencontrer n'aurait certainement rien d'instructif à m'apprendre, qu'importe, j'avais enfin du nouveau !
La traversée du vortex me refroidit quelque peu. Bon sang ! Ce n'était pas possible d'ouvrir des passages instables à ce point ?! Peut-être devrais-je envisager d'emporter des pastilles contre le mal de mer lors de mes voyages futurs...
J'enfourchais un talbuk et quittais la grande cité au galop. Il ne me faudrait que quelques minutes pour atteindre le petit village au sud de la capitale. Je faisais mon entrée à la Comté dans un nuage de poussière, sautais de ma monture avec souplesse et me dirigeais droit vers l'auberge. Je grimpais les marches menant au premier étage quatre à quatre et martelais frénétiquement la porte de la chambre du mage Zaldimar.
C'est un homme ensommeillé et les yeux encore dans le vague qui m'ouvrit. Visiblement nous n'avions pas les mêmes priorités. Il avait même le culot de me lancer un regard courroucé, comme si son repos avait plus d'importance que la capture de dangereux criminels ! Je le pressais de questions:
- Alors, ce pèlerin ? Où puis-je le trouver ? Il ne s'est pas défilé ? La Lumière vous maudisse, vieux débris, vous allez me répondre au lieu de bailler aux corneilles ?
- Oulaaaa, c'que vous pouvez être pressés, vous les gens d'la ville. L'pèlerin, l'a dormit su'l'porche d'l'auberge. I'dit qu'i'veut pas s'autoriser le moindre confort et qu'c'est l'but d'son pélerinage. I'doit être dans l'coin... Ptêt qu'i'dort encore, lui.
Son regard appuyé laissait entendre que lui même serait dans ce cas, si une magicienne surexcitée n'avait pas menacé de démolir sa porte à main nues.
- Je vois. C'est très aimable de votre part de m'avoir envoyé un message pour me prévenir. Je suis désolée de vous avoir tiré de votre hibernation. Je ne vous dérangerais pas plus longtemps. Merci encore !
Ces derniers mots avaient à peine quittés ma bouche que je me retrouvais à m'adresser à une porte close. Pas commode le petit vieux. Je me demandais, prise d'une seconde d'égarement, s'il provoquait des catastrophes quand il lançait ses sorts. Avec une prononciation aussi lamentable, une boule de feu pouvait vite se transformer en poule de feu et un trait de givre en traite des grives.
Bah, c'était son problème, pas le mien.
L'aubergiste, en me voyant redescendre, m'interpella:
- Hep ! J'ai un message à vous transmettre. Le type qui a dormi dehors. Il voulait que je dise à une draeneï du Kirin Tor qu'il l'attendrait près du vieux cimetière.
- Merci bien, madame. Tenez pour votre peine !
Je lui lançais une pièce d'or et sortais en trombe de son établissement. Je sortais du hameau et m'asseyais, adossée à une tombe.
Il ne me restait plus qu'à attendre la visite de mon mystérieux pèlerin. J'avais dans l'idée qu'il m'observait et patientais en espérant qu'il se décide un jour à se montrer.
Finalement, il sortit enfin d'une touffe de buissons. Ses vêtements miteux contrastaient fortement avec son parlé, recherché, voire même soutenu:
- Dame Shade Ecume du jour ? Vous êtes en quête d'un groupe de brigands, des personnes dont j'ai personnellement fait la connaissance dans des conditions absolument dégradantes ! Je ne saurais que vous conseiller d'abandonner vos recherches. Ces gens sont dangereux.
- Je comprends qu'ils vous aient effrayé, le rassurais-je, mais il est hors de question que je cesse de les poursuivre. C'est une question de sécurité planétaire. Comment les avez-vous rencontrés ? Vous avez dit détenir des informations capitales.
Il me jaugea un moment de ses yeux méfiants avant de débuter son récit:
- Je m'appelle Druidjemort. Ils m'ont proposé de me joindre à eux, pour créer une sorte de coalition de druides. Leur proposition m'a semblé malhonnête alors je l'ai déclinée. Eh bah, dites donc ! Ils m'ont menacé de mort et je ne leur ai échappé que de justesse !
Je faisais immédiatement le lien avec l'histoire de Merrows et Hephira:
- Alors, vous avez décidé de quitter les Légendes Obscures et de disparaître.
- Les Lég... ? Ah, oui ! Les Légendes Obscures, bien sûr ! C'est tout à fait ça, c'est vrai. Vous êtes une jeune femme très perspicace, damoiselle Shade.
J'avais à peine eu le temps de rougir à ce compliment si joliment formulé, qu'il ajoutait, l'air soudainement beaucoup moins aimable et serviable:
- Un petit peu trop perspicace, à vrai dire. Vous en savez trop. Vous devriez être fière de vous, les Ferals vous considèrent comme leur principale source d'ennui potentielle. Ce qui est déjà un petit peu plus dommage, de votre point de vue, c'est que vous venez de perdre ce statut. Vous n'avez pas été si difficile que ça à piéger. D'ici peu, vous ne risquerez plus de nous causer le moindre ennui. A part, peut-être, le débat interminable qui aura pour sujet l'endroit où nous creuserons votre tombe.
Je me mordais les lèvres, la lumière s'était faite dans ma tête, un peu trop tard:
- Vous n'imaginez pas que ce sera si facile ?bluffais-je. Prétendre être Druidjemort sans même prendre la peine d'étudier un minimum son passé... Votre hésitation quant aux Légendes m'a dévoilé la supercherie.
Vous êtes un bien piètre comédien.
Prête à me défendre, j'appelais à moi les énergies arcaniques pour incanter une déflagration et restais ébahie en constatant que ma puissance m'était inaccessible. Le druide me lança un sourire malicieux et brandit une amulette. L'objet devait être à l'origine de mon incapacité à invoquer ma magie.
Encore stupéfaite par ce constat, j'avisais sans réagir l'énorme masse cloutée qui vint percuter mon crâne. Un craquement sec accompagna ma chute vers l'inconscience.
Piégée. Moi. Et je n'avais rien vu venir. Je rêve...
Je retrouvais douloureusement mes esprits bien plus tard et constatais que la nuit était déjà tombée. Allongée sur le dos, je n'avais d'autre choix que de contempler le ciel. Un mal de tête abominable me ravageait le crâne et autour de moi, j'entrapercevais des ombres mouvantes et d'étranges lueurs orangées. Il faisait une chaleur épouvantable.
Je remarquais, après de longues minutes, que j'étais couchée sur une pierre plate et tiède et qu'un filet de sang coulait le long de ma tempe. Une sonnette d'alarme se déclenchait aussi sec dans ma tête. Peut-être que le cliquetis des chaînes qui me retenaient les mains et les pieds y étaient pour quelque chose.
Donc, en somme, je m'étais laissée avoir comme une débutante et en plus j'étais écartelée sur un autel comme un mouton qui attendait de se faire sacrifier... Ah ! Il fallait aussi ajouter le fait que personne ne savait où je me trouvais (pas même moi, soit dit en passant).
Je gigotais un peu et tirais sur mes liens sans trop espérer, qui sait, peut-être qu'un miracle aurait lieu. Une voix méprisante me ramena à la réalité:
- Eh bien, eh bien, on dirait que notre petit nuisible est de retour parmi les vivants. Vous nous cherchiez ? Il semblerait que vous nous ayez trouvés. C'est vrai qu'il a fallu un peu vous aider, mais l'important c'est que vous soyez ici.
