Fanfiction World of Warcraft

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L'heure des sacrifices

Par Micazeve

Prologue : Nouveaux héros

Chapitre 1 : A l'aube d'une vie nouvelle

Chapitre 2 : Enaron

Chapitre 3 : L'apprentissage

Chapitre 4 : La voie du druide

Chapitre 5 : Brise-stellaire

Chapitre 6 : Derniers jours

Chapitre 7 : Retour à Dolanaar

De ses yeux étincelants comme des pierres précieuses, Nozdormu voyait tout ce qui avait été, ce qui était, et ce qui serait. Dans son repaire, un désert de sable aux dimensions infinies, le majestueux dragon de bronze veillait à la bonne continuité de l'horloge cosmique. Entouré de vestiges du passé qu'il avait amassé au fil de sa longue existence, il surveillait le flot du temps, et malgré le fait qu'il connaisse la trame principal de l'avenir, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter sur le sort de ce monde.

Le tourbillon d'images se stabilisa sur des terres magnifiques, dans lesquelles des nains avaient construit une majestueuse cité. Mais c'était une image du passé, et Nozdormu savait désormais ce qu'il était arrivé à cette région : l'invocation d'un lieutenant élémentaire détruisit ces lieux autrefois paisibles et érigea en leur centre un gigantesque volcan. Une deuxième vision apparut subitement aux yeux du dragon. Même lieu, mais quelques années plus tard. L'élémentaire avait déjà été invoqué dans cette vision. Le sol était recouvert de cendres, et l'on ne pouvait plus distinguer la belle terre rouge qui était auparavant omniprésente. Des saillies profondes lacéraient ces terres, et de la lave en surgissait aussi aisément que l'eau d'une fontaine. Des ogres brutaux et sanglants s'étaient installés dans l'une des nombreuses montagnes et massacraient un bon nombre d'aventuriers promis à un avenir de gloire et de richesse. Et au centre de ce territoire, le mont Blackrock s'imposait à la vue de tout ceux qui osaient s'aventurer en ces lieux. De la lave coulait sur les flancs abrupts qui conféraient un air menaçant à cette montagne.

Mais l'Aspect du Temps n'ignorait malheureusement pas que l'apparence de cette montagne refletait à peine les terribles évènements qui se déroulaient en son sein. L'élémentaire de feu Ragnaros s'est installé dans les profondeurs abyssales de ce mont depuis qu'il a été invoqué par des nains inconscients, qui ne tardèrent pas à devenir les esclaves de celui qu'ils voulaient contrôler. Ils prospectent désormais dans les Steppes Ardentes ou à l'intérieur même du pic, à la recherche de minerai pour leur maître qui désire se libérer du plan d'existence dans lequel les Titans l'ont banni, en créant tout d'abord un bon nombre de golems prêts à l'assister dans son long périple.

Pire encore, Nefarian, le fils de Deathwing, collabore avec sa soeur Onyxia pour redonner de la puissance au vol noir. Alors que l'antre d'Onyxia se trouve dans le marécage d'Âprefange, Nefarian s'est installé au sommet du mont Blackrock, entre la puissante Stormwind et l'imprenable Ironforge pour affaiblir l'alliance. Il a crée dans ce but les dragons chromatiques, hybrides des vols rouges et noirs, pour assouvir sa suprématie et devenir ainsi le digne descendant de l'ancien Aspect de la Terre. Au coeur de la montagne, ses sbires affrontent sans relâche les armées de Ragnaros, et quel que soit le vainqueur, l'humanité toute entière en subira les effets dévastateurs.

Soudain, la vision se déplaça, non seulement dans l'espace, mais également dans le temps. Nozdormu ne fut pas surpris de voir les grands sapins des plaines enneigées de Dun Morogh revenir à l'état de graines alors qu'il traversait ce territoire. Plus au Nord, il revécut la bataille aérienne entre quatre Aspects, dont lui-même, et le traître Neltharion, alors qu'un bataillon nain prenait en embuscade une caravane orc au niveau du sol. La vision continuait de se déplacer, survolant désormais un énorme viaduc à l'architecture naine en construction qui devrait relier deux continents. Des tours enchantées étaient dressées par des mages dans ce qui deviendrait la somptueuse cité de Dalaran. Nozdormu connaissait l'avenir de cette ville, détruite par un champion démoniaque. Des humains primitifs chassaient des loups sauvages dans les forêts de ce qui serait appelé par la suite Lordaeron, tandis que des Elfes recherchaient désespérément leur terre promise, qu'ils finiraient par trouver plus au Nord, pensa le dragon de bronze.

La vision finit par se stabiliser dans les collines verdoyantes de ce qui serait les contrées de Lordaeron plus tard. Ou Maleterres, encore plus tard, regretta Nozdormu. A peine avait-il pensé aux Maleterres qu'elles s'imposèrent à sa vue à travers le flux d'images. Un brouillard épais rendait encore plus étouffante l'atmosphère pestilentielle qui régnait ici en maître. Il limitait également le champ de vision, mais s'en plaindre aurait été de l'inconscience : il valait mieux que certaines choses ne soient pas vues car elles semblaient provenir de l'imagination d'un être dément. La présence de champignons de plusieurs mètres de haut aux effluves toxiques marquait à jamais les pensées de ceux assez courageux, ou fous, pour s'engager ici. De nombreux innocents périrent en ces lieux lors de la troisième guerre, et leurs cris déchirants parcourent encore les terres mortes de ce qui fut jadis la fierté de Lordaeron. Désormais, le fléau mort-vivant s'est installé fermement sur ces territoires conquis à l'aide d'Arthas, le prince déchu de Lordaeron.

L'ancienne école de magie, Scholomance, a été envahie par le fléau sur l'île de Caer Darrow, alors que des Ziggourats immenses sont disséminés dans les Maleterres de l'Est, là où la corruption est plus marquée. La majestueuse cité de Stratholme est en ruine, et diverses abominations du fléau profanent ses rues à jamais marquées par le massacre perpétué par Arthas. Mais le plus inquiétant réside dans la nécropole de Naxxramas qui sillonne la région de Pestebois, tandis que des choses horribles se trament dans chacune de ses ailes. De sa citadelle volante, Kel'Thuzad prépare une invasion de dimension inconcevable.

Le flot d'images se modifia une fois encore, pour emmener cette fois-ci Nozdormu de l'autre coté du grand océan, tout en remontant une fois de plus le flux temporel. L'Aspect du Temps constata que le Maelström crée par la destruction de l'Ancien Monde était présent, alors que la néfaste présence du Titan déchu n'avait pas encore souillée l'eau alentour. Sargeras. Plus de la moitié des fléaux de ce monde, et de centaines d'autres sans aucun doute, lui était attribué. S'il n'avait pas été attiré par l'utilisation imprudente que les Elfes et les humains faisaient de la magie, alors...

Le Puits d'Eternité n'aurait jamais été détruit après une terrible guerre indésirable. Les Orcs n'auraient jamais connu cette soif de sang insatiable. Les Draeneï n'auraient alors pas été massacrés par les Orcs. Le puissant Medivh n'aurait pas trahi son peuple et ouvert un portail à travers le Néant Distordu dans le but que les Orcs envahissent son monde. Le fléau mort-vivant n'aurait pas détruit la puissante Lordaeron ou même souillé le magnifique royaume elfique de Quel'Thalas. Les Elfes de la Nuit auraient conservé leur immortalité. Oui, Sargeras n'aurait jamais du poser le pied sur cette planète, pensa l'Intemporel alors qu'il approchait des côtes de Tanaris.

La vision planait au-dessus de grottes, dans lesquelles le vol de bronze, et Nozdormu lui-même, veillaient sur les flux temporels. C'était d'ailleurs dans les profondeurs de ces cavernes survolées par la vision que se trouvait Nozdormu, continuant d'observer méticuleusement le flux d'images magiques qui continuait sa course vers l'Ouest. Il s'était habitué depuis plusieurs millénaires à cette sensation de dédoublement qui nous envahit lorsqu'on parcourt le temps, pouvant laisser de graves séquelles aux esprits les plus faibles. Un vaste cratère, qui avait été façonné par une météorite en des temps immémoriaux s'offrit à la vue du dragon de bronze. Une jungle étouffante cernait l'immense piton central, et de terribles reptiles carnivores rodaient dans l'humidité ambiante de cette région peu accueillante. Alors que la paroi Ouest du cratère apparaissait dans le champ de vision de l'Aspect, il s'en rendit compte avec l'approche d'un immense pylône entouré d'une multitude de cristaux, l'humidité ambiante commença à s'estomper, au profit d'une chaleur écrasante. Même au sein de son repaire intemporel, Nozdormu sentait les vagues implacables de chaleur envahir son corps puissant. Le dragon inspectait chaque recoin du désert de Silithus durant sa traversée au-dessus du sable brûlant, attendant que les intrus de cette contrée daignent apparaître à travers le flot d'images colorées.

Au Sud, les ruches finirent enfin par apparaître, dans toute leur répugnance. Ces immenses structures organiques ne cessaient de se mouvoir, semblant chasser tout intrus, toute forme de vie. Au niveau du sol, ou même dans les airs pour certains spécimens plus évolués, les Aqir, insectes intelligents, protégeaient leur territoire tout en conservant leur instinct d'expansion perpétuelle qui les emmenait assez fréquemment au combat contre d'autres races. Vaincus par les trolls il y a des millénaires, avant même la guerre des anciens, les Aqir finirent par se séparer en deux royaumes : Ahn'Qiraj avait été fondé dans le désert de Silithus, tandis que d'autres Aqir avaient bâti Azjol-Nerub dans les terres glacées de Northrend, pour finir esclaves du fléau mort-vivant après une longue guerre d'usure. Encore Sargeras, pensa le dragon de bronze avec désespoir.

Pour la troisième fois, Nozdormu appela à lui une vision du présent, qui révéla des ruches encore plus vastes que par le passé, et la présence d'une immense barrière de pierres et de racines, sûrement l'une des plus impénétrables de tout Kalimdor. Mille ans auparavant, le peuple valeureux des Elfes de la Nuit et les puissants dragons avaient, au prix de nombreuses pertes, repoussés les insectes dans les Sud de Silithus. Les Qiraji, c'est ainsi qu'on les nomma du nom de leur cité, ne pouvaient être tous éliminés tant leurs nuées semblaient infinies, ce qui entraîna une décision hâtive entre l'alliance des dragons et des Elfes qui acceptèrent de faire un sacrifice dans le but de maîtriser les Qiraji.

Et c'est ainsi que trois dragons, Merithra l'enfant d'Ysera la verte, Caelestrasz la progéniture d'Alexstrasza la rouge et Arygos, le fils de Malygos le bleu, s'engouffrèrent dans la cité d'Ahn'Qiraj pour retenir les insectes, pendant que les druides et Anachronos, l'héritier de Nozdormu lui-même, rassemblaient leurs forces et invoquaient un mur enchanté. La frontière ne s'arrêtait pas seulement aux limites physiques de la muraille, car les Qiraji ailés qui tentèrent de survoler le mur s'écrasèrent violemment contre une barrière invisible. La seule façon de passer la protection magique était d'utiliser le sceptre des sables changeants crée par Anachronos, même si le chef Elfe Fandral Staghelm l'avait détruit dans un accès de colère, causé par la mort de son fils, exécuté par le général Qiraj Rajaxx.

Malheureusement, des groupes d'aventuriers avaient sillonnés les contrées isolées du monde à la recherche des différents fragments du sceptre, et aujourd'hui, il était reconstitué et la porte d'Ahn'Qiraj était à nouveau ouverte. Durant leur millénaire d'emprisonnement, les Qiraji ont préparé leur assaut contre toute forme de vie, et guidées par le dieu C'Thun, leurs armées se sont rassemblées dans les ruines d'Ahn'Qiraj et le désert de Silithus. Les combattants du Cercle Cénarien se sont vaillamment dressés contre les nuées maléfiques, mais Nozdormu doute que cette alliance entre les Elfes de la Nuit et les nobles taurens puisse vaincre les insectes dans ce désert. Un groupe de héros est à présent requis pour neutraliser C'Thun et la menace Qiraj avant qu'elle ne prenne trop d'ampleur et condamne cette planète.

La pire atrocité commise par les indésirables insectes était, aux yeux de Nozdormu, d'avoir osé attaquer son repaire durant la guerre des sables changeants. Les grottes du temps ont résistées, mais elles sont désormais à la merci d'un danger bien plus grand que les dragons de bronze doivent résoudre au plus vite. Des envoyés des ténèbres ont réussi à pénétrer dans différentes voies temporelles pour modifier le passé et déstructurer l'histoire du monde. L'Intemporel se détacha de la vision et s'engouffra dans les profondeurs de son repaire. Au centre d'une vaste caverne, le sable magique s'écoulait inlassablement de la partie supérieure à la partie inférieure d'un sablier aux propriétés cosmiques. Des dizaines de dragons et de draconides du vol de bronze s'affairaient à maintenir cohérent le tissu de la réalité dans les multitudes d'embranchements avoisinants. Mais les créatures des ténèbres ont frappé un grand coup en interdisant l'accès des voies temporelles à tous les descendants de Nozdormu. Une puissante magie avait été mise en place, et au lieu de s'épuiser en essayant de les neutraliser, ce qui n'avait aucun effet par ailleurs, le dragon de bronze décida de contourner ces maléfices en utilisant des races inférieures pour mener sa mission de gardien du Temps à bien.

Il lui fallait trouver les champions des mortels, ceux qui avaient résistés aux dangers que l'Aspect du Temps venait d'observer à l'aide d'une vision. Il lui fallait trouver des héros au sang-froid exemplaire, au courage sans faille, et dotés d'un profond sens du sacrifice. Il lui fallait trouver des hommes et des femmes capables d'abandonner toutes leurs possessions matérielles ou spirituelles pour sauver ce qu'ils aimaient. Pour la première fois de sa longue vie, Nozdormu, qui avait toujours eu le temps de réfléchir longuement avant de prendre une décision, était pressé. Le temps faisait défaut à l'Aspect du Temps lui-même, et s'il ne trouvait pas rapidement un groupe prêt à se sacrifier pour sa planète, personne ne le trouverait.

Alors il veillait méticuleusement, là où les plus puissants mortels oeuvraient : dans les immenses capitales des deux continents, ou dans les régions dévastées, telles les Maleterres, le désert de Silithus, les Steppes Ardentes, tant de territoires où le mal rôde sous l'une de ses nombreuses formes. Le dragon constatait que bon nombre de combattants se réunissaient depuis quelques mois dans les Terres Foudroyées, et que le combat entre l'Alliance et la horde avait laissé place à une trêve face à un ennemi plus grand. Le maléfique seigneur Kazzak a utilisé une relique ressurgie du passé pour rouvrir la Porte des Ténèbres, et les force démoniaques de la Légion Ardente se rassemblent dans la Péninsule des Flammes Infernales pour attaquer Azeroth une fois de plus. Unis comme elles le furent à la bataille du mont Hyjal, les plus grandes races mortelles protègent leur monde en luttant côte à côte dans ce qui fut jadis Draenor.