Un elfe de nuit aux cheveux longs et d'un blanc d'os se pencha au dessus de moi, je reconnaissais celui qui s'était fait passer pour Druidjemort:
- Vous n'imaginiez peut-être pas les choses de cette façon ?
Je grognais mollement et sifflais, la bouche pâteuse:
- Dans ma version, vous étiez moins condescendant. Et un petit peu plus hors d'état de nuire. Je peux savoir ce que vous avez l'intention de faire ?
Il me scruta, un instant déstabilisé par mon insolence dont je ne savais me départir, même dans la pire des situations, avant de se ressaisir. Il lâcha, d'un ton menaçant:
- Vous le saurez bien assez tôt. Ah, voilà les autres.
Un léger bruit de conversation se rapprochait de nous. Je réussissais à soulever ma tête assez haut pour observer la douzaine de nouveaux arrivants. Tous vêtus de robes noires et de capuches sombres, il était impossible de deviner leur identité. Par contre, leur race, elle, se distinguait à la différence de carrure, les taurens étant largement avantagés quant à leur masse de muscles.
Le premier elfe qui m'avait parlé, sans doute leur chef, supposais-je, les invita à s'asseoir. J'entendais une taurenne ronchonner:
- Quitte à nous promettre un divertissement, tu aurais pu prévoir des chaises. Je ne pensais pas que suivre la voie du sang impliquait de s'asseoir en cercle autour d'un autel avec des roches pointues qui nous irritent les...
- Hum, ça ira, Evanéa. Tu n'avais pas l'air de trouver ça si déplaisant de découper ces mollusques à Havrenuit. Arrête deux minutes de te plaindre.
Evanéa ne répondit pas et se contenta de souffler dans son mufle. Mon elfe de nuit dégageait une certaine aura d'autorité et ses disciples n'y semblaient pas insensibles. Il s'assura que tout le monde était bien installé et commença son discours:
- Amis Ferals, aujourd'hui, notre maître va fêter son retour sur la terre des hommes. Nous avons tous les ingrédients nécessaires à notre rituel. Nos efforts ont portés leur fruits et d'ici peu, le monde nous appartiendra... ou presque. Le seigneur Hurlorage choisira les dix plus méritants d'entre nous et leur confira une capitale sur laquelle régner en son nom. Les autres recevront une place de choix comme généraux de sa nouvelle armée.
Ah. Illidan. Carrément.
Pour l'instant, la bande de fanatiques paraissait m'avoir oubliée mais j'avais comme dans l'idée que ça ne durerait pas bien longtemps. L'homme qui m'avait piégée poursuivait sa harangue, de plus en plus enthousiaste:
- Ils l'ont enfermé. Ils l'ont oublié. Son propre nom ne fait plus trembler que les enfants qui refusent de manger leur soupe. Pourtant, le maître est toujours là. Il n'est jamais parti. Il n'a cessé de penser au jour où il reviendrait exercer sa vengeance sur ce monde misérable. Il a planifié des plans et d'autres plans dans les plans ! Et le plus abouti de tous va signer son retour sur Azeroth, ce plan, nous en sommes les acteurs. La récompense sera à la hauteur, le maître l'a promis. Ses fidèles serviteurs reçoivent toujours ce qu'ils méritent.
Son auditoire avait l'air parfaitement d'accord avec lui et tout à fait persuadé de la véracité de ses propos. J'étouffais un soupir. Qui pouvait gober les promesses d'un démon ? Cela dit, Illidan savait se montrer très persuasif. Il aurait sans doute été capable d'embobiner le plus vertueux des paladins. En tout cas, son plan était ingénieux. De nos jours, on ne se souciait plus tellement de lui alors que la menace du roi-liche planait au dessus de nos têtes. J'esquissais un sourire ironique et désabusé: Arthas contre Illidan, le combat serait sans doute épique. Car il aurait été inutile de penser que les deux fléaux pourraient cohabiter. Il ne pouvait y avoir qu'un seul maître de l'univers et les deux créatures étaient très motivées. Eh bien, nous serions débarrassés d'au moins l'un des deux... finalement je ne trouvais pas cette pensée très réconfortante. Je commentais, d'une voix éraillée:
- C'est bien sympathique, cette petite assemblée, mais j'ai un mari qui m'attends pour le dîner. . Je peux m'en aller maintenant ?
Non, rassurez-vous, je n'espérais pas réellement qu'il me laissent partir. Mais si au moins ils pouvaient arrêter de parler, ce serait déjà ça. A ce rythme je serais morte d'ennui avant qu'ils en aient fini avec moi. Une elfe éclata de rire:
- Tu ne vas pas nous quitter si vite, Shade ? Ce serait si mal élevé. On a encore besoin de toi, grande teigne ! Et puis, on n'est pas si pressés, non ?
Je ravalais une réplique mordante, je n'étais pas en position de faire la maligne. De toute évidence, la politesse et les vouvoiements étaient l'exclusivité de leur chef. Ce dernier se retourna vers moi et passa sa main sur ma joue. Répugnant bonhomme !
- La demoiselle Shade Ecume du jour va bientôt nous faire ses adieux. Il est regrettable qu'elle se soit mêlée de nos affaires, mais les femmes, si charmantes soit-elles, sont toujours trop curieuses. Nous allons vite corriger ce défaut... ainsi que tout les autres, et ce de façon assez définitive.
Cette fois je baillais ostensiblement (après réflexion, je pense que, même pour sauver ma vie, je serais incapable de m'empêcher d'être insupportable) et grondais:
- Illidan a choisi une mauviette pareille pour l'invoquer ? Le pauvre a perdu la raison.
L'elfe miroitait plusieurs secondes et je devinais qu'il tentait de retenir sa colère pour ne pas se transformer. Il échouait lamentablement et c'est une panthère qui me rugit dans les oreilles, l'air tellement irascible que je m'estimais heureuse de ne pas avoir à entendre ses insultes en darnassien. Un humain s'approchait pour l'aider à se calmer.
Il était donc là mon nécromancien ! Je savais bien qu'une coalition de druides ne pouvait pas réaliser un rituel sans l'aide d'un professionnel ! J'étais bien avancée...
L'homme tira de sa sacoche un grimoire épais et demanda:
Est-ce qu'on peut commencer, à présent ? J'aimerais en finir rapidement. Ce volcan pourrait bien entrer en éruption d'une seconde à l'autre et le maître n'appréciera pas de nous voir brûler sans avoir fini de l'invoquer.
Volcan ? Les Steppes Ardentes, bien sûr ! Je me maudissais de ne pas y avoir pensé plus tôt. C'était si évident ! Une région désertique, ambiance démoniaque...
- Aucun sens du tragique, ces humains, se plaignait le druide irritable. Enfin, vas-y. Et arrange-toi pour que tout se passe comme prévu. Une fois le sort lancé, nous ne pourrons plus intervenir.
Je me débattais faiblement en observant le nécromancien qui traçait avec application (et en tirant la langue), un pentacle autour de l'autel. Cette fois, pas de trace de patte d'ours au milieu, juste une draeneï impuissante et un sorcier maléfique. J'avais bien une vague idée de ce qui suivrait, mais j'aurais préféré être très loin d'ici au moment où cela commencerait.