L'Intemporel invoqua alors à lui une vision de l'Outreterre, pour approfondir ses recherches nécessaires à la bonne continuité du temps. Le flux d'images emplit son champ de vision, et le sol de la caverne disparut tandis que se matérialisait, au niveau du sol, une vaste structure bâtie autrefois par les puissantes mains des Orcs. Du haut de sa cinquantaine de mètres, la majestueuse Porte des Ténèbres dominait les larges escaliers qui s'étendaient à perte de vue. Il y a des décennies, les Orcs gravirent ces marches pour se rendre en Azeroth, alors qu'en ce moment même, Nozdormu inspectait méticuleusement les nombreux combattants qui descendaient lentement ces marches, subjugués par le spectacle nouveau qui s'offrait à leurs yeux. Certes, le classique ciel bleu était ici remplacé par une voûte spatiale où il n'était pas rare d'observer des météorites ou des planètes assez proches se déplaçant dans le Néant Distordu, mais ce qui ralentissait généralement les nouveaux venus en Outreterre, c'était la horde innombrable de démons qui attaquait les positions fortifiées au bas des escaliers. C'était en ce lieu, l'Escalier du Destin, que la bravoure des espoirs du monde était testée pour la première fois, et il arrivait quelquefois que l'un d'entre eux reparte précipitamment à travers le portail dimensionnel. Heureusement, la grande majorité s'armait de courage et allait soutenir les troupes déjà en place, pendant un temps plus ou moins long.

L'Aspect du Temps ne s'attarda pas en ce lieu, car les vrais héros ne défendaient pas continuellement la porte, mais allaient affronter l'ennemi à l'intérieur même du continent flottant dans le Néant Distordu. D'un simple geste, il se mit alors à survoler d'une vitesse proprement ahurissante les terres à jamais balafrées de la Péninsule des Flammes Infernales, où la puissance des démons semblait simplement inépuisable. Le paysage bosselé, témoin de nombreuses et sanglantes batailles entre la Horde et l'Alliance à la fin de la seconde Guerre, finit par disparaître, au profit d'une forêt luxuriante à l'atmosphère humide et épaisse. La principale forme de vie prenait la forme d'Arakkoas, hommes-oiseaux assez agressifs qui résidaient dans les solides arbres de la forêt de Terrokar.

À l'aide de la vision, Nozdormu se rapprochait pour une énième fois de sa source ultime dans la recherche de héros ; Shattrath, la plus grande cité de l'Outreterre où des milliers d'hommes et de femmes de toutes races arpentaient ses rues et ruelles à la recherche de quoi continuer leur dangereux périple, commença à affirmer sa présence avec l'apparition à l'horizon d'un cylindre lumineux qui s'érigeait continuellement vers le ciel toujours étoilé du Néant Distordu. Au niveau du sol, les hautes murailles brunes de la cité se dressaient majestueusement, défendues par des foules de Draeneï et d'Elfes de Sang qui s'étaient ralliés à la cause des Sha'tar, malgré les querelles intestines qui avaient créées deux grandes factions au sein de Shattrath : les Elfes de Sang s'étaient renommés les Clairvoyants, alors que les Draeneï s'étaient groupés sous le nom de l'Aldor. Chaque camp avait sa propre idéologie, et deux vastes quartiers adossés aux montagnes surplombant la ville furent cédés pour éviter un étalage de violence dans la cité qui était considérée comme un havre de paix et de repos pour tous les voyageurs qui s'y arrêtaient. Derrière les solides murs, un large anneau d'habitations, boutiques, marchands ou auberges formait la Ville Basse, où résidait une grande partie de la population de Shattrath. Nozdormu constatait quelquefois qu'un visiteur assez courageux, ou qui s'ennuyait totalement, pouvait marcher durant les quelques heures nécessaires pour faire le tour de ce vaste anneau. Surplombant la ville basse de plusieurs mètres, la Terrasse des Lumières constituait le coeur de la cité. Depuis l'immense salle centrale où des portails magiques étaient dressés vers toutes les capitales du Vieux Monde pour faire économiser un temps précieux aux combattantes de tout genre, le puissant mage Khadgar assurait, à l'aide d'un dirigeant Sha'tar, les défenses de Shattrath et des grandes villes de l'Outreterre face à la menace démoniaque.

Nozdormu survola l'épaisse muraille et plongea pour faire le tour de la Ville Basse qui se situait en contrebas par rapport aux imposantes portes de la cité. Il n'était pas rare que les exploits d'un héros mettent une bonne partie de la population en liesse et donnent lieu à de puissants hommages. L'Intemporel aurait aimé connaître les sentiments de ceux qu'il croisait, si seulement il lui avait été offert la possibilité de trouver une âme qui vive dans les rues désertes qui s'offraient à perte de vue. Malgré la myriade de futurs probables qu'il connaissait, aucun ne faisait état d'une ville désertée. Dans certains avenirs, Shattrath serait un amas de ruines et les races morelles connaîtraient la mort ou la fuite, tandis que dans d'autres, la grande cité resterait presque identique à celle du présent. Jamais la cité ne pourrait, ne devrait être intacte mais inoccupée. Le dragon augmenta mentalement la vitesse de déplacement de la vision, alors qu'un vacarme inidentifiable se prononçait avec son approche. Des cris pouvaient être perçus désormais. Probablement un massacre perpétué par la Légion Ardente, qui laisserait le chaos dans son sillage de destruction. Shattrath tombée, l'Outreterre subirait bientôt le même sort...

Nozdormu ralentit alors, redoutant ce qui apparaîtrait bientôt à ses yeux, sans se douter de l'immense méprise dont il fut la victime. Les cris n'étaient pas de douleur, mais de bonheur. Un rassemblement impressionnant de toutes les races qui exprimaient bruyamment leur joie se tenait devant les grands yeux ébahis du dragon. Même les querelles entre les Clairvoyants et les membres de l'Aldor semblaient disparaître au profit de l'allégresse qui régnait en maître dans la Ville Basse toute entière, et certains membres estimés de la Terrasse des Lumières s'étaient même joints au groupe, tel l'imposant Khadgar qui observait avec un intérêt non dissimulé les trois héros que la foule portait.

La jeune Elfe de la Nuit semblait gênée qu'on lui porte autant d'intérêt, mais souriait néanmoins, probablement grâce à la présence de son compagnon Humain qui lui tenait la main pour la rassurer. Le Nain, au contraire semblait profiter pleinement de la situation et des pintes de bière qu'on lui offrait gratuitement. Pour avoir mis la cité dans un tel émoi, le trio devait avoir réalisé un exploit grandiose, qui étonnerait peut-être même le dragon de bronze, pourtant habitué aux faits extraordinaires de par son rôle de gardien du Temps. Pour Nozdormu, c'étaient des membres potentiels dans son combat pour réparer les flots temporels, et la seule façon de vérifier que les trois aventuriers qui se trouvaient devant lui étaient réellement des héros consistait à explorer leur passé pour mieux se rendre compte des exploits qu'ils avaient alors accompli. L'Aspect du Temps abandonna alors la vision de Shattrath, et tandis que la roche sombre se rematérialisait autour de lui, il songeait déjà au prochain flot d'images qu'il invoquerait.

Lequel de ces trois combattants examiner en premier ? Allait-il suivre la formation de l'Humain dans les alentours de la majestueuse abbaye de Northshire, ou les péripéties du Nain à travers les plaines gelées et toutes les auberges de Dun Morogh ? Finalement, Nozdormu se décida à observer l'apprentissage de l'Elfe dans l'immense arbre qu'est Teldrassil, et se mit à appeler à lui une vision d'une forêt luxuriante. Le dragon se mit à planer entre les arbres, survolant les créatures qui rodaient en ce lieu il y a quelques années, tout en se rapprochant de la grande cité Elfique de Dolanaar, qui était presque identique à sa version du présent. Volant désormais au-dessus du vaste quartier résidentiel, le dragon se mit à ralentir, pour s'approcher d'une maison de bois parmi tant d'autres, mis à part le fait qu'une future héroïne s'y trouvait, ne pouvant pas dormir, car une épreuve l'attendait le lendemain. Allongée sur son lit, la jeune Elfe n'attendait qu'une seule chose.

La Nuit.
La Nuit.

Pour bien des races, le coucher du soleil représentait la fin d'une dure journée de labeur et l'approche d'un sommeil réparateur, mais pour d'autres, moins nombreuses, il agissait à l'opposé en annonçant la fin du repos. Les Elfes de la Nuit étaient de celles-là : à chaque fois que l'astre solaire disparaissait à l'horizon, les Elfes se tiraient de leur sommeil pour s'atteler à leurs tâches, et quand la lumière du jour perçait à nouveau la cime des arbres, ils retournaient se reposer. Ce mode de vie était moins visible dans la forêt où ils résidaient, car le feuillage dense des arbres avoisinants les protégeait des rayons du soleil, mais lorsqu'ils s'aventuraient dans d'autres contrées moins adaptées, telle la Forêt d'Elwynn où les arbres étaient trop éloignées les uns des autres pour prétendre protéger les Elfes de la lumière du jour, on constatait en effet que le soleil les affaiblissait durant la journée.

Cette journée n'avait pas été très réparatrice pour Allerianne Grovemoon. A vrai dire, elle n'avait que très peu dormi tant elle redoutait ce qui allait arriver dans quelques heures. Allongée sur son lit, elle attendait néanmoins avec impatience les premiers reflets lunaires pour que cesse enfin le supplice dont elle était la victime. Quand cette journée allait-elle daigner se terminer ? Allerianne se redressa et regarda vers l'extérieur de la bâtisse, à la recherche d'un indice annonçant l'imminence de la nuit.

Ses yeux argentés scrutèrent la forêt, et elle ne put distinguer aucun animal dans son champ de vision, ce qui annonçait que l'attente prendrait bientôt fin, plus tôt que prévu. En effet, les bêtes qui vivaient ici s'étaient habituées à l'obscurité ambiante, mais un instinct profond leur dictait les différentes phases solaires. Ses lèvres douces et élégantes laissèrent échapper un soupir, et elle se rallongea, attendant l'inéluctable. Allerianne avait un visage plus plein que la norme Elfique, et, ajouté à son nez fin et pointu, cela rehaussait encore sa beauté. Sa longue chevelure d'un bleu clair et intense qui contrastait élégamment avec le violet de sa peau soyeuse suivait les formes minces, mais néanmoins généreuses, qui se dessinaient sous son drap de lin, pour s'arrêter finalement à hauteur de sa taille. Même si l'élégance se savait commune à tous les Elfes, Allerianne était une beauté élancée qui ne laissait guère indifférent. Mais si elle s'était habituée au regard non innocent de la plupart des hommes qu'elle croisait, l'intérêt qu'on lui porterait dans quelques heures ne pourrait que la troubler.

Soudain, ses longues oreilles pointues perçurent quelques bruits sourds de l'autre coté de la porte. Des pas. Quelqu'un se rapprochait. L'ouïe perçante des Elfes, quels qu'ils soient, était connue dans tous les royaumes, et bien des races savaient qu'il était imprudent de railler un Elfe proche. Les bruits parurent s'arrêter devant la porte. Allerianne n'osait plus respirer tant elle savait ce qui allait se passer, et le son caractéristique d'une main frappant sur du bois sonna la fin de l'attente.

-Allerianne, chuchota une voix féminine mais qui semblait néanmoins âgée. Il faut te lever. Tu sais comme moi que aujourd'hui est le jour.
-J'arrive Melthane, répondit-elle de sa voix claire comme l'eau.

Melthane Shadowbird n'était pas la mère d'Allerianne. Elle et son mari Isalthor avaient perdu leur fils unique il y a cinq ans, et quand ils furent prévenus du tragique destin de la jeune adolescente qu'était alors Allerianne, ils lui offrirent l'hospitalité chaleureuse qu'aurait du retrouver leur fils à la fin de la guerre. Elle ne put refuser : ses parents venaient de mourir dans d'atroces circonstances, elle n'avait aucune proche famille, et la jeune Elfe savait qu'elle n'aurait pu tenir bien longtemps si elle n'avait pas eu de repère auquel s'accrocher. Le couple Shadowbird lui avait sauvé la vie en l'accueillant, et elle leur en serait éternellement reconnaissante.

Pendant qu'elle s'habillait, Allerianne se remémora la disparition de ses parents. A vrai dire, elle y pensait continuellement.

Sa jeunesse dans la luxuriante forêt d'Ashenvale restait dans ses pensées comme le meilleur moment de sa vie. L'insouciance de l'âge et l'immortalité à laquelle tous les Elfes étaient promis participaient grandement à son épanouissement dans cet environnement magnifique. Le village de Solrannar était assez éloigné des grandes cités Elfiques, mais la centaine d'âmes qui s'y trouvait suffisait largement à subvenir aux besoins de tous. Tout y était parfait. Jusqu'à l'arrivée des démons, il y a désormais cinq ans.

A cette époque, Allerianne profitait de la douceur de la nuit en vagabondant chaque soir dans le bosquet voisin pour approfondir ses relations avec la nature. Mais cette nuit-là, alors qu'elle retournait à Solranaar, la jeune Elfe put sentir une odeur âpre et malsaine qu'elle ne connaissait pas. Qu'elle n'aurait jamais dû connaître. Celle de la corruption démoniaque.

Inquiète, elle se mit à courir de plus en plus rapidement sur le tapis de feuilles permanent qui recouvrait la terre fertile des bois, en direction de sa demeure. Mais à quelques centaines de mètres du village, ses yeux d'argent virent une épaisse fumée noire dépasser la cime des plus hauts arbres. Et, alors qu'elle suivait du regard la montée des volutes de fumée, une première météorite flamboyante s'offrit à ses yeux. Subjuguée par ce spectacle irréel mais néanmoins impressionnant, elle regarda ce rocher enflammé continuer sa course vers Solrannar. Un fracas assourdissant, provenant non seulement du choc entre l'objet et le sol mais également du balayement instantané des arbres qui, bien que profondément enracinés, ne purent résister à l'effet de l'onde de choc, la fit sortir de sa stupeur. Elle se remit donc en marche vers le village qu'elle imaginait désormais dévasté, en restant cependant bien plus prudente qu'il y a quelques minutes. L'atmosphère angoissante s'amplifiait à chacun de ses pas, elle commença à avoir du mal à respirer, et quoi qu'il se passe à Solrannar, elle se doutait que cela n'agissait pas dans un but positif.
Des géants cornus et ailés en armures flamboyantes. Des loups au cuir écailleux possédant deux tentacules qui semblaient aspirer l'énergie magique de chacun. Des titans de pierre aux articulations de feu. Et en face, une trentaine d'Elfes de la nuit qui semblaient bien démunis et sûrs de leur destin proche, mais qui restaient néanmoins sur leurs positions pour faciliter la retraite improvisée du village. Allerianne les vit se faire massacrer en quelques secondes, périssant sous les lames acérées ou les sorts impitoyables des sorciers chaotiques. Les défenseurs les plus malchanceux voyaient leur chair se liquéfier et agonisaient dans des râles insupportables. Son père périt de cette façon.

Allerianne ne versa même pas une larme tant elle fut choquée, et le bruit strident que créa le rocher ardent qui lui fonçait dessus ne lui fit prendre conscience du danger que trop tard. Elle se mit alors à courir aussi vite que ses jambes le lui permettaient, et quelques secondes plus tard, le sol se déroba sous ses pieds et un choc intense, si intense que l'Elfe crut qu'elle n'entendrait plus jamais l'éclosion des bourgeons, témoigna du choc. De toute façon, la jeune Elfe était sûre qu'elle n'entendrait plus aucun son d'ici quelques minutes et, tandis qu'elle chutait et sentait de la terre chaude d'Ashenvale lui retomber dessus, Allerianne se mit à entendre simultanément une myriade de sons qui lui arrivaient dessus.
Des rugissements pleins de rage s'élevèrent au-dessus du lot. Des griffes acérées, menées par de puissants muscles, labouraient la terre gangrenée et se rapprochaient de l'adolescente. Les Elfes qui chevauchaient ces panthères géantes ne toléraient pas cette intrusion maléfique, et ils étaient déterminés à la repousser par la force des armes.

Derrière Allerianne, un titan de pierre se dégagea sans difficulté du cratère qu'il venait de créer en tombant des cieux. Ils étaient les météorites. Prise entre deux feux, la jeune Elfe était persuadée que son destin approchait, et c'est alors qu'elle attendait la mort qu'elle reçut une flèche dans le dos et s'évanouit.

Quand elle se réveilla, quelques jours plus tard lui dit-on, un visage encore plus beau que le sien l'attendait. Allerianne crut qu'il s'agissait de la déesse Elune en personne, mais la douleur intense qu'elle sentait dans le poumon droit lui fit comprendre qu'elle était encore en vie. C'était cette Elfe adulte qui l'avait soignée, et elle semblait avoir beaucoup d'autorité sur tous les autres guerriers présents dans le bastion d'Astranaar, une grande cité Elfique se situant bien à l'Ouest de Solranaar. Allerianne finit par apprendre lors de sa convalescence que l'Elfe qui l'avait soignée n'était nulle autre que la grande prêtresse Tyrande Whisperwind, ce qui expliquait sa méprise avec Elune, mais lorsqu'elle voulut la remercier, Tyrande était déjà partie avec plusieurs régiments dans le but de réveiller l'archidruide Malfurion Stormrage. On confirma également à l'Elfe la mort des ses deux parents, sa mère ayant été tuée par un chien démoniaque, selon les dires d'une des nombreuses chasseresses. Allerianne sombra alors dans la dépression, et ce ne fut qu'avec l'aide des Shadowbird qu'elle put surmonter cette épreuve et retrouver une vie presque normale.

Allerianne était enfin prête à aller déjeuner avec sa famille adoptive. Elle était vêtue d'une tunique en cuir qui laissait apparaître le galbe sensuel de sa poitrine, et s'arrêtait quelques centimètres au-dessus de son nombril. Plus bas, un pantalon d'un vert naturel complétait sa tenue jusqu'à ses pieds, que des bottes tressées protégeaient des plantes épineuses de la forêt, tels les chardonniers. La jeune Elfe se rapprocha d'un des meubles finement sculptés qui ornaient sa chambre, et saisit un coffret assez poussiéreux posé en son sommet. Elle ne s'en était pas saisi depuis quelques mois, et l'ouvrit avec une délicatesse extrême, pour en sortir finalement un pendentif finement ouvragé. Sa mère lui avait offert ce chef-d'oeuvre Elfique à ses dix ans, en lui demandant de s'en parer uniquement lors de journées importantes. Allerianne s'empara alors du pendentif, et ne put s'empêcher de le contempler, une fois de plus. Un cristal était serti dans l'or du bijou, et en son centre, un tourbillon de impétueux de couleurs vives ne cessait de se mouvoir. L'Elfe se doutait qu'il s'agissait d'énergie magique, mais elle ignorait toujours, malgré toutes ses tentatives pour le découvrir, la portée du pouvoir qui imprégnait le magnifique joyau. Finalement, Allerianne l'attacha autour de son cou et se mit en marche vers la porte. La furtivité étant naturelle chez les Elfes, et encore plus importante chez les jeunes, le plancher ne grinça pas sous les pas délicats de l'Elfe, qui considérait cette compétence raciale avec intérêt pour son avenir proche.

La porte ouvragée s'ouvrit et laissa place à une grande pièce de bois, parsemée de nombreux meubles et sièges, dans laquelle les Shadowbird se nourrissaient sous la clarté lunaire qui était omniprésente en ce lieu. Elle provenait d'une fenêtre dans le toit, qui laissait passer les rayons lunaires quand le temps le permettait. En temps de pluie, on bloquait cette fenêtre ainsi que les nombreuses autres présentes dans la demeure que l'on éclairait alors à l'aide de pierres précieuses luminescentes.

-Te voilà enfin, déclara Isalthor de sa voix grave mais néanmoins amicale. Je commençais à me demander si tu allais être réveillée à temps. Tu dormiras bientôt plus qu'un druide en hibernation !

Allerianne ne put réprimer un sourire à la plaisanterie de son père adoptif, mais elle savait très bien que la guerre l'avait marqué à jamais. Aussi bien physiquement qu'au tréfonds de son âme. Isalthor avait été envoyé combattre dans les premières escarmouches avec un bon nombre de connaissances, dont son fils. Lors d'un affrontement sanglant, une lame démoniaque traversa son flanc droit, et paradoxalement, elle lui sauva la vie. Il fut évacué dans l'urgence pour profiter des soins qu'Elune prodiguait par l'intermédiaire des prêtresses, alors que le reste de sa compagnie continuait sa campagne militaire dans la forêt d'Ashenvale. Il n'eut plus aucune nouvelle de ce régiment, et ce manque d'information finit par lui confirmer la mort de son fils unique. De plus, une balafre d'une vingtaine de centimètres s'étendait désormais sous son bras droit. Il fut contraint d'aider les réfugiés de la région avec Melthane, jusqu'à ce qu'il trouve la jeune Allerianne.

Ils vécurent tous trois dans la forêt d'Ashenvale qui avait survécue à la guerre, malgré quelques réminiscences de la corruption démoniaque qui se faisaient sentir dans la faune et la flore alentour. Trois années s'écoulèrent dans la crainte d'une nouvelle attaque de la légion ardente, c'est ainsi qu'on nommait l'armée de monstres provenant du néant distordu, quand l'archidruide Fandral Staghelm proposa une nouvelle demeure pour les Elfes de la nuit, au Nord-Ouest des côtes de Kalimdor. Beaucoup acceptèrent, principalement dans le but d'oublier les horreurs du passé ; la famille Shadowbird en fut et s'installa dans une grande cité, au centre des nouvelles terres, où elle y construisit une bâtisse en harmonie avec la nature avoisinante.

Allerianne fit la bise au deux membres du couple, puis chercha sur une étagère de quoi se préparer à cette épreuve. Elle finit par trouver, en tâtonnant hasardeusement dans l'étagère qui était bien plus haute que la jeune Elfe n'était grande, un morceau de bleu de Darnassus, fromage réputé pour ses vertus régénératrices dans le moindre recoin des deux continents. Une cruche d'hydromel accompagna ce repas frugal mais néanmoins nécessaire au bon déroulement de cette journée.

Ils restèrent à table une dizaine de minutes, le temps que tout le monde soit rassasié, et à la fin du repas, les Shadowbird s'en allèrent se préparer, laissant Allerianne seule dans cette vaste pièce. Malgré l'imminence de l'épreuve, quelque chose réchauffait le coeur de l'Elfe, qui se leva délicatement et s'approcha de la fenêtre. De ce versant, elle pouvait observer la vie reprendre son cours dans les chemins environnants.

Ici, un Elfe d'une vingtaine d'années se pavanait dans une armure qui reluisait plus que le soleil, malgré l'obscurité ambiante. Allerianne s'amusa de voir une dizaine de donzelles, comme elle se plaisait à le penser, suivre l'Elfe qui n'en éprouvait aucun déplaisir, au contraire, il semblait se délecter de cette situation. Là, un humain, ils venaient de plus en plus nombreux ces temps-ci constatait l'Elfe, errait dans le marché qui s'était installé à la venue du crépuscule. Il devait être un adepte des arcanes, car la foule l'évitait comme s'il s'agissait d'une des nombreuses abominations du fléau. Des forgerons commençaient déjà à réparer les armes des nombreux aventuriers de la région, ou forgeaient des lames fraîchement aiguisées qui finiraient, un jour ou l'autre, à repasser dans leurs mains habiles après de nombreuses et brutales utilisations. Et c'était ainsi tous les jours.
La grande cité de Dolanaar était située au centre de Teldrassil, l'immense arbre magique planté il y a deux ans par l'Archidruide Fandral Staghelm au large des cotes du Kalimdor, et cette position au coeur du territoire en faisait un lieu de passage obligé pour tous les aventuriers qui sillonnaient cette région. La demeure des Shadowbird était placée sur la bordure Ouest du vaste quartier résidentiel, la pièce centrale offrant ainsi à la famille une large vue plongeante sur l'étalage perpétuel de vendeurs et acheteurs qui emplissaient le grand marché de la ville.

Au milieu de cet étalage de boutiques en tout genre, les yeux perçants d'Allerianne parvinrent malgré tout à discerner un jeune Elfe qui avançait tant bien que mal dans la foule hétéroclite. Enarion et Allerianne avaient le même âge, bien que leur rencontre fut relativement récente : Enarion avait déménagé parmi les premiers à Dolanaar, poussé par ses parents qui partageaient la même opinion que Fandral Staghelm. Il avait vu ensuite des milliers d'Elfes s'installer, tous meurtris par les horreurs qui les avaient amenées à s'installer dans la sureté apparente de Teldrassil. Lui aussi évitait le vanité naturelle de la majorité des Elfes de son âge qui feignaient l'indifférence quand aux éléments tragiques qui les avaient contraints de perdre leur immortalité, et la venue d'une jeune et jolie Elfe qui paraissait toute aussi choquée que lui le poussa à la connaître davantage.

Ils ne tardèrent évidemment pas à devenir très proches, suffisamment pour permettre aux rumeurs sur un amour caché de proliférer, laissant de marbre cette amitié profonde qui s'était créée malgré la tristesse qui régnait dans le coeur d'Allerianne. Ils passaient la majorité de leur temps libre ensemble, que ce soit en se promenant dans la forêt qui bordait Dolanaar, en péchant ou nageant dans les ruisseaux proches, ou même en passant de nombreuses heures allongés dans l'herbe naissante à parler de tout et n'importe quoi, même s'il arrivait quelquefois que le flot continu de paroles prenne une tournure plus sérieuse.

La seule satisfaction que cette journée pouvait apporter à Allerianne était le fait qu'Enarion l'accompagnerait à Sombrevallon, où leurs capacités seraient mises à dure épreuve des jours durant pour déterminer leurs affinités avec les différentes voies du combattant. Depuis la destruction de l'Arbre Monde qui entraina la perte de leur immortalité, tous les jeunes Elfes furent obligés de suivre à l'approche de leurs dix-sept ans un entrainement au combat qui, pour les meilleurs d'entre eux, serait suivi d'un apprentissage poussé. Et Allerianne devait fêter ses dix-sept ans d'ici une semaine, tout comme Enarion qui était né deux jours après son amie de grande confiance. Aujourd'hui, ils étaient donc contraints de suivre la grande route vers l'Est pour se rendre au pied d'Aldrassil, l'arbre gigantesque dans lequel de nombreux instructeurs avaient élu domicile.
La jeune Elfe se précipita sur la porte pour accueillir comme il se devait Enarion, qui continuait de se mouvoir péniblement dans le chaos propre à un début de marché. Allerianne sortit de sa demeure et se mit à marcher dans la petite terrasse verdoyante qu'entretenait la famille Shadowbird. La lune commençait sa lente ascension dans le ciel, et le spectacle quotidien de la lumière argentée qui filtrait au travers de la cime des nombreux arbres du quartier émerveilla une fois de plus Allerianne. La nature avait toujours tenu une place importante dans son coeur, et la jeune Elfe se savait prête à tout pour protéger les valeurs qui lui étaient chères, tout comme Elune elle-même l'aurait fait.

Enarion arriva rapidement, accompagné d'un jeune loup qu'il avait trouvé abandonné quelques semaines plus tôt et élevé tant bien que mal, les nombreuses marques de morsures sur ses bras pouvant en témoigner. Remarquant qu'Allerianne l'attendait, son visage afficha un grand sourire et il leva une main pleine de bandages pour la saluer chaleureusement. Ses traits fins étaient courants chez bien des Elfes, mais appliqués à un visage aussi souriant que le sien, ils ajoutaient du charme à Enarion, qui toisait aisément les deux mètres de haut. Sa longue chevelure violette était attachée dans une queue de cheval qui lui tombait jusqu'au milieu du dos et oscillait à chaque pas que faisait l'Elfe en direction d'Allerianne. Sa tenue vestimentaire était commune, une chemise en cuire couvrait son torse tandis qu'un pantalon marron maintenu par une corde assurait une protection relative face aux petits animaux sauvages de la forêt. Tout comme Allerianne, il portait également des bottes, fabriquées celles-ci par un travailleur du cuir réputé de Dolanaar.

Arrivé à hauteur de son amie, Enarion lui fit la bise et commença à lui parler de sa voix puissante mais néanmoins agréable à entendre.

-Je me doutais que tu m'attendrais ici, mais je dois avouer que cela me fait tout de même plaisir. Te sens-tu prête pour cette journée ?

-Pas vraiment, avoua-t-elle avec un sourire qui résultait principalement de la présence rassurante de son ami, mais nous verrons bien. Melthane et Isalthor ne devraient plus tarder à finir les derniers préparatifs, et ensuite seulement nous pourrons rejoindre le groupe pour partir à Sombrevallon.

A peine avait-elle prononcé ses mots que ses parents d'adoption firent irruption sur la terrasse, accueillant comme à leur habitude Enarion avec un grand sourire bienveillant.

-Ravi de te revoir Enarion, cela faisait peut-être une semaine que nous ne t'avions pas vu, déclara Isalthor.

-Il faut dire que j'étais assez occupé, dresser un loup n'est pas aussi facile qu'il n'y parait finalement ! dit-il en rigolant. Je ne regarderais plus jamais de la même façon les éleveurs de tigres désormais ! Mais on peut dire qu'il est assez sage maintenant, et surtout nettement moins agressif.

Tous les regards se posèrent sur le petit loup au pelage gris qui mordillait avec hargne le pantalon désormais renforcé d'Enarion. Allerianne et les Shadowbird éclatèrent de rire devant un Enarion premièrement gêné, mais qui se joignit finalement à l'hilarité générale.

-Tu ne lui as toujours pas trouvé de nom ? demanda Allerianne qui ne pouvait pas résister au charme du loup, même si elle se sentait incapable d'en élever un.

-L'occasion ne s'est pas encore présentée, mais je suis sûr que cela viendra bientôt ! Après tout, ce que nous allons vivre va peut-être nous donner quelques sources d'inspirations.

Au contraire d'Allerianne, Enarion était plus que motivé pour se rendre à Sombrevallon car l'apprentissage de techniques de combat et le fait de pouvoir enfin trouver sa voir l'intéressaient grandement. La jeune Elfe se sentait elle aussi prête à commencer une nouvelle vie, mais la peur de se ridiculiser devant des centaines d'Elfes de son âge était bien plus forte que son désir d'apprendre à se battre. De plus, elle n'était guère douée au maniement de l'épée, quelques duels amicaux avec Enarion avaient prouvés sa maladresse quand à l'utilisation d'armes blanches. C'est pour cette raison qu'Allerianne avait acheté un bâton qui l'accompagnerait à Sombrevallon, tandis qu'Enarion gardait en sa possession une belle épée finement aiguisée.

Isalthor tendit finalement un paquetage à sa fille adoptive :

-Nous avons ajoutés quelques objets qui pourraient t'être utile dans ce sac. Tu y trouveras également de la nourriture si tu as faim pendant les quelques heures du voyage, quand à ton bâton, le voici.