Je m'efforçais de garder la tête froide et de trouver un moyen de m'en sortir. Je savais faire de la magie... mais j'étais toujours privée de l'accès à mes réserves de mana. Il me restait bien le Don des Naarus, mais soigner les ennemis n'était pas conseillé par le manuel des gens qui veulent survivre. Je savais aussi enchanter des armes et des armures, et fabriquer tout un tas de machines improbables et relativement dangereuses pour la santé de leur utilisateur (enchanteresse et ingénieure, une combinaison détonante !). Est-ce qu'Illidan me laisserait la vie sauve si je lui proposais d'enchanter ses lames d'Azinoth ? J'avais comme un doute. On m'avait également confisqué mon sac.

Je repensais aux bombes en saronite qui traînaient à l'intérieur depuis quelques mois... est-ce que le détonateur se trouvait toujours dans mon gant ? Oui ! Eh, tous les mages commençaient leur apprentissage par quelques bêtes tours de prestidigitateurs et j'avais acquis à l'époque de sacrées bases dans la grande illusion. Pouvoir déclencher des explosions à distance, c'était le minimum du minimum ! Et puis, quand j'avais l'occasion de tout faire sauter, je ne m'en privais pas ! Je me remémorais rapidement ce que mon sac contenait d'autre: plusieurs potions, ma pierre de foyer, la lettre du mage de la Comté, des parchemins usagés, une carte du monde, de vieux composants pour mes métiers, le laissez-passer du Kirin Tor...
Rien que je n'étais pas prête à sacrifier pour échapper à la mort. Je respirais déjà un peu mieux. Tout n'était pas perdu.