Allerianne saisit le bâton que lui tendait Isalthor et admira une fois de plus sa simplicité et sa grande beauté : une branche courbée d'un bon mètre de long, et où quelques plumes de hibou avaient été fixées en son sommet, ornant magnifiquement la pierre précieuse - le même type ce celles qui éclairaient les ruelles - qui était habilement enchâssé dans le bois clair et rainuré.

-Je crois qu'il est temps d'y aller si nous ne voulons pas partir après le groupe, dit alors Enarion, sortant son amie de la contemplation du bâton.

Allerianne, pleinement consciente de cette réalité, s'approcha de Melthane et la prit dans ses bras.

-Je vous remercierais jamais assez de m'avoir accueilli ici, murmura-t-elle en laissant échapper une larme le long de sa joue.

-Et nous ne te remercierons jamais assez d'avoir redonné un sens à nos vies, Allerianne, lui répondit sa mère adoptive en laissant échapper un sanglot.

La jeune Elfe saisit ensuite Isalthor dans ses bras et le remercia lu aussi pour leur accueil chaleureux et surtout salvateur.

-Ne prends pas trop de risque, lui dit Isalthor d'une voix qui semblait être trop aigue pour être la sienne. Je ne veux pas perdre ma fille.
Allerianne acquiesça tout en lui promettant qu'ils se reverraient bientôt, la formation ne durant en moyenne qu'un cycle lunaire. Finalement, elle traversa la terrasse, ouvrit la petite porte en bois qui délimitait, avec une mince barrière, la limite de la propriété de la famille Shadowbird, et quitta ce qu'elle considérait comme sa demeure pour aller rejoindre avec Enarion le groupe qui partirait vers l'Est d'ici quelques dizaines de minutes. A peine s'étaient-ils engagés dans le marché que le déplacement devenait en soi une épreuve, et ils faillirent se perdre de vue à plusieurs reprises. Malgré sa vision puissante, Allerianne ne pouvait désormais plus distinguer ni son foyer ni surtout ses deux occupants qui lui étaient si chers.

Ils arrivèrent enfin sur la place principale de Dolanaar qui avait été réservée, comme tous les mois, pour permettre à un grand rassemblement de jeunes Elfes de la Nuit d'avoir lieu. La veille, de nombreux gardes et sentinelles avaient escorté une centaine d'Elfes de Darnassus jusqu'à Dolanaar, où ils s'étaient reposés la nuit durant, pour accomplir la deuxième partie du voyage le lendemain. Ajoutés aux Elfes de Dolanaar et des villages avoisinants, c'était un rassemblement de plusieurs centaines d'Elfes qui se tenait sur la place principale. Les mois précédents, Allerianne et Enarion regardaient ces groupes se former puis disparaître sur la grande route de l'Est, mais aujourd'hui ils en feraient partie. Ils fendirent la foule qui s'était rassemblée comme tous les mois pour assister à cet évènement impressionnant et rejoignirent la masse hétéroclite d'Elfes qui était observée de toute part. Des chasseresses montées sur leurs magnifiques panthères patrouillaient autour du groupe, accompagnées de fantassins armés de lances ou de splendides glaives lunaires. Juché sur son tigre majestueux au pelage blanc neige, le chef d'escorte donnait sans cesse de nouveaux ordres à ses troupes qui les exécutaient tant bien que mal. A deux reprises, Allerianne avait même déjà vu un Ancien de la Guerre accepter de faire le voyage auprès des Elfes, et le spectacle étonnant d'arbres de dix mètres de haut marchant aux cotés du groupe tels d'immenses soldat l'avait fait bénir le rapport ancestral entre les Elfes et la nature.

-Nous partons maintenant ! hurla le chef de patrouille pour que sa voie puisse être entendue par tous.

La rumeur des conversations s'étant atténuée, il reprit moins fortement :

-Nous irons à vitesse réduite pour ne pas vous fatiguer, sachez néanmoins que le voyage sera long, ainsi gardez des forces pour votre arrivée à Sombrevallon. Maintenant, suivez-nous, et tachez de ne surtout pas vous éloigner de la route.

Sur ces mots, les jeunes Elfes se déplacèrent alors tous, suivants les puissants tigres de guerre dressés de main de maitre.

Une dizaine de minutes plus tard, ils franchissaient les grandes portes de la cité, s'aventurant dans l'atmosphère épaisse de la forêt qui bordait Dolanaar. Le ciel était dégagé et les lointaines étoiles constellaient élégamment le ciel nocturne qu'on ne pouvait distinguer qu'à de rares moments à travers la dense épaisseur de branches et de feuilles. Alors qu'ils avançaient tous sur le large chemin pavé qui s'intégrait parfaitement dans ce paysage naturel, Allerianne ne pouvait s'empêcher d'être songeuse. Que donc le destin allait-il lui réserver ?

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-Vous voulez vraiment prendre la mer avec tempête ? Ce n'est pas fait pour les marins d'eau douce vous savez ! hurla le capitaine du navire à son passager, qui ne dut entendre qu'un mot sur deux à cause de la tempête qui faisait rage ici.

-Oui, je me suis préparé longuement pour ce voyage, plus question de reculer désormais ! répondit alors le jeune humain inconscient.

-Comme vous voudrez, se résigna le capitaine. Demandez à Gibbs de vous indiquer votre cabine, c'est le marin là-bas - il pointa du doigt un homme musclé qui luttait désespérément contre une corde pour remonter un peu la voile principale du navire.

Le jeune homme s'éloigna alors en glissant à plusieurs reprises sur le bois humide du navire, et les puissantes déferlantes qui s'abattaient sur la coque du bateau ne contribuaient guère à la réussite de son court trajet. Finalement, il atteint Gibbs qui avait triomphé de la corde, lui parla, et ils s'éloignèrent tous deux vers l'avant du navire.

Le capitaine n'avait pas vu une tempête comme celle-ci depuis des années, et il trouvait le jeune homme bien courageux, mais surtout totalement inconscient, pour faire son premier voyage en bateau lors de conditions pareilles. Il s'agrippa à un cordage et contempla les nombreux quais : des bateaux étaient violemment secoués dans tous les sens, fracassées pour les moins résistants d'entre eux, au grand dam de leurs propriétaires.

-Capitaine, nous somme enfin prêts à partir ! lui dit un matelot trempé par la pluie violente qui s'abattait sur eux.

-Bien, nous allons enfin quitter ce port, peut-être la haute mer nous sera plus clémente ! LARGUEZ LES AMARRES !!!

Et, alors que le bateau s'éloignait rapidement, poussé par les fortes bourrasques de vent, le capitaine ne put s'empêcher d'éprouver le pincement habituel qui lui saisissait le coeur lorsqu'il s'éloignait de sa ville de naissance, Menethil.

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Ils marchèrent des heures durant sur le dallage qui traversait l'immense forêt de Teldrassil, leur sécurité assurée par l'escorte qui leur était assignée. Une grande nervosité put être perçue lorsque le groupe passa non loin de Brise-Stellaire, un ancien village Elfique désormais envahie par les Furbolgs pin-tordu, une espèce d'ours intelligent de la région. Les gardes se mirent à dégainer leurs épées, mais leur seule présence suffit à dissuader les ours d'attaquer. La troupe emprunta ensuite un chemin sinueux qui montait faiblement, et la présence d'une immense arche Elfique leur fit comprendre qu'ils étaient finalement arrivés. La montée jusqu'à l'arche se fit accélérée tant les jeunes Elfes étaient pressés de voir Sombrevallon et Aldrassil. Quand Allerianne parvint enfin au sommet avec Enarion, elle fut impressionnée par le spectacle qui s'offrait à ses yeux.

C'était magnifique.
La vallée était immense, bordée par une paroi rocailleuse assez abrupte qui contraignait quiconque voulant aller à Sombrevallon d'emprunter la route de l'arche. L'épaisse forêt commune avait fait place à une gigantesque clairière où la clarté lunaire était telle que les animaux sauvages se voyaient aussi nombreux qu'en plein jour, et, au centre de cette région paradisiaque, l'immense Aldrassil trônait majestueusement sur son épais tronc noueux. L'arbre était tellement imposant qu'il avait été creusé pour y installer des foyers, et on pouvait voir de nombreux Elfes emprunter les solides passerelles qui suivaient la courbure du tronc pour permettre d'atteindre les niveaux supérieurs. La puissance qui émanait de ce lieu avait même eu raison des nombreuses conversations qui s'étaient créées durant le trajet.

-C'est... splendide... murmura Enarion. Je n'imaginais pas du tout Sombrevallon comme ceci.

-Tu as raison, répondit-elle de son agréable voix. Je commence même à redouter la fin de cet entrainement lui dit-elle dans un sourire rayonnant. Même les gardes semblent vouloir rester ici !

En effet, les sentinelles et fantassins qui escortaient les jeunes Elfes semblaient subitement plus détendus qu'auparavant, certains s'étant même autorisés un moment d'absence en contemplant la beauté de ces terres. Même les puissants tigres de guerre furent apaisés par la sérénité de ce lieu, et les Elfes qui les chevauchaient lors du trajet les laissèrent gambader à leurs cotés.

L'escorte se mit finalement à descendre vers l'arbre sur le chemin dallé qui semblait ne jamais vouloir s'arrêter. Une activité fébrile pouvait être désormais perçue au pied de l'arbre, et alors que les silhouettes devenaient de plus en plus distinctes, l'une d'entre elles se détacha du lot et s'approcha du chef d'escorte. Les deux Elfes se connaissaient apparemment bien car ils se saluèrent chaleureusement avant d'engager la conversation.

-Il semblerait qu'il y en ait plus que la dernière fois, dit finalement le nouveau venu. Espérons aussi que leurs talents seront supérieurs à ceux du groupe précédent où seulement une dizaine d'entre eux pouvaient prétendre à un entrainement poussé.

-Vous verrez bien, Ilthalaine, lui répondit alors le chef d'escorte. Ils sont impatients d'apprendre depuis qu'ils ont découvert Sombrevallon, vous devriez leur parler.

-Ah, Sombrevallon fait toujours cet effet aux nouveaux venus, et même aux anciens, dit-il en regardant un garde contempler les magnifiques dryades, hybrides d'Elfes et de faunes au charme non négligeable.

-Je comprends pourquoi vous avez voulu rester ici, vous formez l'espoir de notre peuple dans un des lieux les plus ressemblants à notre Ashenvale bien-aimée. Vous ne pouviez espérer mieux.

-En effet, conclut-il en s'approchant du groupe d'Elfes silencieux. Bonjour à tous, je vous souhaite la bienvenue dans Sombrevallon. Je suis le conservateur Ilthalaine, et c'est moi qui, à l'aide de nombreux instructeurs, évaluera vos aptitudes et guidera peut-être les plus doués d'entre vous vers un avenir glorieux. Mais cet avenir n'est pas pour tout de suite, et pour l'instant, je vous demanderais de reposer vos pieds sur cette bonne terre ferme, et de me suivre pour découvrir l'endroit où vous résiderez durant votre entraînement.

De nombreux Elfes qui regardaient Ilthalaine avec un air de mépris changèrent immédiatement d'attitude, arborant ensuite un air de respect profond mais non sincère. Cette attitude dégouta Allerianne qui savait que l'aspect extérieur ne reflétait en rien un être vivant. Il est vrai qu'Ilthalaine ne ressemblait pas à un combattant et qu'il ne s'habillait pas luxueusement, mais un grand savoir se dégageait de lui et Allerianne le considérait déjà comme un maître instructeur dont aucune décision ne pouvait être contestée.

Le groupe suivit Ilthalaine en direction d'Aldrassil, qui s'avérait être encore plus grand qu'au premier abord. Les silhouettes indistinctes se précisèrent être des Elfes et des Dryades occupés à de nombreuses et diverses tâches, qui s'arrêtèrent quelques temps, observant le groupe qui se rapprochait. Les jeunes Elfes s'engouffrèrent alors dans l'arbre par une galerie creusée sur le versant Sud de l'arbre. Les nombreux cristaux luminescents placés harmonieusement dans le large couloir arrivaient même à égaler la douceur de la clarté lunaire. Après quelques minutes de marche dans l'immense tronc, ils arrivèrent dans une grande pièce remplie d'armes en tout genre.

-Voici l'armurerie, vous prendrez vos armes ici avant chaque entrainement. Bien entendu, tant que nous n'avons pas découvert vos différentes aptitudes, vous testerez la plupart de ces armes. Ne vous avisez pas d'en emprunter une à notre insu, les arbres parlent.

Allerianne, tout comme Enarion et les autres Elfes, fut impressionnée par la quantité d'armes stockées dans les profondeurs de cet arbre. Cependant, elle préférait son bâton aux nombreux autres posées sur un des nombreux râteliers, de par son aspect et sa grande valeur sentimentale.

Le groupe reprit sa marche sur une centaine de mètres, pour finalement arriver dans une vaste salle remplie de table et de chaises sur sa partie droite, et étrangement vide sur sa partie gauche.

-Bien, dit alors Ilthalaine, voici la salle commune. Vous trouverez de quoi vous restaurer ici chaque jour. Les portes au fond de cette pièce mènent au dortoir, celle de gauche mène au dortoir des filles, celle de droite au dortoir des garçons. Vous y trouverez des salles de bains et toilettes en nombre suffisant. N'essayez pas de vous « tromper » de dortoir, je vous rappelle que les arbres, et également vos collègues dans ce cas, peuvent parler. Je vous laisse vingt minutes, passé ce délai je ne veux plus entendre aucun bruit quand je repasserais, alors tachez d'en faire bon usage. Nous vous réveillerons demain aux premières lueurs lunaires. Reposez-vous bien, vous devrez être opérationnel demain.

Sur ces mots, il quitta la pièce, laissant le groupe silencieux au milieu de la vaste salle commune. Les conversations reprirent assez rapidement, avec pour principal sujet les récents évènements marquants, et Allerianne se mit à dériver au gré des conversations :

« Tu as vu la taille de cet arbre ? C'est vraiment... »
« Voyons, ce n'était tout de même pas notre entraineur, tu as vu comment... »
« Les arbres parlent... nous verrons bien par nous-mêmes ! »
« Allerianne ! Allerianne ! »

Elle prit quelques secondes à comprendre que ces paroles lui étaient destinées, ce qui inquiéta visiblement Enarion.

-Tu es sure que ca va ? Tu as l'air bizarre...

-Ne t'inquiète pas Enarion, tout va bien, j'étais juste perdu dans mes pensées lui répondit-elle. Et puis, qui ne serait pas troublé par tous ces changements ? J'ai du mal à croire que tout cela nous arrive en ce moment, c'est tout simplement extraordinaire.

-Je suis tout à fait d'accord avec toi, et je suis maintenant persuadé que c'est la meilleure chose qui puisse nous arriver. Comment ai-je pu tant redouter ce moment ?

Allerianne discuta quelques minutes avec son grand ami, puis ils se séparèrent pour aller chacun dans leurs dortoirs respectifs. Elle découvrit une centaine de lits identiques et qui semblaient attendre des occupants pour les emmener dans le monde des rêves, ce qu'ils n'allaient pas tarder à faire par ailleurs. La jeune Elfe traversa la pièce pour aller dans l'une des salles de bains, se vêtit de sa chemise de nuit et s'installa sur le lit le plus proche.

Elle posa le médaillon qui lui avait offert sa mère sur la petite table de chevet accolée au lit, et se mit une fois de plus à l'observer. Avec l'entrainement à venir, elle serait peut-être plus apte à déceler le mystère quand à la nature du cristal serti au centre du bijou, qui la narguait en un tourbillon de couleurs vives. Allerianne se décida alors de montrer le bijou à Ilthalaine, dès qu'elle en aurait le temps. Elle se mit finalement à s'endormir, imaginant dans ses rêves différentes natures au cristal : il fut à plusieurs reprises une gemme très rare, dans d'autres rêves il contenait un pouvoir inimaginable, pouvant terrasser les démons. Enfin, dans le rêve qui la fit se réveiller en sursaut au beau milieu de la nuit, le cristal était un démon aux traits emplis de haine et de puissance. Elle se rendormit aussitôt, oubliant ce rêve désagréable.

Le réveil d'Allerianne fut accompagné d'une myriade de sons, tous naturels : des oiseaux chantonnèrent un air doux et mélodieux, le clapotis de l'eau sur la roche se transforma en un agréable rythme et même le froissement des feuilles par le vent devint une symphonie. Des bribes de lumière lunaire arrivaient même dans le dortoir par des ouvertures qu'Allerianne n'avait pas remarqué la veille. Apparemment, ils avaient traversé l'arbre dans sa largeur, et les dortoirs se trouvaient non en son centre, mais proche de son flanc Nord. Aldrassil en restait néanmoins un miracle de la nature.

Le sommeil fut réparateur pour toutes les Elfes présentes ici, qui se levèrent presque instantanément après le réveil sonore naturel et mystérieux. Allerianne se para de son collier et s'habilla de manière à pouvoir affronter cette première et surement décisive journée. Elle retrouva Enarion qui l'attendait dans la salle commune, qui semblait lui aussi avoir connu un sommeil parfait. Puis suivant les directives d'Ilthalaine qui venait de les rejoindre, ils sortirent tous de l'arbre par un chemin différent de celui qu'ils avaient emprunté la veille, et un bon nombre d'Elfes ne purent cacher leur déception lorsqu'ils se rendirent compte qu'ils ne repasseraient pas par l'armurerie, réactions qui semblèrent être remarquées par Ilthalaine.

Allerianne fut surprise de constater que rien ne laisser présager un entrainement, aucune arme, aucun instructeur n'était visible à l'extérieur de l'arbre. Seule une petite clairière dégagée à quelques centaines de mètres du tronc pouvait éventuellement attirer l'attention.

-Très bien, installez vous ici dit finalement Ilthalaine, pointant la clairière du doigt. Vous êtes peut-être surpris de ne voir personne ici, mais comme je vous l'ai déjà dit, nous devons connaitre avant tout vos affinités avec les différentes voies offertes aux Elfes de la Nuit. Pourquoi apprendre les rudiments de l'art druidique à quelqu'un qui possède une âme de Guerrier ? Pourquoi passer de longues heures à expliquer comment dompter un tigre à un être qui préfère travailler seul, dans la furtivité ? Pour cela, je vais m'entretenir avec chacun d'entre vous pour trouver dans quel domaine vos capacités seront les plus utiles, bien que je puisse me tromper quelquefois.

Sur ces mots, et sans s'intéresser à l'inquiétude qui s'était installée dans le groupe, Ilthalaine appela Alandris Nighthawk, une très jolie Elfe à la longue chevelure violette, qui s'avança dans un pas craintif non dissimulé. Allerianne sut à ce moment que son nom suivrait peu après, ce qui ne fit qu'accroitre son appréhension qui était pourtant déjà à un seuil non négligeable.

Les minutes passèrent... Déjà cinq minutes. Cinq minutes trop courtes pensa finalement Allerianne quand elle le vit revenir, Alandris étant surement partie rencontrer un maitre propre à sa voie.

-Bien, dit alors Ilthalaine dans un grand sourire, voyons qui est la suivante sur la liste - Allerianne sentit son coeur battre à tout rompre - une certaine Allerianne Grovemoon si mes yeux ne me jouent pas des tours.

-On se retrouvera ce soir lui chuchota précipitamment Enarion, avant même qu'elle ne se soit levée. Bonne chance, lui dit-il enfin dans un sourire plus que sincère.

Allerianne se leva finalement, et rejoignit Ilthalaine, ainsi que son destin.

Ils s'éloignèrent juste de manière à être hors de portée de voix, ce qui s'avère malheureusement être une distance assez impressionnante chez les Elfes.

-Ainsi tu es donc Allerianne Grovemoon. J'ai eu l'honneur de connaître ta mère, et je regrette également sa disparition, comme tous ceux qui l'ont connu. J'espère ne pas t'avoir gêné en te le disant, mais je tenais à ce que tu le saches. Maintenant, reprit-il d'un air un peu plus gai, discutons : es-tu venue ici avec des connaissances ?

-Oui, Enarion, l'Elfe avec le petit tigre gris.

-Et les doigts couverts de bandage ? Je crois le reconnaître, dit-il dans un air bienveillant et enjoué. Il suivra la voie du Chasseur si je ne m'abuse. Quand à toi, as-tu une idée ? Désires-tu suivre un chemin plus qu'un autre ? reprit-il d'un air plus sérieux.

-Je sais juste que je n'ai pas vraiment d'affinités avec les armes, lui-répondit-elle alors en toute franchise. Ce bâton que je possède - elle lui tendit - ne m'attire non pas par son statut d'arme, mais plus par sa beauté et par l'harmonie qui s'en dégage.

-Je vois... possède tu d'autres objets qui pourraient me permettre d'en apprendre plus sur toi ? Des bijoux, pendentifs, ou autres porte-bonheurs par exemple.

Allerianne hésita subitement. La veille, elle s'était juré de montrer son médaillon à Ilthalaine pour qu'il en perce les secrets, mais, alors qu'elle était devant lui, elle ne pouvait finalement plus se résoudre à ce choix, comme bloquée par une force invisible.

-Je... n'ai rien d'autre, mentit-elle finalement, sans comprendre réellement son choix.

-S'il en est ainsi, continuons donc à parler.

Les minutes passèrent...

-Tu emprunteras cette passerelle, puis tu t'engageras dans la septième entrée sur ta gauche. Ton futur instructeur s'y trouve. Je ne peux que te souhaiter bonne chance.

-Merci, réussit-elle enfin à prononcer dans un murmure inaudible.

Allerianne s'engagea donc sur la grande passerelle désignée par Ilthalaine, et commença son ascension vers le sommet de l'arbre. La première entrée se trouvait à une dizaine de mètres de haut, et Allerianne y surprit un groupe d'Elfes occupés à parler... péré Eranikus au Berceau de l'Hiver. Nous devrions y fa...

Sans se préoccuper de qui pouvait être cet Eranikus, la jeune Elfe continua son ascension. La sixième ouverture fut atteinte quelques minutes plus tard, alors qu'Allerianne commençait à avoir du mal à distinguer les animaux qui vivaient dans Sombrevallon. Elle touchait à son but.

Quelques mètres plus loin... un renfoncement sur la droite. Allerianne prit son courage à deux mains, et pénétra dans la grande pièce, dans laquelle un Elfe l'observait curieusement avant d'ajouter de sa voix puissante :

-Tu es la première à venir ici aujourd'hui, et j'espère que tu ne seras pas la dernière. Je suis Mardant Strongoak, et je serais ton instructeur pendant un mois. Te sens-tu suffisamment forte pour défendre la nature, puiser dans sa force cachée ? Es-tu prête à suivre la voie du Druide ?
La mer s'étendait à perte de vue depuis de nombreux jours et sa surface, en dehors des nombreuses vagues qui sillonnaient l'océan, restait parfaitement lisse.
Jusqu'à aujourd'hui.

Un maelstrom immense pouvait se deviner à de nombreuses lieues du navire, accompagné d'une terrible tempête qui semblait ne jamais vouloir se calmer. Après deux semaines de haute mer, l'équipage venait enfin d'atteindre le tourbillon qu'ils admiraient à chaque traversée, mais craignaient également tout autant.

-Observe ce spectacle ! dit le capitaine au visiteur qu'il semblait mieux cerner, alors qu'il se trompait grossièrement. La puissance des hommes n'est pas comparable à ce qui se trouve ici : ce tourbillon règne ici depuis des milliers d'années, depuis la fracture du monde !
Le voyageur préféra ne rien ajouter, bien qu'il en sache nettement plus que le capitaine sur la création du maelstrom, aidé par ses nombreuses visites dans les bibliothèques de ce qui fut Dalaran.

Le Maelstrom... Une ancienne source de pouvoir aux proportions inimaginables pour des esprits mortels. Si ceux qui possédaient le Puits d'Eternité en avaient fait un meilleur usage, bien des choses auraient pu changer, en particulier quand à la présence indésirable des démons sur Kalimdor...

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-Bien Allerianne, mais tu devrais ressentir ton bâton plus fortement pour profiter pleinement de la puissance naturelle qu'il possède. Une grande partie de pouvoir d'un Druide vient de son équipement, et son bâton a un rôle primordial dans la puissance qu'il peut contrôler. Concentre-toi sur la cible, nous recommençons l'exercice.

En une quinzaine de jour, Allerianne avait déjà appris les rudiments de l'art Druidique et commençait à exceller dans cette voie. Aujourd'hui, elle s'entrainait à concentrer les énergies cachées de la nature dans ses mains, pour en faire une boule de lumière verte qu'elle pouvait ensuite envoyer violemment sur sa cible.

La jeune Elfe se concentra, ainsi que tous les autres futurs druides choisis. Son esprit se mit à sonder la forêt à une vitesse impressionnante, puisant des forces dans chaque parcelle de vie qui l'entourait, son bâton ne faisant pas exception à la règle cette fois-ci. La chaleur commença à se faire sentir dans ses mains, qui frémissaient à chaque incantation. Quand elle sut, de manière instinctive, qu'elle avait emmagasiné assez de puissance dans ses paumes, Allerianne ouvrit les yeux et contempla une fois encore la lueur magnifique qui se mouvait dans ses mains. Puis presque instantanément, Allerianne se concentra sur la cible grossière accrochée à l'arbre. L'énergie fila de ses doigts, tel un éclair, et la cible fut atteinte dans un craquement sonore puissant.

Quand le petit nuage de fumée verdâtre se dissipa, les constatations furent étonnantes. La cible avait été pulvérisée. Mardant semblait abasourdi par l'exploit de la jeune Elfe, et il lui fallut quelques secondes d'égarement avant de reprendre gaiement :

-Vous avez vu de quoi Allerianne est capable ? Je ne vous en demande pas autant bien sur, mais aujourd'hui vous devriez être capable de toucher votre cible. Continuez sans moi, je m'absente quelques temps, si vous avez besoin de conseil je crois qu'Allerianne pourra facilement répondre à vos interrogations, finit-il ensuite dans un grand sourire destinée à sa meilleure apprentie.

Allerianne était respectée par tous les autres Elfes ici présents, qui lui vouaient une admiration profonde, totalement dénuée de jalousie. C'était comme si la présence de la jeune Elfe les poussait à donner le maximum d'eux-mêmes pour essayer d'atteindre son niveau. Enarion se débrouillait également plutôt bien dans la voie du Chasseur, mais il n'excellait cependant pas de la même manière qu'Allerianne qui était presque devenue l'assistante de Mardant, sans vraiment désirer ce rôle.

Finalement, l'entrainement se poursuivit entre élèves, et quand l'heure fut venue, ils repartirent tous dans des directions qui leur étaient propres, certains voulant retrouver leurs amis, d'autres se promener dans la majestueuse vallée. Allerianne, quand à elle, s'était décidée à retrouver Ilthalaine pour lui montrer son pendentif, chose qu'elle regrettait de ne pas avoir fait durant leur premier entretien : comment Ilthalaine accepterait-il son mensonge ?

Elle se rendit donc vers l'arbre géant, qui semblait scintiller sous la lumière lunaire. Elle croisa au passage une dryade qui lui adressa un grand sourire - elle lui rendit - et quelques jeunes tigres qui semblèrent lui demander quelques caresses, peut-être avaient-ils perçus son lien puissant avec la nature. Arrivée au pied d'Aldrassil, elle s'engagea sur la passerelle qui bordait l'arbre, pour rejoindre Ilthalaine qui avait élu domicile en son sommet.

Arrivée à quelques dizaines de mètres de la demeure de Mardant, Allerianne se rendit compte qu'Ilthalaine n'était pas tout seul : plusieurs autres voix pouvaient être perçues, dont la grande voix de Mardant qui sortait facilement du lot :

-Vous ne pouvez pas imaginer le pouvoir qui l'emplit ! Une telle puissance dans un être si jeune, c'est inconcevable !
- Il ne faut cependant pas oublier ses origines, reprit Ilthalaine. Vous savez bien que le même sang coule dans leurs veines, et nous...
-Nous devons l'envoyer combattre les Qiraji rapidement ! l'interrompit une voix inconnue. Nous serons bientôt submergés au Fort Cénarien, et les Taurens commencent eux aussi à s'affaiblir !

-J'ai bien peur que la menace Qiraji ne soit rien comparé aux épreuves qui nous attendent. De sombres rumeurs viennent des Royaumes de l'Est. La garnison de Rempart-du-Néant nous indique des changements d'attitude chez les démons, et il se pourrait que dans les mois qui viennent, la Porte des Ténèbres soit ouverte à nouveau. Puisse Elune nous protéger si telle désastre se produisait.

Un silence embarrassant fit percevoir à Allerianne toute l'horreur que pouvait garder cette Porte des Ténèbres, et elle aurait préféré ne jamais en avoir entendu parler. Se rendant compte qu'elle ne pourrait pas aborder Ilthalaine tout de suite, elle redescendit la passerelle pour retrouver Enarion dans la salle commune.

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Une fois que l'assemblée eut conscience du danger, la conversation reprit :

-Effectivement, je crois que les Qiraji se seront plus notre priorité si la Porte venait à se rouvrir, conclut le commandeur Mar'Alith. Puissiez vous trouver tout de même le temps de nous fournir quelques recrues supplémentaires pour défendre Silithus des ruches et d'Ahn'Qiraj ; si le Fort Cénarien tombe, les Qiraji ne s'arrêteront pas, et cette fois-ci nous ne trouverons peut-être aucun moyen pour les retenir.

-Je compte bien vous envoyer des Elfes, mais pour cela j'attends qu'ils soient prêts à se battre, et non juste entrainés pour le combat. Ne vous inquiétez pas, vous aurez vos soldats, mais ne vous attendez pas à ce que la jeune Grovemoon en fasse partie. Son destin doit être vraiment important pour qu'une telle puissance lui soit confiée. Nous n'avons plus qu'à prier qu'elle puisse jouer le rôle qui lui est attribué. Pour ma part, je lui fais confiance, et tant qu'elle aura des amis fidèles comme Enarion à ses cotés, je suis sur qu'elle pourra surmonter de nombreux obstacles.

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La salle commune n'était plus aussi vide qu'au premier jour, et sa conception étrange au prime abord révélait ici tout son génie : à droite, de nombreux Elfes déjeunaient tout en discutant de leur formation qui avançait ; à gauche, certains étaient allongés à même le sol, tandis que d'autres montraient les nouvelles techniques qu'ils avaient apprises à l'instant. Celle salle était parfaite pour les jeunes Elfes.

-Allerianne !

Apparemment, Enarion avait déjà fini son entrainement de la journée, et cela se confirma lorsque son loup - qui avait très bien grandi - se rua sur la jeune Elfe dans un geste d'affection, l'envoyant une fois de plus au sol.

-Il faut croire qu'il t'aime bien, dit Enarion, gêné par cette situation qui devenait maintenant quotidienne. En tout cas, tu ne peux pas imaginer ce qu'on a appris aujourd'hui !