L'humain avait fini de tracer son cercle d'invocation et déclamait, à grand renfort d'effets de gestes, la formule compliquée qui attirerait l'essence même d'Illidan Hurlorage à nos cotés. Ensuite de quoi, il ne resterait plus qu'à lui offrir la vie d'un innocent pour l'ancrer définitivement dans notre monde (j'vous dis pas la tête de l'innocente !).

Au fur et à mesure qu'il égrenait les mots de pouvoir, je sentais l'énergie démoniaque se répandre autour de nous. Je n'étais sans doute pas la seule car plusieurs druides s'agitaient et se tortillaient d'un air mal à l'aise. Le Mont Rochenoire lui-même paraissait s'intéresser aux actions de la secte: il bouillonnait, grondait et... tonnait ? Les seigneurs du lieu semblaient extrêmement dérangés par l'aura de magie noire qui se répandait autour de l'Autel des Tempêtes.

Des rugissements montaient de la cheminée du volcan.

L'incantation stoppa brutalement et je voyais un fin poignard d'ivoire ciselé s'élever au dessus de ma tête. Je décidais d'agir sans tarder car je ressentais déjà la présence d'un maître démon à nos cotés. Illidan revenait.

Je pressais discrètement et non sans empressement le petit détonateur caché dans mon gant. Un léger "chspourf" retentit et une fumée verdâtre s'éleva de mon sac à dos, étrangement toujours entier. Eh bien, pas d'explosion ? Pas de petits morceaux retombant de droite et de gauche ? Bon, la bonne nouvelle, c'était que j'avais réussi à surprendre les druides et l'humain, et que, pour l'instant, j'avais encore la vie sauve.
Mais pourquoi les bombes ne sautaient pas ? Je n'avais pourtant aucun fumigène en ma possession ! Ou alors... à quand remontait ce bain forcé dans le lac des Carmines (petite erreur de direction avant un transfert, sans commentaire !) ?

Oui, ça datait bien d'une semaine au maximum... Je n'avais pas pensé à changer les bombes depuis, évidemment. La poudre mouillée n'explosait pas, or la poudre de saronite pouvait rester humide des mois durant.

Pour la diversion, c'était raté. D'ici quelques secondes, ils auraient compris ce qu'il s'était passé et le sacrifice pourrait recommencer.
Mais qu'est-ce que j'avais fait aux dieux, au nom de la Lumière ?!

Je fermais les yeux et les serrais le plus fort possible. Il arrivait un moment où lutter ne servait plus à rien, j'avais joué et j'avais perdu.
Un hurlement me fit écarter les paupières, agacée. S'ils devaient me tuer, ils pourraient au moins s'arranger pour qu'on n'y passe pas la nuit ! Ah, tiens, ce n'était pas eux qui criaient. Une bande de nains dévalait la pente qui montait au Pic Rochenoire dans un concert de tintements d'armures, poursuivie par une bonne douzaine de draconiens. J'entendais l'un d'entre eux glapir:

- Désolés, on est vraiment désoléééééééééés !
- Je vous jure qu'on ne voulait tuer personne, braillais un autre, qui tenait bien à l'abri entre ses bras un gigantesque oeuf de dragon moucheté.
Je grimaçais: les nabots aimaient l'or. Et quelle était la relique la plus chère sur le marché ? Le jeune dragonnet de compagnie bien sûr. Avec assez de patience, on pouvait même en faire une monture.

Le plus gros de leurs poursuivants réussi à croquer l'un des aventuriers et s'en satisfait. Il abandonna la poursuite pour extraire du tas de tôle son précieux déjeuner. En voilà un qui savait apprécier la nourriture en conserve.

Peu à peu, les autres, lassés de courir après les petits êtres braillards, faisaient demi-tour et venaient quémander un partie de son repas au cracheur de feu-ouvre boîte.

Les nains, épuisés, devaient sans doute avoir repéré ma fumée verte car ils se dirigeaient droit sur nous.
L'esprit d'Illidan tournait dans le pentacle comme une bête enragée, plus personne ne se souciait vraiment de lui. Les druides observaient les dragons avec méfiance, le nécromancien s'efforçait de retrouver son calme et avouons que ce n'est pas facile quand une draeneï chante de vieux succès de Camerick, faux et à tue-tête juste à coté de vous (je n'avais rien trouvé de mieux pour le distraire le temps que mes sauveteurs potentiels viennent jusqu'à moi).

J'avais repris espoir. J'entonnais à plein poumon une version de J'ai dix sous dans ma poche dans l'espoir de les voir arriver plus vite. Une voix clama:

- Eh, Thorin ! Ça fait combien de temps que tu as pas cassé du Hordeux ? J'en ai trouvé tout un tas regarde !

Dans une sorte de frénésie meurtrière ils se jetèrent sur les taurens. Je sentais Illidan se faire la malle discrètement et souriais: pour ce coup-ci, ses serviteurs avaient échoué. Je vociférais:

- Je vous offre dix pièces d'or chacun si vous les faites prisonniers ! Les Allianceux aussi, le Kirin Tor les veut vivants ! Vous aurez de la réputation !

Ils ne se le firent pas dire deux fois. Les druides, encore surpris par cette intervention au beau milieu de leur plan qui se déroulait si bien jusque-là, se défendirent à peine. Une fois qu'ils furent tous emberlificotés dans un filet, le nain qui ressemblait le plus à un chef s'approcha de moi, l'expression rusée:

- Belle journée, mam'zelle, n'est-ce pas ? Dites-donc, c'est pas d'la chaîne en solde ça. Sûr, qu'on peut vous en débarrasser... mais c'est pas une mince affaire.

- Je vois, grognais-je. Moyennant un petit supplément en or, c'est ça ? Il y a beaucoup plus simple, sinon. Il vous suffit de fouiller les Ferals pour trouver la clé.

Un nain s'approchait d'un pas lourd et clama:

- Thorin, regarde c'que j'ai trouvé ! C't'y pas un beau bijou ça ?

Je reconnaissais l'amulette qui m'avait piégée.

- La ferme, Gurdil. J'négocie avec la p'tite. On en était où ? Ah, oui, j'disais ça fera bien une quinzaine de pièces d'or supplémentaires. Et un mois de bières sur l'ardoise du Kirin Tor à l'Auberge des Héros. Sinon, c'pas compliqué, on vous laisse là.