Enarion avait beau faire de grands efforts pour progresser, ses efforts méritoires semblaient vains pour égaler le talent de sa meilleure amie. Cependant, il n'en ressentait aucune jalousie, juste une admiration sincère et une surprise toujours non dissimulée quand à la puissance qu'Allerianne possédait. Quand à elle, elle s'intéressait toujours aux progrès d'Enarion qui auraient été remarqués par tous si elle n'avait pas été présente.

Au grand étonnement d'Allerianne, Enarion prononça quelques mots incompréhensibles à son loup, qui se mit subitement à sautiller joyeusement sur ces pattes arrière, comme s'il dansait.

-Et voilà ! s'exclama Enarion alors qu'il aidait Allerianne à se relever. Je sais que ce n'est pas trop utile en combat, mais peut-être qu'un jour nous tomberons sur un ennemi qui aime bien les loups dansants, et qu'il sera plus sympathique avec nous.
-On ne sait jamais en effet, dit-elle dans une expression d'amusement provoquée par le loup, qui avait également rassemblé une trentaine d'Elfes autour de lui.
-Quand à toi, qu'as-tu appris aujourd'hui ?

Allerianne hésitait à lui parler de la conversation qu'elle avait surprise peu auparavant. Certes, Enarion était son meilleur ami, mais valait-il vraiment lui parler des dangers qui rodent dans ce monde, du chaos que la Porte des Ténèbres pourrait engendrer ? Elle n'avait apprise son existence que depuis quelques temps, et pourtant elle redoutait déjà de se retrouver en face de cette porte qu'elle imaginait monstrueuse. Et elle ne voulait surtout pas qu'Enarion finisse par craindre lui aussi des choses qu'il ne verrait jamais. Cependant, et malgré ce raisonnement plus que censé, Allerianne et Enarion s'étaient promis une confiance absolue, et même si ne rien lui dire n'était pas réellement un mensonge, elle ne pouvait se résoudre à faire ce choix.

-J'ai eu vent de quelques nouvelles intéressantes, lui répondit-elle, en pointant du doigt un coin dégagé de la pièce, où ils pourraient discuter librement sans crainte d'être entendus.

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-Elle a déjà plus appris que tous les élèves réunis ! Ilthalaine, Allerianne a déjà appris tout ce que je pouvais lui apprendre ! Le Druidisme a révélé une grande partie de son potentiel latent, et nous devons...
-Faux, l'interrompit Ilthalaine. Le Druidisme a révélé une infime partie de son potentiel latent.
-Cela revient au même, reprit Mardant, pour que son potentiel se dévoile intégralement, l'entrainement ne suffit pas, il faut l'envoyer voyager ! Teldrassil est plein de secrets, et je suis sur qu'elle pourrait nous aider à en résoudre quelques-uns !
-Mais il reste le danger, ce ne sera pas un entrainement si nous l'envoyons dans les terres sauvages, et vous savez comme moi qu'Allerianne préfère éviter la violence.
-Donnons-lui une mission de reconnaissance !
-Je vais y réfléchir...

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Allerianne et Enarion étaient en train de discuter depuis de nombreuses minutes. Tout d'abord, la jeune Elfe lui avait raconté ce qu'elle avait apprise, puis ils se mirent à discuter quand aux dangers qui pouvaient en résulter.

-Certes, il y a des risques et je ne connais pas l'ampleur de cette Porte des Ténèbres, mais imagine les récompenses qui peuvent en résulter ! Enarion, champion de la Garde Elfique ! Ca sonne bien, non ?
-Je crois que cela ne nous concernera jamais Enarion, tu ferais mieux d'oublier ce que je t'ai dit. Il faut de vrais héros pour ça, des êtres aux capacités extraordinaires avant même de s'être entrainés.
Elle estimait avoir juste un peu plus de chance que les autres pour expliquer sa puissance, et non être destinée à un destin épique comme certaines le prétendaient.
-Nous sommes contraints de nous entrainer, si nous étions si puissants, pourquoi nous entrainer si longtemps et ne pas nous emmener sur le terrain directement pour nous tester ?
-Allerianne ?

Elle se retourna presque immédiatement pour percevoir finalement le visage d'Ilthalaine, qui semblait montrer une certaine anxiété.

-Nous aurions besoin de vos talents, et de ceux d'Enarion également s'il souhaite venir, pour enquêter à Brise-Stellaire. Suivez-moi.
Le soleil venait de céder une fois encore sa place à la lune, qui commençait son ascension dans le ciel parsemé d'étoiles. La nuit venait de tomber.

Allerianne fit un signe de la main à Enarion, puis pointa la lune du doigt. Il comprit immédiatement. La mission commençait réellement à partir de ce moment.

Quelques heures auparavant, ils avaient été réveillés par Ilthalaine dans sa propre demeure, évitant ainsi toute suspicion provoquée par leur réveil avancé. Leur absence serait quand à elle justifiée par Ilthalaine, qui semblait avoir préparé chaque aspect de cette mission : Allerianne devait s'infiltrer dans le village de Brise-Stellaire, au milieu des centaines de Furbolgs qui y rodaient, pour découvrir la raison de leur agressivité croissante et localiser d'éventuels Elfes capturés depuis la dernière incursion Elfique. Un arc d'ébène fut prêté à Enarion - juste au cas où les évènements venaient à mal tourner. Allerianne refusa toute arme proposée, son bâton lui suffisait amplement dans la mesure où il amplifiait grandement la puissance de ses pouvoirs magiques. Les deux Elfes se mirent ensuite en route vers Brise-Stellaire, et lorsque les premiers Furbolgs furent repérés, ils se mirent alors à attendre la tombée de la nuit.

Allerianne quitta sa cachette et regarda où le premier Furbolg avait été repéré, et vit avec soulagement qu'il n'y était plus.
-On peut y aller, chuchota-t-elle à Enarion. Suis-moi.

Ils se dirigèrent vers Brise-Stellaire lentement en se cachant derrière les nombreux arbres présents. Les premières maisons commençaient à être visibles au loin, mais aucun Furbolg n'était encore visible. Plus ils s'approchaient, plus la tension devenait palpable, et à quelques mètres du village, la vision d'un premier Furbolg augmenta encore la pression.

Quand ils étaient passés à coté de Brise-Stellaire pour aller à Sombrevallon, les Furbolgs semblaient être un peu patauds et peu évolués, mais cette première impression avait désormais disparu : même si ce n'était pas des êtres aussi développés que les Elfes, une sorte d'intelligence bestiale pouvait être perçue dans leurs mouvements, qui indiquaient aussi que le combat était finalement assez courant pour ces monstres tant ils maniaient leurs lances artisanales avec aisance.

Chassant sa crainte, Allerianne surveilla la créature dans sa ronde protectrice : elle s'éloignait de temps à autre du village, s'avançait jusqu'à l'orée de la forêt, scrutait entre les nombreux arbres, puis retournait à son poste. Allerianne se doutait qu'éliminer ce Furbolg simplifierait grandement sa tâche, mais elle ne pouvait se résoudre à ce choix sans avoir fait le tour des possibilités qui lui étaient offertes. Enarion, quand à lui, regardait le monstre avec appréhension, et ses doigts parcouraient nerveusement l'herbe fraîche.

Le Furbolg s'avança une nouvelle fois, et ses allers et venues incessantes semblaient ne jamais vouloir l'ennuyer, au grand dam d'Allerianne, qui voyait cependant quelques idées germer dans son esprit. Elle saisit une graine sur l'arbre contre lequel elle était adossée, et la jeta à quelques dizaines de mètres du Furbolg qui ne se rendit heureusement compte de rien. Alors, elle concentra ses pouvoirs dans la graine, accéléra fortement la croissance de celle-ci.

Des branches commencèrent à jaillir du sol et grandirent à une vitesse impressionnante. Après quelques secondes, un tronc de plusieurs mètres de haut s'étendait là où seule l'herbe régnait auparavant. Le Furbolg se retourna, interpellé par le craquement du bois grandissant, et fut subjugué par le spectacle de l'arbre naissant.

Allerianne se rendit compte qu'au-delà de la violence, on pouvait discerner le même amour de la nature que les chez druides dans cette race. En effet, le Furbolg s'était avancé jusqu'à l'arbre et semblait prendre plaisir à sentir l'arbre pousser sous sa paume. Peut-être existait-il des Furbolgs pacifiques, qu'Allerianne serait prête à rencontrer avec plaisir.

Enarion lui fit signe de le suivre, et ils passèrent discrètement derrière le Furbolg, pour pénétrer enfin dans Brise-Stellaire.

Avancer dans le village sans être vu s'avéra plus difficile, les cachettes éventuelles étant bien moins nombreuses que dans la forêt, et même si les Furbolgs semblaient plus rares, en croiser un au détour d'une ruelle serait certainement peu plaisant. Les maisons, pour la plupart, avaient leurs portes fracturées et semblaient avoir été fouillées grossièrement. Aucun survivant n'avait encore été repéré, mais ils avaient sûrement tous du être déjà évacués.

Les deux Elfes se mirent alors en route vers le centre du village, qui semblait avoir été déserté. Le murmure du vent dans les ruelles était quelquefois interrompu par des grognements, mais aucun autre animal ne pouvait être entendu. Chaque pas semblait résonner fortement, et Allerianne était étonnée qu'aucun Furbolg n'ait pointé son museau pour éliminer les intrus.

Enfin, ils arrivèrent sur la place centrale du village, et ils comprirent alors pourquoi aucun Furbolg n'avait été vu jusque-là : il y en avait un nombre élevé ici, la plupart en train de dormir dans des campements rudimentaires récemment installés. Quand aux grognements entendus auparavant, ils semblaient provenir d'éclaireurs à l'autre extrémité du village.

-Bien, nous y sommes Enarion, chuchota alors Allerianne. Nous devons être vraiment prudents à partir de ce point. Nous devrions fouiller cette auberge - elle montra du doigt un grand bâtiment qui semblait relativement préservé de l'autre coté du camp Furbolg - et si nous n'y trouvons rien, nous aurons au moins une meilleure vue de la place au deuxième étage. Enarion ?

Personne. Seulement le vent qui soufflait de plus en plus fort.

-Enarion ?

La voix d'Allerianne tremblait. Allerianne tremblait ; elle sentait son coeur battre à tout rompre. Elle se demanda ce qui lui était arrivé et, alors qu'elle se mit à s'inquiéter quand à son propre sort, quelque chose lui frappa la nuque et elle perdit connaissance.

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-Vous vouloir voler Uruson ?

Apparemment, les Furbolgs étaient capables de parler. Allerianne se réveilla attachée à un arbre, aux cotés d'Enarion qui était encore évanoui. De nombreux Furbolgs les observaient et l'un d'eux, plus grand et plus fort que tous les autres Furbolgs présents ici, s'approcha vers les prisonniers. Du haut de ses trois mètres, il toisait facilement les Efes, et la façon dont les autres monstres se comportaient avec lui, ainsi que sa fourrure d'un gris vieillissant, indiquaient qu'il devait être le chef.

- VOUS PAS VOLER MOUSSE ! MOUSSE CADEAU URSAL !

La voix d'Uruson résonnait aux oreilles d'Allerianne, et ajouté à son hygiène dentaire, l'expérience ne s'avéra vraiment pas plaisante.

-Mais vous, capturés... Et bientôt... vous MORTS !!

À ces mots, tous les Furbolgs se mirent à hurler, tandis qu'ils tapaient le sol avec leurs lances. Allerianne ne s'attendait pas à être dans une situation comme celle-ci quand elle s'était levée. Elle ne s'attendait tout simplement pas à mourir aujourd'hui. Tant de choses à faire, tant de contrées inexplorées à visiter. Elle aurait du refuser, à cause d'elle Enarion allait mourir, et les Shadowbird auraient le coeur brisé...

Uruson s'avança d'Enarion, posa une griffe sur sa tempe gauche, et la fit descendre le long de son visage, alors qu'une traînée rouge apparaissait dans son sillon. Arrivé au bas de sa joue, le Furbolg retira sa griffe et goûta le sang récemment prélevé, devant le regard horrifié d'Allerianne, qui laissa échapper une larme quand elle vit la première blessure causé à son ami de toujours par sa faute.

-Sang Elfe bon. Pas autant que mousse - Allerianne se demandait quelle était cette mousse dont il parlait depuis son réveil - mais bon quand même. Pressé goûter sang femelle !

Et alors qu'il s'approchait, Allerianne comprit finalement que seul utiliser ses pouvoirs pouvaient les sortir de ce mauvais pas, et même si elle devait se battre, elle n'hésiterait pas à faire tout son possible pour sauver Enarion. Elle se concentra, et sentit chaque brindille, chaque racine, et même chaque planche en bois qui gardait des bribes de vie. Elle savait quoi faire.

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-Tu penses qu'elle s'en sort ? Ce sont des Furbolgs tout de même, et Allerianne ne s'est jamais vraiment battu.

Ilthalaine paraissait inquiet, il tournait sans cesse dans sa demeure sous le regard confiant de Mardant.

-Bien sur, déclara-t-il. Allerianne est la meilleure élève que j'ai jamais eue depuis la création de Teldrassil. Quand à Enarion, Ayanna me dit qu'il se débrouille plutôt bien. Vous oubliez également que j'ai demandé à quelques anciens leur aide, en plus des Elfes disséminés dans le village, et ils sont en ce moment même postés un peu partout autour de Brise-Stellaire, au cas où les évènements venaient à dégénérer. Mais je doute fortement qu'ils interviennent : Allerianne puise actuellement dans le pouvoir de la Nature. Elle fait ses premières armes.

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Uruson fut plus que surpris quand les racines de l'arbre où Allerianne et Enarion étaient attachés jaillirent du sol et s'enroulèrent autour de lui pour l'immobiliser. Et il le fut encore plus quand il réalisa que ces racines emprisonnèrent également tous les Furbolgs derrière lui. Allerianne se hâtait désormais de se défaire de ses liens avant que les monstres ne se libèrent de leur prison naturelle, alors qu'Enarion commençait tout juste à reprendre connaissance.


-Que... que s'est-il passé ? murmura-t-il d'une voix assez faible. Je me souviens... être en train de marcher... quand ... plus rien...

-Enarion ? s'exclama-t-elle alors en remarquant le réveil de son ami. Par Elune, tu es vivant ! Je me suis tellement inquiétée...

Il ouvrit les yeux et se rendit compte de sa situation précaire.

-Allerianne ? C'est toi qui as ... ? Je ne t'imaginais pas aussi puissante.

-Essaie de libérer toi aussi, je ne sais pas combien de temps il nous reste...

La corde qui liait ses mains commençait à céder face à l'écorce dentelée de l'arbre, mais lorsqu'elle fut enfin libérée, Uruson y arriva également, dans la plus ironique des coïncidences. Alors, dans un réflexe de survie, Allerianne puisa dans l'énergie de la Nature, invoqua une sphère de lumière verte dans ses mains, et la projeta sur le Furbolg qui s'avançait vers elle. Heureusement pour lui, elle avait dans son instinct qui lui dictait de ne pas tuer d'autres êtres vivants, invoqué une sphère de faible puissance, et Uruson ne fut que projeté à quelques mètres, dans un fracas assourdissant. Avant qu'il ne se relève, elle se mit à détacher Enarion, qui était abasourdi par les pouvoirs d'Allerianne. Ils récupérèrent tous deux leurs armes qui avaient été posées à quelques mètres de là, et se mirent à courir vers la ruelle la plus proche. Allerianne saisit au passage un morceau de mousse dont Uruson parlait avec tant d'admiration. Aux hurlements qui les suivaient, il semblait évident que Uruson et d'autres Furbolgs les poursuivaient désormais.

Les maisons défilaient, mais Allerianne ne reconnaissait aucun lieu ; à coup sûr, les deux Elfes s'éloignaient encore plus d'Aldrassil. Les Furbolgs, quand à eux, semblaient de plus en plus nombreux, et des lances étaient jetées assez fréquemment sur les deux Elfes, certaines les frôlant d'assez près. La ruelle semblait interminable, et le fait de ne pas savoir où elle déboulait rendait encore plus hasardeuse cette course pour la survie. Comment Ilthalaine avait-il pu les envoyer dans un endroit aussi dangereux ? Il devait sûrement s'attendre à ce que les choses dégénèrent tout de même.

La ruelle touchait enfin à sa fin, et Allerianne était plus qu'heureuse de voir la forêt juste devant elle. Elle le fut nettement moins quand elle vit une masse de Furbolgs bloquant la sortie du village, sûrement alertés par les cris de leurs congénères. Elle pouvait utiliser ses pouvoirs pour les immobiliser, mais ils bloqueraient encore le passage et resteraient dangereux. Quand aux éclairs de nature, ils restaient bien peu efficaces face à un tel nombre, Allerianne n'étant pas assez entraînée. Elle ne savait vraiment pas quoi faire.

Uruson et ses troupes ralentirent, ils savaient les deux Elfes piégés. Il saisit la lance d'un de ses camarade - la sienne avait déjà été jetée en direction des fuyards - et s'approcha de ses deux futures victimes, un sourire malveillant dessiné sur ses lèvres. Il savait ce qu'il mangerait ce soir, et rien ne pourrait l'arrêter.

Excepté peut-être ce Furbolg qui lui tomba dessus. Ou ce deuxième. Ou n'importe lequel, parmi les nombreux qui venaient de retourner dans le village d'une manière assez expéditive. Il leva les yeux, et comprit alors que les Elfes étaient devenus intouchables : quelques arbres gigantesques venaient d'apparaître de la forêt, et jetaient les furbolgs un peu partout dans le village pour dégager le passage aux deux fuyards, tandis que des Elfes, positionnés sur ce qui semblaient être les épaules des arbres, menaçaient Uruson et ses troupes avec leurs arcs. Il ne pouvait même pas lutter contre un tel pouvoir. Il hurla dans un cri déchirant un ordre de retraite, qui sembla approuvé par les autres Furbolgs, à contrecoeur. Alors qu'il retournait vers le centre du village, Uruson jeta un coup d'oeil en arrière, et vit les deux Elfes sur les arbres, qui les ramenaient d'où ils venaient. Il ne les reverrait probablement jamais, et avait manqué l'occasion d'avoir un repas de viande fraîche et saignante. Peu importe. La mousse lui suffisait.
Allerianne était persuadée qu'elle allait mourir ce jour-là, pourtant, quand elle vit les Anciens de la Guerre, elle réalisa que cette mission n'était qu'un entraînement poussé en réalité. Certes, ils avaient pris de gros risques, surtout quand les Furbolgs les avaient capturés, mais on lui confirma rapidement que des Elfes la surveillaient en permanence dans sa mission, se faufilant dans l'ombre.

Allerianne reprit alors toute confiance en Ilthalaine, et elle ne put s'empêcher de sourire quand elle réalisa l'ingéniosité d'Ilthalaine ; si elle avait su qu'elle était surveillée, elle aurait peut-être agi avec trop d'assurance, fonçant dans la bataille. De plus, elle se rendit compte des progrès qu'elle avait encore à faire, car elle ne remarqua même pas la présence des alliés. Elle était pressée de parcourir le monde.

Enarion souriait également, bien qu'il n'ait peu profité de son séjour à Brise-Stellaire : une Elfe guérisseuse appliquait un baume sur sa balafre, tout en lui assurant que la cicatrice aurait disparue le lendemain, et c'était à coup sûr la présence de cette jolie Elfe qui le soignait qui le faisait sourire.

Ils arrivèrent à Sombrevallon assez rapidement, où Ilthalaine et Mardant les attendaient. Les jeunes Elfes descendirent de l'Ancien qui les transportait et sembla même sourire quand ils le remercièrent. Il s'en alla ensuite avec ses congénères au coeur de Teldrassil par la grande route, reprenant sa vie immortelle de Gardien de la Nature.

Ilthalaine conservait des rides sur son front qui témoignaient d'une grande inquiétude récente, mais le large sourire que dessinait son visage chassait lentement ces plis. Mardant, quand à lui, semblait rayonner de bonheur quand il vit Allerianne.

-Je vois dans vos yeux que vous avez connu vos premières frayeurs, dit Ilthalaine, un peu gêné. Nous n'avons pas voulu vous dire que vous étiez surveillés, afin que vous puissiez donner le meilleur de vous-même.

-Et ils le firent entièrement, déclara un des gardes. Quand j'ai vu le pouvoir de cette jeune fille, j'ai été réellement impressionné. Quand au jeune Elfe, je n'ai pas eu la chance de le voir à l'oeuvre, mais si ses pouvoirs sont du même acabit que sa partenaire, je crois que nous avons là un duo de choc !

-Et bien, apparemment vous avez encore accompli des prouesses Allerianne ! s'exprima Mardant dans sa bonne humeur habituelle. Cependant, nous n'en parlerons pas tout de suite, vous devez être éreintés. Allez donc vous coucher, les autres élèves ne sont pas encore couchés, mais nous avons fait en sorte qu'ils soient tous assez éloignés d'Aldrassil. Vous serez tranquilles jusqu'au dortoir, et j'ai fait en sorte qu'on ne vous pose pas de question sur votre absence : théoriquement vous êtes allés à Dolanaar chercher des vivres pour le repas d'adieu, rien de bien passionnant n'est-ce-pas ?

Allerianne fut heureuse d'apprendre qu'elle pourrait s'abandonner à un sommeil plus que bienvenu. Cependant, elle n'avait pas oublié les événements de la journée, et chercha la mousse dans sa poche. Elle était d'un orange vif, mais non naturel, et inspirait un dégoût profond à la jeune Elfe. Quoi qu'il en soit, cette mousse n'aurait jamais du exister. Elle la tendit à Ilthalaine, qui fut plus qu'intrigué par cette mousse, Mardant contemplant également la plante d'un oeil empli de répulsion, tout en restant à bonne distance de celle-ci.

Les deux jeunes Elfes s'engagèrent ensuite dans Aldrassil, et s'arrêtèrent au niveau des dortoirs, où ils devaient se séparer.

-Ce fut une journée éprouvante Enarion, je suis vraiment contente que tu sois venu avec moi.

-Je me demande quand même si j'ai vraiment été très utile, murmura-t-il d'une voix monocorde.

Allerianne le rassura immédiatement.

-Sans toi, je ne me serais même pas aventurée dans ce village. Et tu seras plus utile une prochaine fois, ne t'inquiète pas. Peut-être qu'un jour tu me sauveras des Furbolgs à ton tour ! Ne t'inquiète pas.

Elle le prit dans ses bras, ce qui sembla être encore plus efficace que ses mots pourtant très rassurants. Puis, chacun pénétra dans son dortoir et Allerianne se rendit compte avec sourire qu'il était bien plus simple de s'infiltrer dans une pièce remplie d'Elfes endormis que dans un village rempli de Furbolgs. Avant de s'endormir, elle contempla une énième fois le bijou caché sous son lit - elle l'avait laissé ici de crainte de le perdre à Brise-Stellaire - et se décida finalement à le montrer à Ilthalaine avant la fin de leur séjour ici.

L'entraînement continuait tranquillement, personne n'ayant remarqué l'escapade d'Allerianne et d'Enarion. Malgré tout, un air de tristesse se laissait quelquefois percevoir : la fin se rapprochait rapidement, trop rapidement pour la majorité des Elfes présents ici.
Les visites d'Allerianne à Ilthalaine s'avéraient plus fréquentes, et une étude approfondie de la mousse lui fit réaliser que c'était elle qui rendait les Furbolgs agressifs, et qu'elle avait poussée avec Teldrassil, sûrement à cause de la corruption qui emplissait Kalimdor à la fin de la guerre contre les démons. Quelle qu'en fut la cause, il fallait neutraliser Ursal, le Furbolg qui approvisionnait les autres tribus depuis sa grotte au Sud de Teldrassil, pour empêcher la propagation de cette violence. Brise-Stellaire ne serait probablement jamais récupérée, mais d'autres villages pourraient être sauvés.
Allerianne et Enarion seraient une fois de plus envoyés sur place, mais Ilthalaine leur précisa que leur mission se déroulerait sans surveillance cette fois-ci. De plus, la grotte étant à plus d'un jour de marche, il leur précisa qu'ils partiraient de Dolanaar une fois que l'entraînement serait terminé. En attendant, les deux compères amélioraient leurs pouvoirs avec les autres Elfes. Bientôt, ils connaîtraient leur première vraie mission.

_______________


Après un voyage d'un bon mois, le navire se rapprochait enfin d'une des plus belles cités humaines : l'île de Theramore, la plus grande cité portuaire de l'Alliance et dirigée par la puissante Jaina Proudmoore, était protégée par de larges murailles et d'hautes tours sur lesquelles des canons étaient constamment surveillés, au cas où une invasion quelconque venait à survenir, que ce soit une incursion des dragons noirs du Sud ou une attaque des pirates du Nord.

Le vent était faible, et l'équipage eut peu de mal à amener le bateau à quai. Une effervescence anormale semblait y régner, car de nombreux canons étaient pointés vers la mer, et à peine le ponton supérieur fut en contact avec le bois humide des quais, un garde vint en courant et demanda au capitaine :

-Vous avez croisé Tethyr ?

-Non, pas même la moindre vague anormale, ça devrait être bon pour cette nuit.

Le garde souffla un grand coup et l'étranger, qui débarquait ici, s'interrogea :

-Qui est donc ce Téthys ?

-Un monstre issu des profondeurs, lui répondit le capitaine. Mais ne pas le voir en mer ne veut pas dire qu'il n'attaquera pas ce soir. Il se terre en des lieux inconnus.

L'étranger frissonna légèrement, mais bizarrement, le capitaine crut apercevoir un sourire au coin de sa bouche, comme si l'existence d'êtres extraordinairement puissants ou dangereux l'enthousiasmait. Il devait être dingue, selon le capitaine et l'avis général de l'équipage - ils en parlaient quelquefois lors des repas, l'étranger désirant se restaurer seul - mais il avait payé, et ce qu'il ferait désormais n'était plus de son ressort.

Le voyageur prit alors son sac à dos, et posa ses pieds sur un sol stable pour la première fois depuis un mois. Alors qu'il s'éloignait, le capitaine lui fit un signe de la main pour lui dire au revoir, tout en espérant ne pas avoir à transiter des voyageurs aussi mystérieux : il était persuadé que le petit incendie de la cambuse ou le gel soudain d'un tonneau de vin n'avaient jamais eu lieu avant la venue de l'étranger.

_______________


La fin de l'entraînement arriva bien trop vite au goût des Elfes : à peine commençaient-ils à connaître presque tout le monde à Sombrevallon qu'ils devaient déjà repartir. Cependant, les derniers jours restaient très intéressants, et Allerianne apprit de nouvelles techniques durant ceux-ci.
Elle apprit notamment à lancer des éclairs de nature de plus en plus puissants, et sa fatigue à l'issu d'une séance diminuait quotidiennement. Elle avait même réussi à éventrer un rocher de plusieurs mètres de haut sous les yeux ébahis de Mardant et des autres apprentis Druides. Elle confirma son affinité avec la Nature en assimilant presque instantanément comment faire pleuvoir une eau douce et régénératrice, alors que les meilleurs de ses congénères prirent deux jours pour voir apparaître leurs premières gouttes, jours qu'utilisa Allerianne pour apprendre le maniement du bâton avec un entraîneur, selon les directives d'Ilthalaine. Toutefois, elle venait aussi souvent que possible encourager ses camardes, qui la respectaient autant, voire plus, que Mardant lui-même.

Ce jour-là, elle apprenait à soigner des animaux blessés, en utilisant les pouvoirs de la Nature. C'était la première fois qu'elle voyait des chasseurs en plein entraînement, et quelle fut sa surprise quand elle réalisa qu'ils la tenaient en respect autant que leur maître : ses exploits semblaient avoir été racontés. Elle vit avec joie Enarion élever son jeune loup, qui paraissait nettement moins agressif qu'avant : Enarion n'avait plus que quelques pansements sur ses doigts.

Elle se rapprocha d'un tigre au pelage noir, qui s'était fait empoisonné par une des araignées géantes venant du Nord, la seule zone de Sombrevallon qui était interdite aux élèves. Quand Allerianne vit le venin suinter par deux grandes plaies sur le flanc gauche du tigre qui indiquaient que les araignées étaient réellement immenses, elle comprit que cet avertissement n'était pas qu'une simple recommandation.
Sa main se posa sur les blessures - le tigre émit un grognement plein de douleur sous le regard inquiet de son maître - et elle se remémora les conseils de Mardant. L'énergie de la forêt parcourait le corps d'Allerianne, mais au lieu de la concentrer dans uen boule d'énergie, elle la déversa tel un antidote dans le corps blessé du tigre. C'était la première fois qu'elle soignait une créature aussi grosse, et elle laissa échapper une exclamation quand elle vit le poison s'évaporer et disparaître face au pouvoir de la Nature, alors que les plaies se refermaient sous ses doigts et que la chair de la créature reprenait des couleurs normales.

Finalement, les plaies disparurent, et la seule trace de leur existence passée résidait en deux zones où la concentration de poils était plus faible. Allerianne venait d'accomplir un nouvel exploit dont on parlerait ce soir, comme en témoignaient les nombreux applaudissements autour d'elle.

Le dernier jour, Ilthalaine convoqua chacun de ses élèves dans sa demeure, où il les conseillerait avec leur instructeur. Pour la plupart, ils avaient appris les bases et pouvaient défendre les royaumes Elfiques en cas de guerre. Quelques-uns avaient entendu Ilthalaine les conseiller un entraînement encore plus poussé en raison de leur grand talent, mais personne n'avait jamais eu de mission à accomplir à leur sortie, comme Allerianne et Enarion.

La dernière nuit à Sombrevallon fut le théâtre d'un grand buffet qui eut lieu à l'extérieur, sous la clarté d'un magnifique ciel bleu. L'air était frais, le vent doux, et le repas s'avéra être au final mémorable tant il frôla la perfection. De nombreux jeunes remercièrent Allerianne et Enarion d'avoir été cherché toutes ses copieuses victuailles, ce qui les faisait sourire à chaque fois.

Allerianne fut interrogée à plusieurs reprises sur quelles étaient ses intentions quand elle rentrerait à Dolanaar, même par des personnes qu'elle n'avait jamais vu auparavant, mais elle ne put malheureusement répondre à aucune de ces questions, de crainte de révéler le secret qu'elle partageait avec Ilthalaine. Enarion eut également son lot de questions, mais la promesse faite à Ilthalaine était respectée par lui aussi. Cependant, les curieux ne s'offusquèrent pas de cette absence de réponse, et tous continuaient leur discussion comme si de rien n'était.