- Et les vautours viendront ronger ses os, ricana l'autre.

Je laissais un sourire de très mauvaise augure fleurir sur mes lèvres. Je fêtais le retour de ma puissance bien-aimée. Comment un guerrier aurait-il su se servir d'une amulette de druide ? C'était bien simple: il ne pouvait pas. Je pulvérisais mes chaînes avec une facilité déconcertante et posais mon regard sur les nabots. Je faisais bien deux fois leur taille. Même dans la catégorie petite teigne (grande dans mon cas, mais peu importe), je les battais aisément. La compagnie opéra un brusque repli stratégique et je réprimais un gloussement: ils avaient quand même mérité des remerciements, je ne pouvais pas les laisser partir comme ça ! Et pas avec mes sectateurs ! En plus je leur avais promis une récompense. Enfin, on s'en tiendrait à ma propre proposition. Des bières ! Vraiment n'importe quoi, ces nains. Dix pièces par personne c'était plus que raisonnable. Et puis, l'autre là, il n'avait équipé qu'un caleçon en mithril ! La nation naine, n'était plus ce qu'elle avait été, vraiment !
Finalement, les nains n'avaient pas été très difficiles à convaincre d'aller chercher leur récompense en main propre à Dalaran. J'entendais déjà les grincements de dent des archimages, cette bande de pingres. Je me doutais qu'on me reprocherait cette initiative malheureuse pendant des mois, mais je ne regrettais rien. Comme je m'y attendais, les nabots n'avaient pas fait trop de difficultés avant de se ranger à mon avis. Ils n'avaient même pas réessayé de négocier. La décadence de Forgefer, que voulez-vous...

Avec quatorze prisonniers, la question de voyage se posait. Un portail (instable, qui plus est) ne me semblait pas un moyen sûr pour transférer mes captifs. Étant seule, je ne me sentais pas capable de garder tout ce petit monde à l'oeil. Marcher jusqu'à Hurlevent, prendre un bateau pour le Norfendre et patauger dans la neige pour rallier Dalaran était inenvisageable. La seule pensée d'un tel périple m'épuisait. Pas question non plus d'emprunter les transports aériens, beaucoup trop chers.

Une sinistre évidence s'imposait. J'allais devoir me résoudre à réclamer de l'aide. Une grimace de dégoût anticipé me déforma les lèvres: j'avais horreur de dépendre du bon vouloir de quelqu'un d'autre que moi !

Je rédigeais, de ma petite écriture fine et nerveuse, une missive à l'intention de Rhonin et lui expédiait d'une petite décharge de magie (eh, tellement de magiciens auraient donné leur main droite pour avoir l'adresse de MMFA du grand maître du Kirin Tor !).

Le soleil n'était pas encore levé. Pourvu qu'il ait pensé à mettre sa mana en vibreur ! Sinon, j'étais bonne pour attendre qu'il se lève et ramasse les courriers dans sa boîte (il avait relié un coffret en bois aux flux magiques qui correspondaient à son adresse). Pour une fois, la chance était avec moi car une réponse me parvenait presque aussitôt. Je déroulais le parchemin et laissais échapper un grognement déçu. Il n'était orné que de quelques mots laconiques: Mage de guerre Kath'leen en route. Elle fait au plus vite.

C'était tout ? Pas une question sur la façon dont j'avais réussi cet exploit ? Aucune félicitation ? Même pas un petit «On a hâte de vous revoir» ?
Enfin, j'aurais pu plus mal tomber, Kath'leen était assez sympathique, je l'aimais bien. On ne pouvait pas en dire autant de tous les membres du Kirin Tor. C'était une petite humaine au sourire timide et elle me sautait au cou dès qu'elle nous rejoint.
Elle n'osait pas me questionner mais je me doutais qu'elle aurait aimé savoir ce que je faisais ici dans un tel état. La présence des nains et celle des druides l'intriguait sûrement aussi. Je décidais de lui raconter:

- Désolée pour le dérangement Kath, mais tu connais mon talent pour les portails ! Ces types là sont activement recherchés et... hum, disons que personne n'apprécierait que je les abîme au cours d'un voyage un peu remuant. Tu sais, le meurtre des égouts, le carnage de Reflet de Lune, tiens, même le retour d'Illidan ça a failli être eux ! Et, comme j'ai plus le permis pour les cargaisons fragiles...

Elle laissait échapper un sifflement admiratif et se moquait:

- Tu ne peux pas reprocher aux personnes sensées de refuser de faire les frais de ta magie de déplacement ! Même ton transfert est aléatoire !

Bon, elle n'avait pas entièrement tort. Kath'leen créait alors un portail pour Dalaran, d'une perfection exaspérante. Un maelström de magie bien régulier, stable et immobile. Pas d'éclairs colorés, de fumée sinueuse, ni de tressautements, contrairement aux miens. Je me persuadais, avec une mauvaise foi incontestable, que ce portail était trop beau pour être vrai, qu'on en ressortirai avec au moins une rougeole ou une petite épidémie.
Pourtant, quand je le traversais, je ne ressentais qu'un chatouillement au creux de l'estomac. Le monde était trop injuste.

Le bruit de quincaillerie derrière moi me faisait bondir de stupeur. Enfin un effet secondaire ? Eh non... juste les nains qui nous avaient suivis. Le fameux Thorin pestait et ronchonnait dans sa barbe:

- Dalaran ! Cité d'ramollis ! Qu'des maigrichons en robe qui racontent n'importe quoi. La magie, ça devrait être interdit ! Une bonne grosse hache qui coupe, ça c'est une arme. Faire surgir du feu et transformer des honnêtes guerriers en moutons, c'est vraiment une honte ! Si y avait pas les pièces d'or, je...

Je l'interrompais, menaçante:

- Ben, justement, il y a les pièces d'or. Et elles pourraient bien se volatiliser si tu te décides pas à te taire. Ici, on est dans la cité des mages, pas dans ton trou. Paysan !
Avant qu'il n'ait trouvé une réplique, Kath l'entraînait à sa suite en piaillant:

- A propos de votre argent, il est temps d'aller le chercher ! Venez donc avec vos braves compagnons, vous avez bien mérité cette petite compensation.

J'observais la troupe de boîtes de conserves bien disciplinée se mettre en marche à sa suite. Bon débarras ! J'allais confier mes prisonniers à Alturas, le gardien du Fort Pourpre et prenais ensuite la direction du Salon Violet. On m'avait informée que le Conseil s'y était réuni en vitesse afin d'entendre mon rapport.

Je grinçais des dents: je n'étais pas très emballée à l'idée de raconter comment je m'étais fait avoir. Même la façon dont je m'en était sortie me semblait lamentable. Des bombes mouillées ! Un groupe de nains ! Des chansons de Camerick ! Bon, ils n'auraient sans doute pas fait mieux que moi, mais ce n'était pas une raison.

Alors que j'entrais dans la petite salle de réunion, Rhonin m'ordonnait:

- Restez donc debout, mademoiselle Shade. Vous avez résolu votre première grosse affaire, c'est la moindre des choses que de nous dire comment vous avez fait cela.

Son regard goguenard me laissait deviner qu'il savait. Je portais presque inconsciemment la main à la profonde coupure sur ma tempe. Pour la première fois je ressentais la douleur du coup de masse que le fameux elfe qui s'était fait passer pour Druidjemort m'avait infligé. Je tanguais un peu sur mes jambes et me rattrapais à une chaise, de justesse. J'entendais vaguement un commentaire d'Erato sur la qualité de mes portails avant de tomber à genoux. La voix de Rhonin me paraissait très lointaine alors qu'il exigeait qu'on m'emmène à l'infirmerie. Peut-être que je serai exemptée de rapport ?

J'avais vaguement conscience de dame Olisarra qui s'agitait à cotés de moi, des bandages plein les mains. Il était question d'un poison anesthésiant qui ne faisait plus effet. D'où le retour foudroyant de la douleur. Si les druides empoisonnaient leurs armes, maintenant, où allait-on ?
Quelques jours avaient suffi pour me remettre sur pied. L'infirmière m'avait signalé que j'avais beaucoup de chance (elle me connaissait vraiment mal !) car aucun clou n'avait endommagé mon cerveau. Après une rencontre avec une masse cloutée, il paraissait que s'en tirer avec juste une entaille et une bosse, ça n'arrivait pas souvent.

J'avais finalement échappé à l'obligation de conter le récit de mes aventures au Conseil, mais c'était pour tomber sur pire encore: on me demandait d'apporter mon témoignage le jour du jugement. Le juge écouterait attentivement ce que je relaterai, puis ce que les druides avaient à dire pour leur défense.

J'avais intérêt à être convaincante. Je ne donnais pas cher de ma peau si jamais ils s'en sortaient.