Au final, la soirée, bien que très plaisante, fut très courte, car les Elfes devaient repartir assez tôt le lendemain, et ce fut à grand regret qu'ils abandonnèrent la table et tous les mets qui étaient dessus, même si Allerianne semblait avoir vu quelques-uns de ces somptueux fromages glisser dans la poche de jeunes affamés. Ils repartirent tous vers le dortoir, dans un air de joie mêlé de tristesse causée par leur dernière nuit dans ce lieu sublime. Allerianne se coucha en repensant à ce qu'elle avait accompli jusque-là.

Etait-elle vraiment si exceptionnelle ?
Le réveil naturel eut lieu, pour la dernière fois. Allerianne se leva avec difficulté, tant l'idée de quitter ce lieu la rendait triste. En regardant autour d'elle, elle se rendit compte qu'elle était loin d'être la seule dans cette situation. Cependant, elle se leva relativement rapidement et se rendit dans la salle commune, parée du collier de sa mère. Cette matinée devait être très courte, d'ici deux heures, ils seraient sûrement hors de Sombrevallon, mais ces deux heures pouvaient être utilisées comme ils le souhaitaient, l'important étant d'être prêt à partir le moment venu.
Avec Enarion, il s'étaient décidés de faire un dernier tour à Sombrevallon, remonter dans la cime d'Aldrassil, dire un dernier au revoir aux dryades, ou même aller voir les bébés tigres qui étaient nés trois jours plus tôt. La matinée devait être parfaite.

Et elle le fut totalement, les deux amis réalisant tout ce qu'ils avaient prévu, et même plus encore, comme se rendre au puits de lune du Nord-est, s'allonger dans l'herbe humide, ou jouer avec le jeune loup d'Enarion qui restait toujours sans nom.

Ilthalaine réveillait les Elfes plus réticents à se lever quand Allerianne et Enarion pénétrèrent dans la salle commune, où de nombreux jeunes, la plupart attristés de quitter Aldrassil, étaient déjà présents. Quelques minutes plus tard, Ilthalaine sortit du dortoir, suivis de trois Elfes à moitié endormis.

-Ah vous voilà ! déclara-t-il agréablement en remarquant les deux jeunes à l'autre bout de la pièce. Vous êtes prêts ?

-Bien sûr répondirent-ils en choeur, bien qu'Allerianne se demandait si cette question se référait à la marche jusqu'à Dolanaar, où à la mission qui devait suivre.

Quelle qu'en fut la réponse, ils sortirent par le flanc Sud d'Aldrassil pour rejoindre un groupe de guerriers Elfes qui étaient venus, pendant que les jeunes se reposaient, pour les escorter. Allerianne fut surprise de voir qu'un Ancien de la Guerre les accompagnerait également, et lorsqu'il lui fit un geste te sa puissante main devant la plupart des élèves impressionnés, elle comprit que c'était l'arbre qui l'avait éloigné de Brise-Stellaire. Elle lui rendit son salut, accompagné d'un grand sourire, et se mit à attendre les directives d'Ilthalaine qui parlait actuellement avec un Elfe monté, probablement le chef d'escouade.

-Bien, dit-il quelques minutes plus tard en s'adressant à ses élèves. Je peux lire sur vos visages la même expression qui apparaît chez ceux qui viennent à Aldrassil. Vous avez appris de nous, et comme à chaque fois que des nouvelles rencontres se créent, nous apprenons également de vous. Et j'avoue avoir réellement beaucoup appris ce mois-ci. Ne soyez pas tristes de quitter ce lieu, retrouver ceux que vous aimez est la plus belle des choses au monde, et rien ne dit que nous ne serons pas amenés à nous revoir. Je vous souhaite à tous une bonne route, une bonne continuation, et vous demande de prêter attention à nos conseils. Toutefois, avant de vous laisser partir, j'aimerais m'entretenir avec deux d'entre vous - les regards de tous les élèves se posèrent sur Allerianne et Enarion qui furent en effet appelés par Ilthalaine.

-Pour commencer, dit-il après qu'ils se furent éloignés hors de la vue des autres élèves, vous allez me manquer - cela fit sourire les deux amis - cela faisait longtemps que je ne m'étais pas aussi bien entendu avec des recrues. Et cela faisait également longtemps que je n'avais pas vu d'élèves aussi doués, c'est pour cela que je vous demanderais d'être le plus prudent possible pour cette mission, car j'ai réellement l'intention de vous revoir. La moitié des jeunes rentreront chez eux une fois à Dolanaar, l'autre rentrera à Darnassus, mais là n'est pas la question : vous ne rentrerez pas chez vous directement : des gardes préviendront votre famille de votre mission. Vous savez également qu'en quittant Sombrevallon, des armes vous seront données. J'aurais bien aimé offrir mes meilleures armes à chacun d'entre vous, mais Allerianne semble déjà avoir choisi la sienne. Cela ne change rien pour toi Enarion, voici un des meilleurs arcs jamais fabriqué ici.

Sur ces mots, un Elfe fit apparition avec le plus bel arc jamais vu par les deux jeunes : il était fait d'un magnifique bois clair, décoré de superbes plaques de métal en ses extrémités. La corde semblait tellement tendue qu'on pouvait se demander comment le bois pouvait tenir, pourtant, aucune craquelure n'était visible sur les courbes de l'arc qui avait dû pourtant être testé à de nombreuses reprises. Le carquois n'avait pas été délaissé, au contraire, sa couleur noire contrastait magnifiquement avec le bois de l'arc, et les nombreuses flèches qui le remplissaient semblaient avoir été conçues non pas pour blesser, mais pour tuer. Enarion était stupéfait devant une arme aussi belle.
-Je... Je ne sais pas quoi dire, murmurait-il, encore abasourdi... Merci Ilthalaine.

-De rien Enarion, puisse cet arc prendre soin de vous deux. Cependant, cela n'est peu comparé aux services que vous m'avez rendus et que vous allez me rendre. C'est pour cela qu'un autre présent vous attendra à Dolanaar pour vous aider dans votre tâche. Le capitaine vous y mènera une fois que la foule se sera dissipée, ce qui risque d'être plus long que prévu si vos exploits sont contés à votre arrivée, ce dont je ne doute pas. Je serais à Dolanaar dans trois jours, et ce durant deux jours, ce qui devrait vous laisser assez de temps pour accomplir votre mission et revenir à Dolanaar. Allez maintenant, et puisse Elune vous accorder sa bénédiction !

Allerianne se décida subitement à parler du collier à Ilthalaine, qui ne parut étrangement pas surpris.

-Je me doutais que tu me cachais quelque chose. Non non, ne t'inquiète pas ! lui dit-il pour la rassurer quand il vit son visage gêné, je ne t'en veux pas de m'avoir menti, tout le monde à ses secrets, moi compris. De plus, j'attendais que tu m'en parles par toi-même, insister n'aurais mené à rien. Laisse moi l'examiner si tu le veux bien, je t'en dirais plus à Dolanaar quand nous nous y retrouverons.

Allerianne eut du mal à se séparer du dernier vestige de sa mère, mais elle acquiesça car sa confiance en son instructeur était totale. Ilthalaine leur demanda une nouvelle fois de faire attention, et ils retournèrent ensuite tous trois vers l'attroupement d'Elfes. Personne ne remarqua l'arc d'Enarion qui avait été enveloppé dans un tissu sombre, qui intriguait tout de même certains Elfes.

-L'heure est venue mes amis ! N'oubliez pas ce que vous avez appris, et puisse la grâce d'Elune vous accompagner. Au revoir !
Après avoir salué une dernière fois celui qui fut leur mentor un mois durant, la troupe se mit en route vers l'arche au Sud, escortée par l'arbre et l'Ancien, alors que le ciel sombre, empli de nuages qui masquaient même la lune, semblait accompagner la tristesse de chacun. Ilthalaine devint rapidement un petit point à l'horizon, puis disparut totalement à la vue des jeunes, ainsi que Sombrevallon et chacun des Elfes qui vivaient ici. L'entraînement était terminé, ainsi que tous les souvenirs qui l'accompagnaient.

La tristesse avait finalement fini par céder face à la bonne humeur : ce groupe d'Elfes qui était silencieux à l'aller, s'était transformé en un mois en un groupe de camarades, et ils parlaient désormais de leurs nombreux souvenirs de Sombrevallon et de ce qu'ils feraient une fois rentrés. Même Enarion et Allerianne, pourtant peu d'ordinaire peu bavards, se joignirent à la discussion générale, et Allerianne eut la joie de voir que ses exploits n'étaient pas cités en permanence : aujourd'hui, elle n'était qu'une élève parmi tant d'autres, à son plus grand bonheur. Elle ne prêta même pas attention à Brise-Stellaire lorsqu'ils s'en approchèrent, tant sa discussion sur la métamorphose avec deux autres apprentis Druides l'absorbait.

Allerianne ne se sentait vraiment pas intéressée par cette voie : l'idée de se transformer en animal ne lui plaisait pas plus que ça, et l'utilisation des pouvoirs de la Nature la satisfaisait amplement. Elle irait peut-être à Reflet-de-Lune discuter avec les plus grands adeptes du Druidisme, le Cercle Cénarien selon les dires de Mardant. Elle en avait déjà entendu parler le jour où elle apprit l'existence de la Porte des Ténèbres, et apparemment, ils étaient en pleine guerre au Fort Cénarien contre les Qiraji, espèce dont Allerianne n'avait jamais entendu parler auparavant. Elle espérait un jour pouvoir aider ces guerriers adeptes du Druidisme, mais elle doutait fortement de sa puissance actuelle.

De toute façon, elle n'irait pas à Reflet-de-Lune ni au Fort Cénarien tout de suite, aujourd'hui, elle partirait neutraliser Ursal dans son campement.

Le groupe arriva finalement à Dolanaar, alors que le Soleil commençait à apparaître au-dessus des arbres. La grande place était quasiment vide, à cette heure où, alors que la plupart des races se levaient, les Elfes se couchaient pour éviter les rayons du Soleil. Allerianne et Enarion avaient eu néanmoins droit, à la fin de leur entraînement, à quelques leçons en plein jour, pour échapper à la dépendance nocturne des Elfes et s'habituer au mode de vie de la plupart des êtres vivants. La transition fut assez difficile au départ, mais les deux jeunes finirent par s'y habituer, et apprécièrent même la caresse du Soleil sur leur peau violette. Ces leçons montraient toute leur utilité en ce moment même, car alors que tous Elfes commençaient à montrer des signes de fatigue, Allerianne et Enarion étaient en pleine forme pour le voyage à venir.

Comme peu de monde était sur place à attendre les Elfes - le groupe avait pris du retard en attendant qu'Enarion récupère son loup qui était parti chasser des papillons de nuit qui virevoltaient autour de plantes luminescentes - le groupe se dispersa assez rapidement, et les jeunes Elfes finirent rapidement seuls avec les gardes qui les escortaient. Le chef d'escouade demanda alors aux deux jeunes de le suivre, tandis que l'Ancien leur fit une nouvelle fois un grand signe de sa main boisée avant de partir dans la forêt, signe qu'ils lui rendirent avec plaisir.

Ils traversèrent la cité alors que le Soleil commençait à éclairer les rues pavées, pour se rendre vers le bastion à la frontière Ouest de Dolanaar. Là-bas, de nombreux Elfes n'étaient pas encore couchés, attelés à leur mission de surveillance constante de la ville, ou à diverses autres activités militaires. Allerianne fut surprise de voir qu'ils ne se rendaient pas directement au bastion, mais le contournaient pour aller dans un bâtiment qu'elle n'avait jamais vu alors, caché par les épaisses murailles Elfiques. De nombreux tigres trainaient autour de cette bâtisse, et les deux jeunes comprirent bien assez rapidement qu'il s'agissait de l'écurie militaire.

Le chef d'escouade siffla bruyamment trois fois, puis se mit à attendre, accompagné des deux jeunes qui croyaient comprendre quel était ce présent, les autres gardes s'étant éparpillés un peu partout à leur arrivée dans la base Elfique.

Alors arrivèrent deux magnifiques jeunes tigres, l'un d'un noir profond, parsemé de quelques taches claires sur son magnifique pelage et autour de ses yeux, l'autre d'un blanc neige magnifique, zébré de longues rayures noires sur tout son corps. Les deux amis n'y croyaient pas, Ilthalaine leur prêtait des tigres appartenant à la garde de Dolanaar, il était vraiment plus influent que tout ce qu'ils auraient pu imaginer.
-Le noir est un Sabre-de-Nuit appelé Griffe Nocturne, il a assez de caractère mais se laisse facilement dompter s'il sent que vous avez de l'affection pour lui. Le blanc est un Sabre-de-Givre appelé Tempête de Neige, très doux, très docile, une superbe monture également. Je vous laisse choisir, finit-il dans un ton très agréable destiné aux deux jeunes.

-C'est vraiment très généreux de votre part de nous les confier le temps de quelques jours, lui répondit Allerianne alors qu'elle s'approchait des deux tigres.

-Vous les prêter ? Enarion ne vous a rien dit ? Ces tigres sont à vous désormais ! - les deux Elfes furent plus que surpris devant une telle nouvelle, ce qui fit grandement sourire le chef d'escouade - Il les a achetés il y a huit jours quand il est venu à Dolanaar, apparemment il vous apprécie énormément ! Sur leurs selles, vous trouverez des provisions, un stock de flèches assez conséquent pour le jeune homme et des livres sur la chasse et le Druidisme provenant des bibliothèques même de Darnassus ! Je crois que vous ne vous ennuierez pas durant votre trajet, conclut-il finalement en tapant amicalement sur l'épaule d'Enarion, avant de leur dire au revoir et de monter un bel escalier qui semblait mener au balcon du bastion.

-Tu te rends compte ? Des tigres ! Allerianne, nous sommes sûrement parmi les élèves les plus chanceux de tout Teldrassil !
Allerianne était également étonnée des présents d'Ilthalaine, qui semblait réellement déterminé à ce que leur mission se déroule dans les meilleures conditions possible. Mais de là à leur offrir des tigres, il y avait quand même un grand pas que seule une profonde affection pour ses deux élèves pouvait expliquer.

-Je te laisse choisir Allerianne, après tout c'est grâce à toi que nous sommes ici. Et puis, le tigre qu'il restera me plaira quand même ! ajouta-t-il d'un ton enjoué.

La jeune Elfe, après avoir remercié son ami, se demanda alors quel tigre choisir, car les deux lui plaisaient réellement. Elle comprenait parfaitement qu'Enarion ne serait pas déçu, quel que soit le tigre restant. Après quelques instants d'intenses hésitations, comme pour l'aider à choisir, Tempête de Neige s'approcha d'elle, et se frotta à ses jambes - son poids ayant presque réussi à faire tomber l'Elfe.

-Et bien, c'est lui qui m'a choisi ! Tu auras alors Griffe Nocturne, Enarion. Maintenant, je crois que nous devrions partir, si nous voulons retrouver Ilthalaine à temps. Sors la carte et la boussole pendant que je monte sur Tempête de Neige.

Allerianne n'était jamais monté sur un tigre auparavant, néanmoins ce geste lui parut familier, comme si le tigre avait perçu son lien étroit avec la nature. Le fait que le loup d'Enarion faisait connaissance avec les tigres pouvait peut-être également expliquer leur calme relatif, néanmoins Allerianne fut très fière de ne pas passer de longues minutes à enfourcher sa monture. Enarion tendit la carte à Allerianne, et parvint également à monter rapidement sur son tigre.

Alors, les deux Elfes se mirent en route de la tanière d'Ursal, se doutant tout deux que cette première vraie aventure marquerait un changement dans leur vie.
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