Le jour prévu je me rendais donc sur l'aire de Krasus. Comme la ville ne possédait pas de réelle instance de justice (les criminels, on réglait leur compte avec un assassin discret, habituellement), une estrade avait été construite à la va-vite. Les grands chefs de l'Alliance et la Horde avaient été appelés pour tenir le rôle de juges.

Tyrande, Jaïna et Varian avaient répondus à l'appel, ainsi que Cairn, Sylvanas et Thrall. Les autres n'avaient pas pu se libérer pour être présents. Cairn et Tyrande échangeaient des regards mal à l'aise: les accusés faisaient partie de leur peuple et ils semblaient très mal le prendre. Rhonin faisait office de septième juge afin d'être sûr que le jury trancherait sans risque d'égalité.

Je me sentais légèrement rassurée en entendant appeler d'autres témoins à mes cotés. Je montais sur l'estrade avec précaution, accompagnée de Merrows (revenue des Pics, elle devait avoir réglé son problème de concurrence), de Tarem et du nain Thorin. J'avais la désagréable impression de sentir les regards des druides me transpercer le dos. Ils étaient solidement enchaînés et entourés d'une solide escorte de gardes de la ville.
Je répondais aux questions le plus précisément possible, d'abord en commun de l'Alliance puis dans celui de la Horde, par respect pour mes interlocuteurs. Les autres ne firent pas cet effort (enfin, tout le monde ne savait pas parler en Hordeux).

J'avais fini par renoncer à éluder les détails peu flatteurs de mon histoire. Je trouvais moins ridicule de tout avouer que de mentir. Et puis, si le Kirin Tor décidait de me virer, je pourrais toujours me reconvertir dans l'humour et le comique.

Le jury écoutait patiemment nos témoignages, beaucoup moins patiemment celui des prisonniers. Le chef des Ferals racontait une sombre histoire de complot et de malentendu. Tarem écarquillait les yeux et me soufflait:

- Personne ne va gober un truc aussi gros ! C'est hallucinant, ils ne vont pas le croire quand même ? Regarde Thrall, on dirait qu'il les trouve innocents !

Je fixais discrètement le chef des orcs et murmurais:

- Je pense pas... C'est bourré d'incohérence et de mensonges gros comme des montagnes. Même un Hordeux n'avalerai pas une histoire pareille, ils ne sont pas idiots à ce point.

Quand tout le monde avait terminé de raconter ce qu'il avait vu ou fait, le jury se retira pour délibérer. Dans le public, les spéculations allaient bon train. J'entendais un petit groupe de mages morts-vivants faire des paris sur les votes des chefs Allianceux. Les mauvaises langues sifflaient que Cairn et Tyrande déclareraient les accusés non-coupables pour préserver l'honneur de leurs peuples. Merrows me demandait:

- Tu penses qu'ils vont prendre pour combien ?
- Très longtemps, j'espère. J'ai pas envie de passer ma vie à craindre des représailles.

Je voyais Megelon, au bas de l'estrade, il m'adressait un petit signe de la main.
Rhonin revenait, suivi par les autres chefs de faction. Il déclara, d'un ton sec, debout face à la foule dans sa tenue violette (ya pas à dire, quand même, il en imposait):

- Les juges ont tranché, à l'unanimité, et ont choisi de condamner les accusés à quarante ans, six semaines, trois jours et douze heures de détention au Fort Pourpre. La sentence est tombée et ne peut être contestée.

Des hourras enthousiastes s'élevèrent de la population. On était comme ça à Dalaran: pas du genre à se réjouir du malheur des autres, mais un petit peu tout de même. Le chef du Kirin Tor se raclait la gorge pour demander le silence et poursuivait:

- De plus, pour ses services rendus aux autorités et aux habitants d'Azeroth et d'Outreterre, et pour avoir empêché l'avènement d'un démon majeur, le Conseil nomme la demoiselle Shade Écume du jour au poste de...

Je retenais mon souffle, légèrement surprise. En fait, je me plaisais plutôt bien, moi, en tant que responsable de la gestion des tensions entre la Horde et l'Alliance. J'avais pas tellement envie de changer. Un petit poste tranquille, pas compliqué, pas besoin de voyager, des responsabilités toutes relatives... Ça m'allait bien.

- ... Responsable de la résolution des meurtres et autres affaires mystérieuses et non-élucidées. Nous lui souhaitons une longue carrière à notre service.

Je manquais de m'étouffer. Comment ça les affaires non-résolues ?! Eh, galère...

Un jour, j'allais mourir et je finirai bien par rencontrer les dieux, non ?

Eh, bien, ils pouvaient commencer à trembler. Ce jour-là ce serait saignant. Très saignant.
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